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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Journal

 

 

 

 

Journal hors champ à la ponctuation aléatoire et aux considérations autant indispensables que le mur sur lequel on accroche le cadre.

 

 

Vendredi de l'année dernière à la même époque... au moins 18 jours sans tabac, je vais mieux, je vous assure, d'ailleurs je sens que je frise et le matin j'embrasse mon oreiller si c'est pas des preuves çà,.. Je tousse pendant une demi heure, et la joie du bonheur éclate dans la douceur éternelle de ces instants où tu te dis, il manque quand même l'essentiel, une petite sèche à rouler entre ses doigts, et puis lui tapoter le cul en lui arrachant quelques poils de tabac qui dépassent et la glisser entre ses lèvres avant d'y mettre le feu.

 

 

Samedi, quand je suis arrivé je trouvais ça curieux. Elle était assise là, en silence l'air triste, même un peu énervée. Je ne l'avais pas vue depuis des années. Sur sa chaise que je jaugeais bancale, la table de bar légèrement inclinée. Elle était assise en bord de terrasse du bar, à l'extrémité, à la frontière d'un espace bondé, comme il l'est le samedi matin, jour de marché; à l'angle de la rue et à l'endroit où le sol suit une pente vers le trottoir; le monde à ses côtés et le courant d'air pour toute amitié. Je lui dis bonjour; elle me répond d'un sourire de novembre. Elle a vieillit, mais elle est toujours belle. Moi aussi que je me dis.
Tu te fais rare ?
Vaut mieux vivre cachée
J'étais descendu au marché, tard d'accord mais, quand même, pour fuir la maison, la solitude en compagnie d'un bol de noir et d'une tartine oubliée dans le grille pain et voilà que çà commence ainsi. Elle me voit hésiter quand je cherche une place autour d' une éventuelle table libre; c'est plein. Elle sourit, en voyant que je suis prêt de m’assoir à sa table.
Assis toi, moi je m'en vais, çà fait 20 minutes que je suis là et personne ne me voit, je ne suis pas servie, j'en ai mare. Prends ma place.
J'ai peur de vivre caché à mon tour, et puis je suis descendu pour voir du monde, les écureuils, les sangliers, les renards et les salamandres et tout et tout c'est beau et çà rend poète mais, faut se réveiller; l'amour c'est beau mais c'est mieux à deux. Comme j'ai pensé tout haut, elle rigole à présent, enfin, on va dire qu'elle sourit avec ce qui reste de bleu dans ses yeux.
Allez assis toi, tu vas voir c'est marrant.
Merci, oublies pas ton sac, à bientôt ? l'année prochaine ?
Je m'assois. C'est un endroit bizarre; la terrasse est pleine, j'y suis, mais à cet endroit c'est la frontière, celle du client happé dans un autre monde, celui des transparents. Je suis juste à côté; c'est la vie; çà parle fort, les tables sont serrées mais je suis juste à côté; je vois le monde comme le voyait mon amie quelques instants auparavant. Je vois bien le garçon qui sort du bar et s'en vient prendre les commandes mais, jamais il ne regarde par ici. Cette table n'existe pas; je regarde; j'écoute; je suis pourtant là; faut croire que non, elle avait raison; j'attends; la foule des passants devant les étales des ambulants du marché, les embrassades; les gens heureux qui se retrouvent, ceux qui font semblant; ceux qui font la gueule, ceux qui ont froid, faim et soif de justice; les barbus, putain y'en a plein des barbus...les chevelus, les perruques en peau de fesses, les jolies femmes, les femmes, et les enfants d'abord, les vieux, les cabas, les embrassades encore, ceux qui fument et puis qui sourient avec des dents, pour ceux qui en ont encore, d'un pâle de sourire d'automne à la fraicheur de " Fleurs de Pays"; les fumeurs meurent, les autres aussi; tout ce monde, avec trois sous, deux sacs, des fringues qu'ont connu des jours meilleurs, un mec des assurances en costard, une femme en talons aiguilles, pratique pour les feuilles de micocouliers, que je rêverais bien en palétuviers, et puis le vent frais qui me caresse la nuque depuis la rue qui descend dans mon dos, à ma table, comme un con, en pente et sur ma chaise de merde qui me fait mal sous les cuisses et qui se balance dès que je bouge et puis cette place d'invisible, de transparent, celle d'un autre temps, celui du temps où elle souriait et où elle était la plus jolie, ma place tout à coup, merde; faut que je me barre, ne pas rester là. J'étais descendu pour voir du monde. J'ai vu.

 

 

Dimanche, ce soir je me suis dit que j'allais m'écrire un roman d'espionnage avec un bas sur la tête, pour ne pas voir ce que j'écris comme çà après, je pourrais le lire en gardant le suspens jusqu’à la fin où mon héros dit son nom quand il a pété les bretelles du fielleux qui fait rien qu'à me casser les bollox pendant que j'écris son parcours haletant sans pouvoir fumer vu le bas que je n'ose pas trouer, parce que je pourrais pas aspirer la fumée, pis que en la recrachant çà va pas être possible, enfin c'est embêtant parce que c'est pas facile avec un bas quand on veut remonter en haut de la page.

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À propos

Philippe Maréchal

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Nathalie 30/11/2016 08:17

Invisibles. Visibles mais nul ne veut voir. Rester enfermé à l'intérieur, en soi, voulant pourtant être vu, mais ne l'être pas, voyant mais pas perçu par ceux vus. Peur de donner, de recevoir, se dire que rien ne peut venir de peur d'être déçu, rendu au rien qu'on peut penser être parfois. Mais prendre courage, reprendre courage. Changer de table, inviter l'autre à rester, ne faire que la regarder si elle ne veut pas parler et aimer cela, juste être en présences. Même en silence qui fait être ensemble de ne pas (se) rompre.