Le dessin de Valère

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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /2010 22:09

Knockemstiff" de Donald Ray POLLOCK (Buchet Chastel). Knockemstiff. Un bled paumé de l'Ohio. Un bled paumé, peuplé de paumés, d'hommes et de femmes, de mômes en souffrance. Hier, les années 70, comme aujourd'hui. Le rêve brisé, déchiqueté. Le rêve américain. Dix huit nouvelles s'amalgament et confèrent à l'ensemble une force exceptionnelle. L'écrivain observe chacun de ses personnages avec une infinie tendresse. Pas la moindre trace de caricature. L'homme et la femme survivent à la va comme je te pousse et s'évadent dans la surconsommation d'alcool et de drogues à bon marché. Le Lecteur fut fasciné par ce tableau si noir d'une Amérique si peu ressemblante aux clichés traditionnels Il attend avec impatience qu'un éditeur français veuille bien lui permettre d'aller plus en avant dans la découverte de l'oeuvre de Ronald Ray Pollock.

 

 

"Tol"de Murat UYURKULAK (Galaade).Tol. Trois lettres qui, en kurde, désignent la vengeance. Certes, le Lecteur le reconnaît bien humblement: bien des clefs lui ont manqué pour ne serait-ce qu'entrouvrir tant de portes derrière lesquelles se dissimulent des pans entiers de l'histoire récente de la Turquie. Mais il fut subjugué, subjugué par cette sorte de torrent impétueux que constituent les histoires juxtaposées d'Oguz et de Sair. Oguz, militant kurde, tout autant que Sair, en ces années où l'armée turque fit régner l'ordre "républicain". Deux vies brisées, deux vies déchiquetées dont Yusuf, le fils d'Oguz tente, trente ans plus tard, de rassembler les éléments épars. A travers les écrits de l'un et de l'autre. Le père qu'il n'a pas connu. Le Poète (Sair) exilé à Paris durant la dictature militaire puis rentré en Turquie au lendemain de l'amnistie.

Le Lecteur avertit: l'abord de ce roman n'est pas chose aisée. En raison bien évidemment de l'absence des références mentionnées ci-dessus. Mais également à cause de la complexité du récit. Murat Uyurkulak a en effet pris un malin plaisir à brouiller les pistes à travers les narrations des trois protagonistes. Pistes d'autant plus brouillées qu'Oguz, devenu amnésique, se fait appeler Ahmet le Boiteux. Qu'à cela ne tienne! "Tol", ce cri d'une douleur non contenue atteint à des sommets que la littérature ne laisse entrevoir qu'en d'exceptionnelles circonstances. Voilà un roman qui exige une attention de tous les instants. Voilà un roman dont l'écriture échappe aux critères communs à la plupart des boutiquiers de l'édition. Voilà un roman dont la modernité ne doit rien aux effets de mode. Voilà, et pour conclure, un roman d'ouverture sur un monde que certains voudraient contenir à nos marges. Alors que, Marat Uyurkulak en administre brillamment la preuve, les gens de ce monde rêvent de se désentraver de l'oppression, dans des élans si semblables aux nôtres. Au bout du compte: une oeuvre dérangeante mais ô combien salvatrice!

 

 

"Où j'ai laissé mon âme"de Jérôme FERRARI (Actes Sud)."Quelque chose surgit de l'homme, quelque chose de hideux, qui n'est pas humain, et c'est pourtant l'essence de l'homme, sa vérité profonde. Tout le reste n'est que mensonge." Voilà que ressurgit la guerre, donc l'ignominie. Cette guerre qui éveilla la conscience du Lecteur en ces temps d'un autrefois que les jeunes générations effleurent à peine dans les quelques pages que leur consacrent les livres de l'histoire officielle. La guerre d'Algérie. Guerre honteuse, agrémentée d'une multitude de purulences dont tant d'hommes de la génération du Lecteur (les Survivants)portent aujourd'hui encore de nombreux stigmates.

Jérôme Ferrari n'a pas choisi la facilité. En "accordant" la parole à deux tortionnaires, deux militaires dont la mission consistait à démanteler des réseaux du FLN en usant des méthodes initiées par la Gestapo. Ca n'est évidemment pas un hasard si l'un des deux protagonistes (le Capitaine) est un ancien déporté (Buchenwald) ayant eu à subir les interrogatoires des sbires de la police nazie. Ca n'est évidemment pas un hasard si les deux hommes (le Capitaine et le Lieutenant) avaient vécu côte-à-côte les dernières jours du camp retranché de Dien Bien Phu puis la captivité dans les geôles vietnamiennes.

Jérôme Ferrari ne justifie pas. Jérôme Ferrari n'absout pas. Jérôme Ferrari raconte la destinée de ces deux personnages englués dans une guerre aux dimensions d'une tragédie. Celui dont la flamme de la conscience vacille sans jamais vraiment s'éteindre. Celui qui, de sa main, a éteint la flamme et qui justifie ses propres errements derrière l'alibi du "devoir".

Le Lecteur a passionnément aimé "Où j'ai laissé mon âme". Il exprime son infinie gratitude à l'égard d'un écrivain qui n'a pas hésité à "mettre les mains dans le cambouis". Pas de héros positifs ni de victimes "à l'insu de leur plein gré". Deux salauds ordinaires. Puisque la torture fut pratique courante durant cette guerre qui ne fut reconnue comme telle par l'état français voilà à peine plus de dix ans (18 octobre 1999).

"Où j'ai laissé mon âme" propose au Lecteur exigeant un authentique, un exceptionnel moment de littérature. Car il s'agit bien de littérature. Le roman est en effet porté par une écriture qui ne concède rien aux facilités ordinaires. Les deux voix (celle du Capitaine et celle du Lieutenant) s'ignorent. Les deux voix ne s'amalgament pas. Elles laissent cependant deviner ce que sont les domaines respectifs de l'incertitude et de la certitude. Comme dans toute tragédie digne de ce nom.

(En marge de ce propos, le Lecteur rappelle que le Général de Bollardière, le seul officier supérieur à avoir dénoncé publiquement la pratique de la torture par l'armée française en Algérie, avait refusé, en 1982, une réhabilitation qui mettait dans un seul et même sac militaires factieux et militaires légalistes.)   

 

Par Philippe Maréchal - Publié dans : La chronique d'André Blanchemanche
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Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /2010 19:08

 

 

 

Bien sûr j'ai mis le temps depuis sa parution...et puis il y a ausi chez moi une fascination sans doute inconsidérée pour tout ce qui touche à l'Inde, à ses mystères, à son bordel ambiant, à son parfum, à ses odeurs, et au bonheur quand j'y suis de me sentir un homme parmi un milliard, ni plus, ni moins...

Par Philippe Maréchal - Publié dans : Informez vous et faites passer
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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /2010 11:12

akela-118.jpg Momo, t’as du chagrin, alors viens par ici, avant de se laisser aller, de boire une tasse au fond d’un magnum et de fumer jusqu’aux filtres viens, embarque  et découvre New et Old Delhi, viens écouter, Balram, viens caresser « Le tigre blanc » d’Aravind Adiga, et tu sauras ce qu’il veut dire quand il parle des hommes « à demi cuits », quand il décrit ce que pensent les pauvres des riches et les riches des pauvres, comment il compare nos démocraties à une immense « cage aux poules », comment il convient de baiser le cul des dieux et comment loin de nous plomber avec ce nid à merde que nous construisons tous les jours comment on survit avec une plume acérée et plein d’humour noir, de l’humour qui fait mouche toutes les pages et qui  pourrait dynamiter le plus inhibé des mouligasses d’un imaginaire parti pris politique. Viens Momo, manger un dal pour quelques roupies et  puis après t’iras pleurer, parce que çà fait du bien, parce que y’a que les gens bien qui pleurent et tant qu’à faire j’en mettrai une louche de plus avec Caetano Veloso, pour tout vider tes larmes et rincer jusqu’au sel…

Par Philippe Maréchal - Publié dans : humeur du chef
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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /2010 09:52
Par Philippe Maréchal - Publié dans : feuilleton d'été
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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /2010 16:22

"La femme de midi" de Julia FRANCK (Flammarion). Le Lecteur avoue sa perplexité. Lui qui depuis un demi-siècle s'évertue à comprendre pourquoi le peuple allemand se laissa séduire par le nazisme jusqu'au point de devenir le protagoniste majeur de la plus ignoble des barbaries. Lui auquel maîtres et parents ne laissèrent par ailleurs pas le choix de se confronter à la culture de ce peuple et qui s'essaie toujours (mais de plus en plus mal!) à en pratiquer la langue. Donc, la perplexité. Nimbée de scepticisme. Ce roman ("Die Mittagsfrau" en VO) n'est de toute évidence pas un chef d'oeuvre. Tout juste un texte bien construit (Le Lecteur a tout de même ressenti quelques imprécisions dans la traduction). Qui narre, pour l'essentiel, la vie d'une jeune femme (mi sang pur mi sang impur, selon la terminologie d'alors) et sa rencontre avec un authentique germain. En ces temps où l'ancien caporal de la Wehrmacht conquiert le pouvoir par la voie démocratique. Le roman s'enlise, le roman s'englue très vite dans un certain conformisme si présent, autrefois, dans la littérature des pays dits du "socialisme réel".

 

 

"La tache aveugle" de Emmelene LANDON (Actes Sud). Le Lecteur, voyageur immobile, n'a point perdu son temps: il a visité quelques-unes des salles du British Museum. Il a découvert Alexander Cozens ainsi que son fils, John Robert. Il s'est quelque peu familiarisé avec les trois soeurs étudiantes aux Beaux Arts. Il s'est enfin vaguement épris de George, bourlingueuse au long cours. Reste tout de même qu'il ne s'est pas enthousiasmé. Comme s'il avait manqué à ce roman fort bien conçu le petit brin de folie qu'il attendait.

 

 

"Monsieur Ki" de Koffi KWAHULE (Gallimard).Il existe bel et bien une littérature africaine. La preuve. Voilà un roman décapant, sous-titré "Rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps". A peine altéré par quelques scories. Un roman qui se lit jusqu'à en perdre haleine. D'un village africain jusqu'à Paris. Une histoire où la folie se conjugue à la sagesse que le Lecteur ne qualifiera évidemment pas d'ancestrale. Le roman ne se raconte pas. Juste un court extrait afin d'en laisser deviner toute la saveur.

"Le général de Gaulle, c'était son dieu. Il était pour lui l'homme qui avait prouvé que les Français eux aussi étaient des hommes. Parce que la guerre, disait-il, les Blancs de France ne l'avaient pas vraiment faite; les Allemands étaient venus occuper la terre de France comme si jamais auparavant ce pays n'avait été habité par des hommes. Alors de Gaulle, ce véritable dieu-blanc, avait eu l'intelligente humilité de faire appel à eux, eux, les tirailleurs sénégalais.....

De Gaulle avait donc fait appel à eux, et ils ne l'avaient pas déçu devant les siens; ils avaient prouvé que les véritables guerriers, c'étaient eux. Et cette médaille qui ne le quittait jamais, c'est de Gaulle lui-même qui la lui avait mise sur la poitrine en lui disant: Wala midaill' pasqué toi courangé. Pour lui la France, c'était de Gaulle. Voilà pourquoi le drapeau tricolore s'appelait de Gaulle."

(Une précision cependant: ce valeureux guerrier s'appelle Aléman et son épouse Gestapo.....)

 

 

"Retour de flammes" de Adrian McKINTY (Série Noire/Gallimard). Un amoncellement de cadavres. Des torrents d'hémoglobine. Le Juste triomphe et gagne l'amour de celle qui s'était promis de lui faire la peau. Le Lecteur confirme: un polar ne se raconte pas. Il précise cependant que les seules pages auxquelles il ait sensible sont celles que McKinty consacre à l'Irlande: ses villes, ses paysages, son ciel, ses parfums....

 

Par Philippe Maréchal - Publié dans : La chronique d'André Blanchemanche
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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /2010 11:05

 

IM000056.jpg Sur les quais des ferrys à Cherbourg, embarquement vers l'Irlande...Je travaille pour une course de voiliers. Je suis rangé avec ma remorque qui porte un Tornado semi rigide, dans une file d'attente, coincé entre les poids lourds et les camping cars. Sur ma droite, des touristes irlandais rentrent chez eux après des vacances sur le continent. Pour se dégourdir les jambes et tromper l'ennui de l'attente, ils se balladent, avec leurs enfants entre les voitures, fourgonnettes et semi -remorques. Leur chien fouine, piste...il aboie, s'excite, s'énerve, le couple suit le regard du chien qui éructe et se faufile sous un camion, l'énervement du clebs redouble, invectives du couple de vacanciers. Ils alertent des vigiles. Trois uniformes avec des hommes dedans déboulent...cris, ordres, gesticulations...accoudé à la vitre ouverte de mon fourgon, j'observe, sous le camion, entre les essieux, une jambe qui dépasse tout à coup, puis deux, puis un tronc, puis un homme, puis deux hommes, puis trois, quatre, cinq... ils se redressent et font face maintenant au chien des touristes qui continue d'aboyer. Celui qui semble être le chef des vigiles remercie d'un pouce triomphant les touristes irlandais qui semblent fiers de leur prestation. Le petit chef vocifère dans un mauvais anglais à un des clandestins qui le dépasse de trois têtes : "seat down, les mains sur la tête"....mais rien ne pertube celui qui semble être afghan, ce dernier sourit et le toise avec fierté...Il n'obéira pas malgré l'insistance du petit énérvé en uniforme... Je regarde les touristes irlandais à présent très fiers et heureux de serrer leurs enfants contre eux. Les afghans les regardent avec tristesse, sans colère apparente. Je fais une photo avec mon portable...dérisoire. Je pense à la fierté que portent les irlandais à leurs ex compatriotes émigrés aux Etats Unis et qui endossent avec courage et vaillance l'uniforme des pompiers de New York...au téléscopage de l 'histoire, au sac de noeuds des tragédies humaines , à tous ces gens qui croient bien faire, à tous ceux qui se retrouvent dénoncés et condamnés au seul motif d'être nés, d'être nés du mauvais côté, au mauvais moment et pour qui le seul devoir qui incombe est de survivre...ma file démare vers le ferry...

Par Philippe Maréchal - Publié dans : lemondedephilippe
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /2010 10:01

Le marchand de passés" de José Eduardo AGUALUSA (Métailié). Le bouquiniste albinos fabrique de fausses biographies sous le regard d'un gecko qui se transforme en narrateur tandis qu'une jeune photographe explore elle aussi, mais à sa façon, le passé. Sauf qu'il n'est pas aisé d'inventer une généalogie à un étranger en quête d'une identité angolaise. Drôle, décapant, incisif, ce roman sur la mémoire a ravi le Lecteur (qui avait beaucoup aimé une oeuvre plus récente d'Agualusa, "Les femmes de mon père").

 

 

"Netherland" de Joseph O'NEILL (L'Olivier). Un irlandais (l'écrivain) qui s'insinue dans la peau d'un néerlandais d'abord exilé à Londres puis à New York. Le lien fédérateur? Le cricket. "Le cricket est instructif, Hans. Il a une dimension morale. Je le crois vraiment. Tous ceux qui y jouent en tirent bénéfice. Alors, moi, je dis, pourquoi pas les Américains?"  Le Lecteur n'a tiré que peu d'enseignements de ce roman et se considère comme trop âgé pour se lancer dans la pratique du cricket.

 

 

"A ma fenêtre" de Luc BONDY (Bourgois). Le Lecteur avait suivi de loin en loin la carrière du metteur en scène (théâtre et opéra). Il découvre l'écrivain. Un écrivain qui évoque, comme de bien entendu, l'univers du spectacle, mais qui le confine à ses marges. L'oeuvre si singulière, si prenante, rassemble les morceaux épars du passé du narrateur. Un puzzle inaccompli pour celui qui chemine vers la mort et que la mort obsède. "J'étais forcé de penser à tous les morts qui me tenaient à coeur. Ils n'étaient pas forcément nos parents, ni de vraies connaissances... ils étaient devenus proches sans que nous l'ayons remarqué. Soudain, lorsqu'ils meurent, ils brillent en nous..." Un style, une écriture, un souffle. Pouvait-il en être autrement avec Luc Bondy?

 

 

"La délicatesse" de David FOENKINOS (Gallimard). Le Lecteur fut bien souvent en délicatesse avec ce roman. Une histoire de deux amours. Un amour fusionnel contrarié par une camionnette qui confère à l'héroïne le rôle de veuve. Un amour impossible qui rapproche la veuve hiératique d'un grand dadais suédois. (Mais pas le moindre meuble Ikea en guise de décor....)

 

Par Philippe Maréchal - Publié dans : La chronique d'André Blanchemanche
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 19:42

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Par Philippe Maréchal - Publié dans : Plans fixes sur les quais
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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /2010 11:11

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Du bleu, rien que du bleu,

tout ce qui reste collé à la rétine

de  l'oeil qui niche au fond du coeur.

Y avait pourtant du gris des fois, du froid aussi,

des vagues à l'âme par hasard;

mais du bleu, toujours du bleu, de la nuit 

en veux tu par paquets de bleu,

sous les enseignes des bars du bleu, de la fumée, 

les bas des femmes au bar de la marine,

du Habanna où il fait soleil au mileu de la nuit

mourir en bleu au bord d'un quai, glisser dans l'eau

et à jamais se fondre en bleu.

 

Par Philippe Maréchal - Publié dans : humeur du chef
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Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /2010 20:57

Retour, des images plein la tête,  en particulier qui collent à l'actualité...à vous raconter demain après un peu de sommeil, en attendant, un poème que m'a envoyé Momo...

J'arrive où je suis étranger


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

 

Louis Aragon

 

Par Philippe Maréchal - Publié dans : lemondedephilippe
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