5 films d'E. VANZ DE GODOY

 

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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 12:31
- Par Philippe Maréchal

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Je butte sur les bagages en travers de la file indienne, composée de voyageurs au regard  curieux. Avant d'accéder aux places, ils étudient, en cycle long et en écrasant les pieds de la dame qui pleure sur le strapontin, le mystérieux fonctionnement de la porte vitrée, qui ouvre et qui se ferme et qui ouvre et qui se ferme, en croquant des valises trop grandes pour un train si petit. Je reste là, comme les autres, planté avec mon sac de marin au pied. Il est aussi étanche que je suis perméable à toutes les nostalgies. Ce n’est plus un cœur que j’ai, c’est une éponge. Je suis réceptif à toutes les tristesses. Je me revois dans la gare, tout à l’heure. La gare  noyée sous les effluves d’abandons. Elles flottaient autour de moi. Elles se mélangeaient à l’odeur du tabac presse, du snack d’en face. Les dernières clopes d’avant le départ crachaient une mélancolie exacerbée par le parfum si troublant d’une femme qui frôlait le sol plus qu’elle ne marchait. Un instant, il n’y avait plus rien d’autre que son parfum dans un petit courant d’air et ses cheveux et son cou. Je sursautais aux  claquements de la machine à composter. Les battements de mon cœur s’amplifiaient à l’écoute de l’annonce des trains six mille deux cent trente sept et six mille deux cent trente huit et du jingle qui ouvrait ces communiqués. La gare parlait au féminin. Moi aussi. Moi qui ne fumait plus depuis ce matin, je suis allé m’acheter du tabac à rouler et puis libé, comme un rituel qui remet le couvert. J’avais envie de pisser mais je n’avais plus de monnaie. Et tous ces gens qui partaient en vacances et moi qui pour une fois, partait au boulot, à peine pour plus longtemps. J’avais le ventre en boule, un rien décalé avec ma  musette népalaise en bandoulière et mon sac rouge. Mon sac, il est aussi gros qu’un clown dont on ne voit plus que le nez. Je me sentais mal à l’aise avec ma clope.  Sans faire exprès, et  il n’y avait que du tabac, j’ai réussi un superbe cône. C’était aussi naturel que pencher son verre quand on se sert du jus de fruit. Je n’osais pas l’allumer, j’avais le palpitant au bord des lèvres. Tiens, y ‘avait un type qui me regardait comme un bizarre. C’est çà, je devais avoir l’air bizarre. L’amour, c’est fort parce que çà fragilise les plus costauds. Et aujourd’hui, avec le ventre qui ne fait rien qu’à faire son curieux au dessus de la ceinture, j’ai bien senti que je débordais d’amour. 


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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 19:17
- Par Philippe Maréchal

« Le chinois »

MANKELL Henning

(Seuil)

 

Polar transcontinental. Carnage dans un hameau perdu en Suède. L’enquête est conduite, c’est tout naturel, par des flics. Une enquête à laquelle se trouve mêlée, à l’insu de son plein gré, une magistrate. Laquelle avait adhéré, en ses vertes années, à la mouvance maoïste. Le plus passionnant ? L’intrigue ? Peut-être. Mais aussi, et tout au moins aux yeux du Lecteur, l’approche des contradictions au sein des instances dirigeantes chinoises dont Mankell fait son menu de choix. En particulier en ce qui concerne les questions relatives à la présence chinoise en Afrique. Aide désintéressée au développement ou pratiques néocolonialistes ? Mankell évite les pièges du manichéisme ambiant.

 

 

 

« Providence »

FERRE Juan Francisco

(Passage du Nord-Ouest)

 

Drôle et même ravageur dans ses premiers chapitres, le roman s’enlise ensuite dans ses redondances. Les lourdeurs se camouflent certes derrière des modernismes de bon aloi. Mais elles génèrent très vite l’ennui et parfois même l’exaspération. Le portrait du cinéaste très tendance se dilue et finit par perdre toute pertinence.

 

 

 

« Le journal des cinq saisons »

BASS Rick

(Belfond)

 

Décevant. Non pas tant l’exercice auquel s’est livré Rick Bass : raconter, mois après mois, une année de vie dans un coin perdu du Montana. Une année au long de laquelle l’écrivain observe le monde au sein duquel il vit et il travaille. Une vallée où s’éternisent les hivers, où l’été impose ses fulgurances. Une vallée qui subit elle aussi, et de manière insidieuse, les processus initiés par les sociétés humaines. Comme une mort programmée au terme d’une lente, d’une longue agonie. Cela, le militant écologiste le laisse percevoir sans jamais forcer le trait. En entremêlant sa vie et celle de sa famille à celle des rares habitants de la contrée. En permettant d’entrevoir ce que sont les conséquences des activités humaines sur l’évolution d’un milieu naturel particulièrement fragile. En ne dissimulant pas ses propres contradictions, celles de l’écologiste qui est également chasseur de cerfs, conducteur de 4x4, entre autres.

Ce que le Lecteur n’a pas supporté, ce sont les digressions plus métaphysiques que philosophiques qui parsèment le récit. Les références faussement naïves à un possible « Grand Maître de l’Univers » assorties de certitudes qui ne peuvent souffrir le questionnement. Dans le chapitre consacré au mois de mars, par exemple : « Il y a l’évidence d’un plan supérieur dans le monde qui nous entoure, au-dessus de nos têtes et sous pas aussi, personne ne saurait le nier. La seule question qui justifie tous les désaccords, c’est celle de savoir s’il a fait l’objet d’une conception. » Créateur ? Pas Créateur ? Rick Bass accomplit alors une étrange pirouette avant de conclure sa démonstration : « Nous sommes là. C’est merveilleux. Dès lors, comment ne pas se prendre à rêver d’une forme ou d’une autre vie éternelle ? » Le Lecteur, lui, reste dans la négation.

 

 

 

« Le pied mécanique »

FERRIS Joshua

(Lattès)

 

C’est l’histoire d’un homme qui ne peut plus s’arrêter de marcher. Au point qu’il ira jusqu’au terme de l’épuisement. Alors que tout semblait devoir lui réussir, au plan professionnel comme au plan affectif. Roman convenu, beaucoup moins dérangeant qu’il n’y paraît à prime abord. Roman qui se parcourt sans déplaisir mais qui ne laisse que d’insignifiantes traces.   

 

 


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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 11:26
- Par Philippe Maréchal

 

 

 

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De la différence entre offrir des fleurs coupées et une plante en pot…

Une plante en pot, et ben, c’est beau, des fois, mais c’est un peu dire, tiens et soignes la bien…un rien pervers quoi… qu’une fleur coupée, ah, comment dire ce qu’une fleur dirait mieux à ma place ? Elle vivra le temps de son existence fragile, les pieds dans l’eau, l’œil coloré et humide comme ce jour de pluie où tu t’es pointé sur le pas de la porte avec ton bouquet dans le dos et le tracassin dans le coeur.


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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 15:11
- Par Philippe Maréchal

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Et la vie qui avait de petits yeux cruels inventa les sensibles. Quant à eux, ils ne trouvèrent rien de mieux que de la faire pleurer. Bien fait. C’est ainsi qu’il se mit à pleuvoir. Quand la vie ôta ses lunettes embuées, elle vit quelle avait inventé les jardiniers. Ils font pousser les fleurs. Ceux qui sont amoureux les offrent à leur belle. Ils les coupent à la base, les fleurs, pas leur belle. C’est la vie, et c’est une brute.

 


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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 14:31
- Par Philippe Maréchal

« Istanbul était un conte »

LEVI Mario

(Sabine Wespieser)

 

Somptueux roman ! Le Lecteur s’est immergé dans le fouillis semblable à celui, enfoui dans une vieille malle, invite à la découverte de ce que fut l’histoire d’une famille intimement liée à celle d’une ville, Istanbul. Vieilles photos jaunies et menus objets évoquent les moments des vies recomposées par Mario Levi. Trois générations de juifs séfarades intégrées à une cité et qui oscillent, tout au long du 20° siècle, entre repli identitaire et ouverture à la modernité. Le 20° siècle des pires abominations. Mais une ville cosmopolite, une ville ouverte, une ville accueillante où chacun des quarante-sept personnage évolue avec cette grâce singulière nimbée de nostalgie. Une nostalgie positive qui rappelle qu’au sein de certaines sociétés cohabitèrent des religions, des cultures, des philosophies qui, aujourd’hui, seraient considérées comme antagoniques. Une nostalgie qui n’est pourtant pas une invite au repli. Une nostalgie positive puisque constamment tournée vers la découverte de l’autre, de tous les autres. Un somptueux roman riche d’une humanité en devenir, du moins pour qui ne se résigne pas à subir les enfermements identitaires.

 

 

 

 

 

« Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier »

RAMBAUD Patrick

(Livre de Poche)

 

La veine s’épuiserait-elle ? Oh, certes le Lecteur a souri. L’an quatre du règne de Nicolas Ier ressemble à une longue descente aux enfers, puisque marquée par l’affaire Woerth/Bettencourt. Un coup de fatigue chez Patrick Rambaud ? Ou une actualité qui ne l’inspira pas ? Cette chronique semble manquer de tonus. A noter toutefois (et en particulier pour les languedociens) un féroce portait du Septimaniaque, l’Immense Disparu, alors candidat à sa propre succession !

 

 

 

 

« Ce qu’on peut lire dans l’air »

MENGESTU Dinaw

(Albin Michel)

 

Les vies croisées de l’exilé et de son fils qui est ici le narrateur. Celui qui dut fuir l’Ethiopie au moment de la révolution, au cours des années soixante-dix avant de s’installer aux Etats-Unis où le retrouvera, quelques années plus tard, l’épouse qui lui est une inconnue. Mais qu’il entraînera vers Nashville dans une sorte de voyage de noce qui marquera le point de départ d’une rupture d’une extrême violence. Trente ans plus tard, le fils dont le mariage part à vau l’eau entreprend le même voyage et s’évertue à recréer l’histoire de ses parents.

Voilà un roman sur le déracinement qui s’essaie à ne pas emprunter les chemins de la « fiction/témoignage ». Voilà un roman qui joue du langage ou, pour être plus précis, du verbe. Afin de s’éviter les pièges de la dénonciation facile. Mais qui, de fait, ôte à ses personnages la part d’authenticité, celle qui aurait pu donner chair et consistance à ces mêmes personnages. Personnages qui ne se ressentent trop souvent que comme des entités poétiques. Ce qui n’est évidemment pas négligeable, mais ce qui n’est pas suffisant aux yeux du Lecteur.

 

 

 

 

« Opéra sérieux »

DETAMBEL Régine

(Actes Sud)

 

Fille d’une diva et d’un ténor, Elina vient à la vie, en 1926, à l’instant même où sa mère se meurt. Comme prédestinée ? Régine Detambel trace à certes à grands traits la jeunesse d’Elina, qui grandit parmi les nombreuses maîtresses de son père, des cantatrices qui l’initient à l’art du chant. Mais là n’est pas l’essence de l’œuvre. Elle se situe dans les espaces où la romancière fait entendre la voix qui se construit au prix d’efforts insensés avant d’atteindre à l’exceptionnel (à défaut du divin, le Lecteur se refusant à faire sien ce vocable !). Et cette voix-là va générer des passions et des polémiques. Une voix qui deviendra une redoutable arme de séduction. Dans un monde qui vacille, qui sombre dans l’abîme avant que de tenter de s’inventer de nouveaux équilibres. La voix émerveille. La voix fascine ceux que passionne l’opéra. Le roman, lui, interroge sur le pourquoi de cette fascination. Le roman est avant tout le souffle, celui de l’œuvre, si du moins il est tolérable d’englober dans ce seul mot la totalité d’une partition. Celle d’un opéra, un opéra dont la musique transparaît sous chaque phrase, un opéra qui aura fait vibrer l’Auditeur (et donc le Lecteur) jusqu’à sa note finale.

 

 


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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 17:21
- Par Philippe Maréchal

 


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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 12:46
- Par Philippe Maréchal

Photos-No-limit-080.jpgJe suis allé sur un site social ou le web gagne toujours par 2 à 0. Je me suis pris les pieds dans le fil des commentaires et je suis tombé sur une conversation. Je ne m’en suis pas relevé. Mais comme on est sur le net tout le monde s’en fout vu que personne ne voit que tu t’es cassé la gueule dans ton bureau. C’est fou comme c'est vexant de se fracasser sur des propos à la cantonade, seul rapport entre le foot, le web et l’étonnement.  Des trois disciplines je préfère quant à moi, l’étonnement, ce qui me permet de rester à la hauteur des conversations, du moins tant que je n’ai pas chuté car à ce moment, je ne suis plus au niveau souhaitable pour édifier le pékin qui s’émeut sur la toile en diatribes d’atrabilaire consterné de voir comme c’est plus comme avant, le social. Le foot non plus, les shorts sont trop grands et ridicules pour des gamins de cet âge et le web çà y était pas avant, alors on peut pas dire. Tout ce qu’on peut dire quand on a la gueule par terre, c’est que des fois on y est bien, et des fois c’est bien quand c’est mieux. On n’a plus qu’à se relever et reprendre le fil de la conversation sans que de rien n’était pendant les autres continuent, vu qui z’ont rien vu, et vu que j’ai pas de webcam parce que je suis trop petit sur mon siège.

 


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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 10:58
- Par Philippe Maréchal

Combien d’écrivains dans le Panthéon personnel du Lecteur ?

Au sein de l’espace où s’accumulent les livres qui sont autant de jalons d’une vie, il a marqué quelques repères afin que celles et ceux qui lui succéderont puissent, le moment venu, partager certaines de ses plus riches émotions.

Quand, comment, dans quelles circonstances a-t-il rencontré l’œuvre d’Antonio Tabucchi ?

Il se retourne vers cet espace et découvre non sans surprise que la toute première rencontre se produisit voilà à peine plus d’une vingtaine d’années.

Alors même qu’il avait la certitude de connaître depuis son toujours à lui l’écrivain italien.

Celui-là même qui le conduisit à explorer une malle pleine de gens et donc à lire Pessoa.

Lui qui, en tant que Lecteur, ignorait alors qu’il existait une littérature portugaise !

Mais Antonio Tabucchi lui fut très vite bien plus qu’un passeur.

Antonio Tabucchi devint une de ses références majeures, celles vers lesquelles il ne cessât de se tourner tout au long de cette vingtaine d’années-là.

Le Lecteur ne vous accablera des effets délétères de cette pédanterie qui consisterait à établir la liste des romans d’Antonio Tabucchi présents en ses intimes espaces.

En ce jour de deuil, en ce jour de l’absence, il laisse ici sa modeste trace avant de se replier sur lui-même afin de dissimuler ses larmes.

Les romans d’Antonio Tabucchi tout autant que ses recueils de nouvelles lui manifesteront leur chaleureuse, leur fraternelle présence au cours du peu d’éternité qu’il lui reste à affronter.

Il n’est donc pas d’adieu qui soit de mise.

 

 

 

 

 

 

 

« Dire son nom »

GOLDMAN Francisco

(Bourgois)

 

Le Lecteur fut hermétique à ce récit que d’autres considèrent comme « un chef d’œuvre rayonnant et transcendant ». La mort tragique d’Aura, la compagne de l’Auteur. Une lente, une tortueuse introspection. L’émergence des souvenirs accumulés dans le partage. Un fatras qui laissa le Lecteur indifférent.

 

 

 

 

« El Sexto »

ARGUEDAS José Maria

(Métailié)

 

L’Uruguay de la fin des années trente. L’Uruguay sous la férule de la dictature militaire. El Sexto, la prison où cohabitent les droits communs et les politiques. Des politiques divisés entre communistes et démocrates (ou apristes, du nom du parti « démocrate », l’Apra). Une atmosphère étouffante. Une société composite au sein de laquelle l’individu s’efface et n’a d’existence que dans la soumission au collectif dont il est issu. Chaque groupe lutte pour sa survie et ne défend que ses intérêts particuliers, alors que cette société-là se structure selon des lois primitives. L’humanité se réduit peu à peu à l’animalité. Sauf pour les quelques-uns qui refusent l’irrémédiable enlisement.

« El Sexto » est un roman doublement daté : la fin des années trente, période durant laquelle l’Auteur fut incarcéré, et le début des années soixante, lorsqu’il le publia. Ce qui suppose de disposer des quelques références permettant de rendre compréhensibles certains passages du récit, ceux qui, en particulier, concernent les affrontements politiques. Mais il constitue également un formidable et poignant témoignage sur ces dictatures qui s’inventèrent leurs goulags, espaces clos à l’intérieur desquels étaient broyées les consciences rebelles. Dans un style sans fioriture, Arguedas relate une de ces tragédies humaines qui jalonnèrent le vingtième siècle.

 

 

 

 

« Les fraises de la mère d’Anton »

HACKER Katharina

(Bourgois)

 

Un roman si faussement, si trompeusement léger. Comme depuis tant d’années, la mère d’Anton se prépare à confectionner sa confiture de fraises. Les fraises de son jardin. Anton, lui, exerce la médecine à Berlin. Un étrange incident le rapproche de Lydia, médecin elle aussi. Lydia, maman d’une fillette, émerge tout juste d’un moment douloureux de sa vie et elle ne sait trop que faire de l’amour que lui voue Anton. Anton dont la mère a oublié de repiquer les fraisiers sensés lui fournir les fruits nécessaires à la confection de ses confitures. Alors que les pots vides attendent de se remplir sur la table de la cuisine. Alors que la sœur d’Anton, exilée aux Etats-Unis, ne donne plus de ses nouvelles. Voilà un roman sur la vie, sur le temps qui passe, sur la mémoire qui s’efface. Voilà un roman sur les difficultés du partage, un roman à la Pialat, si du moins le Lecteur est autorisé à formuler un tel rapprochement. Mais qui donc serait en mesure de le lui interdire, hein ?

 

 

 

« Le palais des autres jours »

CHAR Yasmine

(Gallimard)

 

Le Lecteur en était resté sur un sentiment particulièrement favorable au terme de sa découverte du premier roman de Yasmine Char (« La main de dieu », chez le même éditeur). Roman auquel la guerre civile libanaise servait de toile de fond, roman âpre et charnel qui laissait entrevoir des pans entiers de la folie d’une humanité qui avait perdu l’essentiel de ses repères. Un roman plutôt réussi qui mettait alors en scène une sorte d’Antigone confrontée à la violence et comme emportée par elle.

Dans « Le palais des autres jours », cette Antigone, accompagnée de son jumeau, son frère, emprunte les chemins de l’exil, des chemins qui la conduisent en France. Dans un premier temps auprès de la mère qui, autrefois, déserta et qui s’avère si futile que l’adolescente choisit de la fuir définitivement. Commence alors la nouvelle vie, en compagnie du gémeau, dans le Paris des années quatre-vingt-dix. Où elle se confronte une fois encore à la violence, celle des attentats. Où son gémeau s’englue dans une dérive qu’elle ne parvient pas à contenir. L’Antigone de Yasmine Char s’essaie alors de trouver seule le chemin de sa rédemption. Sur une terre hostile ou, au mieux, indifférente.

Le Lecteur s’est senti moins proche, moins solidaire de cette Antigone-là que de la précédente, celle dont il a pressenti trop vite qu’elle réussirait, en dépit des multiples handicaps, son intégration à la société européenne. Une Antigone qui s’est en outre délestée d’une partie de son âpreté, qui recherche les clefs d’une certaine assimilation à une autre culture. Une Antigone en voie de normalisation, une Antigone qui se résout à la rupture et se défait du gémeau enrôlé par une cause qu’elle ne peut ni comprendre ni, a fortiori justifier. Une Antigone qui se fond finalement dans la société qui lui concède un peu d’espace. « Lentement, je me suis levée avec les autres sans détacher les yeux du ciel. Il me montrait le chemin à suivre. »

 

 


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