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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...5

 

 

 

 

La sidération

 

 

C'est arrivé. Un avant, un après, à ce que j'en sais. J'ai comme franchi la porte. Mais il n'y avait pas de porte, un simple appel téléphonique mais la porte je l'ai vue. Elle m'a claqué la gueule. J'ai fait connaissance avec la sidération. Bonjour Madame. Un autre point de la ligne, un point gros comme un bourre pif et tu as la glotte qui remonte. A cet endroit, cette ligne est un trait large puis s'amenuise et s'arque en un demi cercle, celui qui empêche le joueur de boules d'avancer dans le champ du jeu. J'avais les boules mais je ne pouvais plus jouer. Interdiction d'avancer, quant à reculer, impensable, la sidération tétanise et bloque. Elle rend immobile tandis qu'elle s'étale et gomme le passé, le présent et cache tout avenir. Seule la pensée s'agite. Désordonnée, elle court, et se cogne fragmentée sous la voûte crânienne. Dans le cerveau un petit train circule à toute allure avec des wagons remplis d'images. La ligne devient un cercle et aucune pensée n'en sort. Les pensées sont nombreuses. Elles se chevauchent, se bousculent, s’énervent. Elles cherchent l'apaisement, l'espoir. Elles cherchent à comprendre. Elles veulent tout savoir. Elles réécrivent l'histoire. Elles ne comprennent rien et occupent, inutiles, vaines, toutes les nuits. Rien d'autre à faire à certains moments que de se tenir immobile, parfois debout, parfois assis, allongé quand la fatigue terrasse. Se relever, pleurer, boire et reprendre le cours tumultueux de la pensée. Recommencer l'histoire. La sidération est un rond. C'est une ligne de vie qui se mord la queue. D'ailleurs, je tourne en rond, je fais les cent pas autour de la table. Puis je m'arrête. Immobile à nouveau, j'essaie de réfléchir, de me raisonner. Impossible. Je repars dans le voyage imbécile et solitaire autour des cartons non déballés. De sidéré je deviens con. J'ai un doute, c'est peut être l'inverse. Je parle à quelqu'un. Je ne sais pas à qui. Enfin si je sais. Je dis, j'ai fumé pour m'endormir et ne pas entendre le son des cloches. Je me réveille entre deux et trois, dans l'heure qui disparaît. La suivre. S'évanouir à mon tour. Ouvrir la porte dérobée et m'envoler. Choisir la liberté. Inconnu jusqu’à moi même. Oublier, tout oublier et dormir éveillé. Infatigable et nu. Naître à l'instant qu'on m'a soustrait. S'esquiver, se tirer, se tailler, s'en aller. Enfourcher le rêve d'un baiser. Voler dans une caresse. S'étendre, se déplier, se défriper, fondre. Respirer. C'est à moi. C'est mon heure. Celle qui n'existe pas, la petite aiguille et une seconde, un secret de pendule, une heure et sa virgule, l'instant où tout bascule.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

 

 

 

 

 

 

 

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Philippe Maréchal

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