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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...2

 

 

 

 

Le choix

 

 

J'avais abordé la frontière. Enfin je l'avais vue. Une ligne me séparait constamment de la compréhension. Il suffisait de la frôler pour imaginer le rôle de la tangente. Rebrousser chemin et c'était emprunter une autre arrête, celle de la fuite. Comme d'habitude je suis parti. Mais les points d' interrogations poursuivent et s’accrochent à celui qui sème des questions. Il se prend les pieds dans un faisceau de présomptions dont la définition du dictionnaire assure que l'on s'appuie sur des apparences ou des indices. Jusqu'ici, je m'étais toujours fié aux signes. Je les rangeais en deux catégories, les signes de bon signe et les signes de mauvais signe. Nous avons tous entendu dire : ça, c'est un signe. Mais de quoi est ce le signe ? Personne à part toi ne saurait l’interpréter, et si seulement c'est un signe. Au sol se dessinait une ligne qui devenait un signe. C'était écrit dessus. La franchir, c'était accéder à une autre étape de ma vie, reculer c'était y renoncer et donc m'offrir un autre destin. Si je choisissais de m'y tenir en équilibre ? Face au bureau de l'accueil de l’hôpital, soit j'attendais mon tour en acceptant l'attitude discrète et requise, soit je partais. Je partis donc. Je m'en allais à la recherche du prolongement de cette droite. Par définition, elle se prolongeait à l'infini. A partir de cet instant je craignis d'être tenu à la discrétion et au mieux d'être servi à discrétion. A aucun moment je n'ai imaginé qu'il s'agissait d'un segment ou à la rigueur d'une demi droite. Non cette ligne devait poursuivre son chemin et ce chemin serait le mien. Il est des jours où l'on se sent perdu et à ce point perdu qu'on est attentif à la moindre indication. Je l'avais, à mes pieds, tracée, la ligne de discrétion. Je me devais d'explorer cette attitude, cette nouvelle ligne de conduite, observer ce qui devait advenir en suivant cette proposition, se tenir au plus près et en tous points d'une conduite digne de ce cadeau étrange. Suivre une ligne c'est parcourir tous les points qui la compose. Prendre le temps de s'arrêter, sur les points de suspension, revenait à prendre le risque de comprendre de quels arguments elle s'enrichit et nourrit la vie de celui qui la parcourt. S'arrêter en équilibre sur le fil devait m'aider dans ce voyage chaotique partant du mystère de la naissance vers celui de la disparition, sans savoir pourquoi des baffes entre les deux.

Réfléchissant à la manière de suivre cette indication, quant à la discrétion et l'étroitesse de cette proposition, j'en déduisis qu'il fallait s’armer de patience et de calme. Impossible déclaration publique, inutile d'imaginer assouvir cette recherche, entouré du tumulte de mes semblables, une seule solution, se retirer, se mettre un temps de côté et accepter, ce qui jusqu’ici, m'avait tant répugné, rencontrer la solitude. Au calme, il resterait à considérer que les déambulations d'un homme sur une planète ronde pouvait se dessiner en arc de cercle, ce qui ne colle jamais avec le chemin qu'on imagine être le plus court et si l'on s'égare en pensant qu'il est une ligne droite. C'est tout l'art de la navigation. Tout être humain est un navigateur. Un navigateur choisit sa route en fonction des latitudes et donc aussi de la météo et des courants. Comme marin, je l'ai été, j'aurais dû m'en souvenir pour traverser la vie et des inconvénients ou avantages du chemin le plus court. Deux choix se présentent, l'orthodromie ou bien la loxodromie. Il est plaisant d'appliquer ces notions maritimes à la manière de suivre le chemin dans les arcs de cercle de sa vie. La route loxodromique est représentée sur une carte par une une ligne droite et coupe avec constance et d'un même angle les méridiens de la vie, mais n'est pas la distance la plus courte d'un point à un autre. La route orthodromique est la plus courte puisqu'elle est un grand arc de cercle épousant la sphère. Elle m'a largué. J'ai perdu pied, et voilà à quoi je pensais en ces instants, versé dans l'oubli de celle que j'ai aimée, considérer ce point de rupture comme le dernier point d'un calcul d'estime et suivre la demi droite née d'une ligne brisée. La navigation prend en compte et considère la dérive.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

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Monique Benintendi 18/02/2017 20:17

J'ai enfin compris l'expression : prendre la tangente !!

Philippe Maréchal 18/02/2017 21:08

merci d'être passée par ici