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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...8

 

 

 

De la visite.

 

Lorsque quelqu’un frappe à la porte, le premier sentiment après la surprise, c’est que la personne s’est trompée. C'est une ligne qu'ils franchissent sans la voir.

-Alors comment tu vas?

-Ah ben, bien, oui bien.

Tu te dis, que ta maison est crade, le cendrier est plein et que tes yeux sont cernés. S’ils t’ont tenu bonne compagnie, faudrait qu’ils se rendent et qu’ils partent le temps de cette visite inattendue. Bien sûr tu fais des exercices, et puis tu as lu tous les poncifs, toutes les belles phrases qui font florès sur les pages des réseaux sociaux.

-Alors qu’est ce que tu fais de beau ?

-Ben tu vois, j'te fais un café.

Oui, c’est ce que t’as appris à dire, dans ces conditions.Dire l’essentiel, qu’il n’y ait pas l’épaisseur d’un papier à sèche entre ce que tu dis et ce que tu fais. Tout t'emmerde, même la gentillesse. La solitude c’est du sec. Tu l’as intégrée, de force et avec une poignée de gravier. L’heure n’est plus à la gamberge, c’est marée basse dans le bassin des larmes.

-Ben tu vois, avant j’étais un chanteur de salle de bain, aujourd’hui je suis un écrivain de Face Book.

-C’est bien continues, t’as du talent, faut croire en toi.

-Ben oui, à défaut de croire à autre chose, une masturbation bien menée vaut mieux qu’un coït banal. Et s’ensuivent des phrases désordonnées, du cynisme, qu'on

appelle ça, et l’autre te parle de sa vie qui n'est pas facile. Tu lui proposes du sucre.

-C’est du Rapadura.

Il est inquiet ou bien moqueur.

- Je n'ai rien dit, c'est du sucre.

Rapadura, un truc que t’as appris dans une autre vie, et qui t’es resté comme une petite fierté, un rappel d'avant le grand bordel, comme quoi, on apprend toujours des choses et qu’il faut garder le meilleur.

-Tu fais quoi à part ça, qu’il dit l’autre, parce que on y revient

toujours.

-Ah ben tu vois, je remets tout en peinture, je soigne ma rose,

autant que ma prose. J'apprends la moto sans me casser la gueule. C’est pourtant pas faute d’essayer.

-Ah oui, qu’il te dit, c’est dangereux la moto, moi des fois, les bagnoles me font peur.

-oui, j'me fais peur moi-même, j'ai plus besoin des autres.

Dans la tête, il y a un tas de phrases comme ça qui se baladent comme des anges qu’on encule pendant que l’autre te parle et qu’il se fait plaisir à te parler de ses victoires. Et puis vient le temps où il s’en va et puis qu’on se dit au revoir et puis surtout tient bon, hein, du fort et du bon, de quoi on sait pas. On s'embrasse. Il pique ce con, et tu te souviens de la joue d'une femme. C'est une manie que tu te dis. On dirait lui aussi qu’il te souhaite un fromage. Elle disait toujours ça quand on se quittait, du fort et du bon. Alors on fait un clin d'œil à son arbre, une bise à sa rose et puis on se dit qu’après tout, on n’est pas si mal. On a juste fait une erreur et qu’il faut passer à la suivante, en reculant, des fois qu’on repasse par la même, et qu’on pourrait en changer un détail. Ce qui ne tue pas renforce, encore une phrase à la con. Le problème c’est que tu es un sensible et que tu aurais besoin de t’endurcir. C'est la vie qu'on te dit et quand on ne sait pas quoi dire. Mais ce n'est pas le moment, c'est plutôt mou pour toi. Et tu te surprends à dire des gros mots, à imaginer des scènes grotesques où tu venges des abrutis, de ceux qui t’ont fait du mal. Tu repenses à celle qui a cassé ta boite à rêves. C’est vachement bien la solitude. C’est peut être la seule parmi les amours qui fait tout pour vous donner l’envie de la quitter à peine l'a t-on connue.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

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Philippe Maréchal

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