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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La Ligne de discrétion...4

 

 

 

 

 

La solitude

 

Cette frangine prend toute la place. La solitude est une bonne sœur, elle prie pour toi quand tu n'en as plus la force. Elle est comme de l'eau qui prend tous les contours et remplit tout l'espace. Rien n'est étanche. Elle finit par suinter puis couler jusqu'à l'intérieur de ton cœur et elle endort ta conscience. C'est l'osmose. Elle traverse les pores de la peau et se déverse. Elle remonte du ventre jusqu'au cœur tout étonné de s'entendre battre encore. Invisible, elle te regarde de l’intérieur et elle t'annonce : j'ai encore des choses à te dire. Puis elle éclaire la chambre noire des souvenirs. Rien ne lui échappe, ce qui est beau, comme ce qui est laid. Tout s'embrase et le cinéma permanent zappe un carnaval qui s’égrène en chapelet d'émotions. Tout défile. Le temps s'efface et court ailleurs. Aucune issue de secours dans ce cul de basse fosse, rien qui ne sert à remonter. La vie prend un autre atour. La réalité s'étale sans pudeur, sans reproches mais sans complaisance. L'illusion fond. La pile de bouquins sur la table basse se recouvre de poussière. Le silence est à peine troublé par le tic tac de l'horloge, d'un goutte à goutte au robinet à cause du joint trop vieux. L'envie est absente. L’allégresse n'est plus qu'un mot. Pas de but, pas de chemin, rien. Rien que le rien à explorer. S'enfoncer dans le labyrinthe proposé et surtout ne pas résister. Ne plus s'accrocher, aux peurs, aux croyances, aux espoirs, descendre au plus profond. Tandis qu'un œil reste là haut en vigie, l'autre se perd dans l'infini vertige d'une descente en soi. Tu attends un signal, quand ce sera fini. Mais attendre c'est encore résister, la dernière barrière. Un effort. Autant de fois qu'elle reviendra que tu ne l'ouvriras pas. Celle-ci, tu devras l'aimer même si tu la détestes encore. Alors tu lâches. C'est là seulement la fin.

Tu t'organises. Pour autant qu'elle soit difficile, la solitude impose. Tu prends un rythme. Tu choisis peu à peu ta nouvelle vie. Une après une, tu quittes les vieilles lunes. Du passé, quand tu y penses, il ne reste plus de mauvais choix, il ne reste que des choix. Il vaut mieux quitter les adjectifs. Instinctivement, tu écartes tout opportun. Tu traces ton chemin, sans gloire, sans intention. Tu ne sais rien. Tu découvres qu'il est bon de ne rien savoir. Tu trébuches parfois. Tu tombes. Tu apprends à te relever. Tu apprends le quotidien sans exaltation. Chaque journée recèle son lot d'actes insignifiants. Aller plus loin encore, là où réside la curiosité. Tu reprends la lecture avant d'en retrouver le goût. Tu te surprends à la cuisine pour retrouver l'appétit. Et puis vient un dimanche. Et tu te dis, C'est pas pour me vanter, mais le cognassier du Japon commence à fleurir. Passe encore quand je fais des conneries et qu'il ne se passe rien, mais qu'il arrive quoi que ce soit de beau quand je n'y suis pour rien et c'est merveilleux. Même pas envie de faire une photo, quand elles se pointent les petites, faut pas les troubler, surtout ne pas les déranger. D'ailleurs elles font de même avec moi quand je les entends chuchoter tiens, il est sorti. Pourtant dehors tout est figé. Pas un poil d'air en mouvement. Pas une branche de la forêt alentour qui ne bouge. Il fait froid. C'est janvier, janvier, janvier. Qu'est ce qu'on fait un dimanche 17 janvier à 10 h 21, ben un café. Le deuxième, celui à qui tu susurres ton presque bonheur, tel un chevalier hagard, sans sucre, sans peur et sans remords.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

 

 

 

 

 

 

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Philippe Maréchal

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Angelilie 20/02/2017 13:57

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.

Philippe Maréchal 20/02/2017 19:30

merci beaucoup de votre attention, je vous souhaite de bonnes lectures à venir. Philippe

Nathalie 20/02/2017 11:12

Après lecture, souffler l'air qu'on a retenu de lire, tout doucement. L'humanité se reconnaîtrait-elle toute entière dans la solitude éprouvée profondément, pleinement reçue ? Là, elle est donnée à percevoir, poètiquement et intimement.

Philippe Maréchal 20/02/2017 19:33

L'intime.... vivre cette solitude pleinement jusqu'à retrouver le souffle justement, sentir que l'on peut être seul et à la fois relié à tout ce qui vit...

Schubart 20/02/2017 10:59

Solitude n est que vacuité qu il faut meubler d amour de musique et de bons vins..

Philippe Maréchal 20/02/2017 11:01

d'expérience je dis surtout ne pas meubler mais traverser ce moment et atteint en profondeur se laisser transformer