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Vendredi 14 novembre 2008

 publiée sur « Sauvons l'école publique  aujourd'hui…

 Le Ministère de l'Education Nationale de Xavier Darcos vient de publier un appel d'offre commun avec le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, d'une valeur totale de 220 000 euros.

L'objectif affiché est l'identification des sources d'information et des lieux de débats, sur Internet, qui peuvent constituer un "risque opinion" et provoquer des crises impliquant les ministères. "Clé devoûte" du dispositif, le passage en "mode alerte" qui permettra aux autorités de localiser les sources de troubles et d'identifier les crises potentielles avant même qu'elles surgissent. C'est ledeuxième appel d'offre révélé en dix jours. Le premier émanait du Service d'Information du Gouvernement (SIG) qui souhaite surveiller tout ce qui se dit et s'écrit au sujet du gouvernement sur les sites en ligne.

Risque d'opinion et anticipation des crises

Les médias concernés sont les blogs, les sites des syndicats ou des partis politiques, les sites militants d'associations et les leaders d'opinions, les lanceurs d'alerte. En bref, les "sources

stratégiques ou structurant l'opinion". Les médias traditionnels

sont aussi concernés, mais l'appel d'offre se contente de les

évoquer globalement, sans autre détail, comme s'ils constituaient un seul et unique bloc, comme s'ils ne constituaient pas un "risque" particulier. L'effet "Grenelle de l'Information", peut-être ? Dans le but d'"anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise", le prestataire devra aussi utiliser toutes les informations "qui préfigurent un débat, un «risque opinion» potentiel, une crise

ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se

trouveraient impliqués". Avec un égard particulier pour les "vidéos pétitions en ligne, appels à démission, [qui] doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel"... En résumé, il s'agit de pister les embryons de débats qui constituent un "risque opinion", avec pour objectif de limiter les répercutions politiques négatives. Et au final, "aider le ministère à calculer le retour sur investissement pour cette opération". Bien entendu, il ne s'agit en rien d'une opération politique. Promis, juré, craché ! Simplement un nouvel outil pour améliorer L’Education, optimiser les réformes, et ainsi compenser les salaires exorbitants alloués à ces Bac+5 qui passent leur temps à surveiller les siestes des enfants ou leur changer les couches.  

par Philippe Maréchal publié dans : Informez vous et faites passer
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Jeudi 13 novembre 2008
"La Cadillac des Montadori" de Marie FERRANTI (Gallimard). Sauf erreur ou omission de ma part, Marie Ferranti ne cite jamais le nom de la contrée qui constitue le cadre de son roman. Mais chaque détail descriptif laisse deviner ou comprendre qu'il s'agit de la Corse. Un vieil homme agonise. Un vieil homme qui régentait tout, qui régnait sur tout. Un homme qui, dans son dernier souffle, révèle un secret qui va bouleverser l'existence de celui auquel il est confié. Dans ce roman concis, ciselé, Marie Ferranti installe les protagonistes d'une tragédie moderne qui puise ses racines dans une histoire et des traditions séculaires. Le dépouillement, la rigueur; le dénuement confèrent au roman ce climat si révélateur, si proche des problématiques actuelles de cette terre sur laquelle une identité collective se reconstruit au prix du sang, du silence et des larmes.
 
 
"D'autres chemins" d'Enis BATUR (Actes Sud). Les chemins qu'emprunte l'écrivain et poète. Ceux des proximités. Ceux de terres plus lointaines. Au confluent de l'Histoire et des civilisations. Entre Europe et Asie. Les héritages communs. Batur, poète publié chez Fata Morgana, égare le lecteur. Le désespère parfois, lorsqu'il évoque certaines affinités philosophiques. Le rassure lorsqu'il traite de celles qui le rapprochent de quelques poètes. Dont Jabès et Char. "Aller vers Char, être en-route-vers-Char. Le vrai voyage; je le sais commence, commence chaque fois que je tends la main pour prendre un de ses livres sur une étagère. A présent, c'est en ayant entendu le murmure de la Sorgue, vu ces arbres, cet oiseau, en ayant connu ne serait-ce qu'un peu la lumière de cet endroit, que je reviendrai à ses poèmes. Il est bon qu'un poète sache que d'autres poètes vont se diriger, se tendre vers lui, qu'ils chercheront chez lui une porte entrouverte, il est bon qu'il s'éteigne avec cette certitude."
 
 
"Lost City Radio" de Daniel ALARCON (Albin Michel). Un pays d'Amérique Latine non déterminé. Une longue, une sanglante guerre civile. Quelques acteurs malgré eux, au service de l'un ou l'autre camp. Une star des micros. Un gamin qui est le vrai centre de gravité du récit. Quelques comparses. Tout cela donne un roman attachant mais par trop inégal.
 
 
"Arlington Park" de Rachel CUSK (L'Olivier). Décapante. Cette succession de portraits de femmes anglaises. Couches moyennes supérieures, dont les problèmes existentiels surabondent et se croisent. Mais le côté répétitif de ces portraits édulcore peu à peu le propos. Trop d'analogies, de ressemblances, de superpositions. Alors que les traits incisifs qui émergent des premières pages laissent attendre le tsunami littéraire qui, finalement, se résume à quelques vaguelettes.
 
 
"Noir" de Robert COOVER (Seuil). Noir de noir. Un privé. Dans les tréfonds d'une ville plus glauque que glauque. Un ballet entre flics et truands. Une innocente jouvencelle. Et Blanche, beaucoup moins blanche qu'il n'y paraît, la collaboratrice du privé. Morbide. Trop de complaisance. En dépit de quelques pages qui laissent le lecteur pantois.

André Blanchemanche ( à retrouver en lien ici dans "le palavazouilleux")
par Philippe Maréchal publié dans : La chronique d'André Blanchemanche
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Mercredi 12 novembre 2008

Une publicité m’horripile sur France Inter, une pub pour la fondation de France :

Qui commence par « je ne donne pas… » S’en suivent et s’enfilent des perles du genre « je ne donne pas quand on essaie de me faire pleurer » ou bien du genre quand je ne sais pas où çà va, hein… Ils auraient pu ajouter dans leur ton sentencieux de beauf outragé  c’est vrai çà on sait pas, peut être qui vont boire avec…les gueux.  Et puis tombe la chute, une merveille, une pure légende, un bijou comme pour souligner une photo de notre temps à destination des générations futures afin quelles sachent pourquoi elles en sont là :

« Je donne quand çà me fait plaisir… » Faut pas chercher très loin les ressorts de l’altruisme ou de l’empathie, juste mignoter l’égo car pour la fondation de France, sans liberté de flatter il n’est point  d’éloge magnanime.

 

PS pour continuer dans l’NRV…Ce matin, une autre perle d'honneur d' Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, sur France Inter :

« …qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, depuis 40 ans nous sommes présents au Niger… »

 

 

par Philippe Maréchal publié dans : humeur du chef
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Mardi 11 novembre 2008

 

VII

 

 

 

                                         

…A 21 heures, le 74ème régiment  vint nous relever, Je me trouvais dans un abri, lorsqu’un obus est venu éclater devant l’entrée et a bouché celle-ci. J’ai mis deux heures pour arriver à me dégager…

   Extirpant d’un vieux sac en toile les outils exprès pour çà, la brosse, le couteau de plâtrier et l’éponge de chantier, le paternel s’attaquait à la pierre de grès. Il maniait rapidement la brosse qui était aussi dure que l’énergie de son désespoir.

 Contre l’oubli, papa déployait sa méthode. Il ranimait la mémoire des pierres. Il brossait. Il grattait. Il entretenait. On ne pouvait pas suspecter que ces gesticulations iraient nourrir la suffisance dont sont ornés les « sépulcres blanchis » cités dans les évangiles. Cela tenait plutôt du  « on fait de son mieux », simple expression d’une dignité. Cette même dignité que les riches, dans un mythe et dans leur grande mansuétude, prêtent  généreusement aux pauvres, non sans intérêt. Cela révélait surtout une fidélité sans faille au souvenir d’un père trop tôt disparu.

 Le souffle chaud qu’il expirait se condensait. L’employé des Chemins de fer, manches de gilet dominical retroussées, se donnait des allures de locomotive, muscles en lieu et place des bielles. Il me semblait qu’il engageait une course contre le temps, celui là même qui ronge jusqu’à  l’oubli. On eût dit qu’il refaisait le lit de son Papa. Nul doute, même s’il se montrait circonspect dans les supputations d’une possible vie après la mort, Papa s’employait avec soins et gestes digne d’un prêtre de l’antique Egypte, animé de la seule bonne volonté qui aurait pu, je m’y attendais, produire des étincelles de vie.

« …Toute la journée, le bombardement continue, je suis près du lieutenant Rodier, on ne peut pas faire un mouvement. Vers 19 heures, il est appelé par le commandant Tajasque. Je reste seul. Cinq minutes après son départ, un obus de 210 tombe à 1,50m de moi. Par un hasard vraiment extraordinaire, je ne suis pas touché. J’ai été déporté à 4 mètres de là. Je me tâte, rien de

cassé, mais je n’entends plus rien et je ne sais plus où je suis, un triste spectacle s’offre à ma vue… »

 
Alors que Papa s’agitait, je fixais ton monument à la fois modeste et grave. J’espérais qu’à force de se faire frotter la pierre, celui qui en ces temps là n’était pour moi  que le cousin du père Noël mais beaucoup moins fortuné et bien moins rigolo, le Jésus en croix posé là, nu à tous les vents, se lève enfin. Qu’on le chatouille et à force de l’agacer qu’il s’anime que diable !

 Et toi, Grand père, comme Aladin s’extrayant de sa lampe merveilleuse, que tu sortes de ta boîte dans un grand fracas. Enfin redressé, et vérifiant le bon fonctionnement de tes articulations, tu te serais étiré, et tu aurais débouché tes oreilles d’un doigt énergique. Tu aurais ensuite secoué la poussière de ton vieil uniforme. Ramassant ton képi et, d’un geste à l’élégance toute militaire, essuyant un après l’autre le dessus de tes brodequins sur tes bandes molletières, tu aurais roulé tes moustaches et héros d’un poème à la  Prévert tu nous aurais dit : « mes enfants c’est une grosse connerie tout çà… faîtes un vœu ! ».

 Tu serais ressuscité, pour de vrai. De grand père mythique, fauché à l’âge du Christ, tu serais devenu un vénérable grand père à moustaches qui piquent quand on l’embrasse.

 Tout bien réfléchit, çà me turlupinait un peu que tu ressuscites à l’âge de trente deux ans, c'est-à-dire vingt ans de moins que mon Papa. Mais un miracle ne s’encombre pas de détails temporels et Papa aurait pour le coup cessé de penser que « la vie est une soupe à la grimace qu’il faut manger tous les jours pour finir en boîte dans un grand trou ».  

  Si ce n’est pour les morts, à quoi ça pourrait bien servir la résurrection ? Allez curé, assez des promesse du dimanche, on dirait…« On dirait », comme disent les enfants On dirait grand père, que  tu aurais rompu le silence qui régnait autour de ton lit minéral. On dirait que tu aurais pu ajouter, sans nous faire peur, en nous fixant d’abord d’un œil malicieux : « attendez y’a du monde avec moi… » Et te retournant ensuite, tu aurais crié: « debout les gars, « Tajasque, Rodier » quittez vos tranchées, ne restez pas cloîtrés dans la tombe, os en l’air ! Refusons la concession perpétuelle ! On dirait, on dirait…On a beau dire, disent les vieux.

Rien de tout cela n’arrivait. Rien n’avait plus bougé depuis qu’après la guerre ton corps fut ramené à Paris. Dans un cercueil en chêne non plombé mais tout de même « très solide » avait signifié les militaires, comme pour rassurer Marie Louise. Très solide, J’ai retrouvé le terme plein de sollicitude dans un courrier qui lui fut adressée à cette occasion. Donc, plus rien ne changerait ni ne bougerait. Plus fort qu’un fantassin vulnérable, un cercueil solide c’est du costeau, c’est fait pour durer.  Pour ceux qu’on n’avait pas su préserver vivants, on proposait de les conserver  morts à l’abri du danger qui casse, dans une sorte de casque intégral en bois qui tout comme la langue du même nom qui illustre et se perd en hommages et condoléances, donne l’illusion. Durer, en cela, le cimetière ressemble un peu à une prison, en une addition de toutes les souffrances passées, sans que personne n’y puisse rien  changer. Personne n’y peut jamais rien. C’est comme çà, à quoi bon. Fallait pas être là au mauvais moment, au mauvais endroit.

par Philippe Maréchal publié dans : lemondedephilippe
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Lundi 10 novembre 2008

 Les Jeudis de la médiathèque
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 Le Rendez-Vous des Quais de Paul CARPITA À partir du mois de novembre, la médiathèque Lucie Aubrac de la ville de Ganges lance Les jeudis de la médiathèque. Rencontres avec un écrivain, lectures, débat avec un historien, projection de films, de documentaires seront au menu de ce rendez-vous mensuel. La première séance aura lieu le 20 novembre à 20h30. Elle sera composée d’une projection de deux courts-métrages et d’un long-métrage. Le « Rendez-Vous des Quais » est un film français réalisé par Paul Carpita entre 1950-1953. Ce long métrage sera censuré de 1955 à 1990. Au début des années 1950, à Marseille, Robert, jeune docker, cherche un logement pour pouvoir s’installer avec sa jeune fiancée. Mais dans une période où l’économie française est au plus mal, Robert, en refusant de se rallier à un groupement syndicaliste, va devenir la proie d’un manipulateur. Ce dernier, en lui promettant un logement, va l’entraîner aux limites de la compromission lorsque dockers et ouvriers se mettent en grève pour manifester contre la guerre au Viêt Nam. Le second film projeté, « Contre Chant », est un court-métrage collectif de 2008. Réunis autour et au cours d’un mouvement social et politique qui s’est déroulé en automne 2007 dans les universités, les réalisateurs ont été saisis par la nécessité de s’exprimer. C’est un témoignage, face au fatalisme politique et à l’oppression généralisée, de la possibilité de l’action collective et constructive. La dernier court-métrage, « Cévennes en soie », relate l’histoire de la soie et des textiles en Cévennes, depuis les premières filatures jusqu’au dernier conflit de l’usine Well. Cette soirée s’inscrit dans la continuité des Rencontre Littéraires 2008 « Délit d’opinion : de la clandestinité à l’autocensure », proposées par la médiathèque en octobre 2008. La soirée se tiendra le jeudi 20 novembre à 20h30. Espace Yvon Delmas. Renseignements et réservation : 04-67-73-84-24 ou mediatheque.de.ganges@wanadoo.fr
par Philippe Maréchal publié dans : Informez vous et faites passer
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