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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...9

 

 

 

 

 

Les premières nuits.

 

En guise de bonne nuit, quelques gouttes de pluie, la pluie que j'aime entendre depuis mon lit, celle qui tombe sur mon toit, sur la fenêtre couchée, avec le feu qui crépite et éclaire et invite à danser avec les murs de l'unique pièce.

J 'aime ce bruit et puis cette musique et ce fameux silence entre les rafales dont on dit qu'il est encore du Mozart. Elle entoure le silence. Cette musique l'épouse. Elle le dissèque. Elle saute dessus. Elle rend chaleureuse la solitude qui s'était faite complice de la nuit. Petite musique de nuit ou marche funèbre, la joie est portée en cortège par des ombres imaginaires, inanimée, dépouille de ce qui fut, un amour à jamais disparu. Il y a moi. Il y a elle, la pluie. A l'écouter tomber, je ne prête plus attention qu'à elle. J'en distingue toutes les variations d'intensité, les baisses, les redoublements d'effort dans les bourrasques. Je la vois, s'éclater sur les tuiles, ruisseler dans les canaux, verser dans la chéneaux et puis je la devine s'engouffrer dans les gouttières. Je la vois comme si j'étais transporté au dessus du toit. Elle m'endort. Je suis inondé sous un rideau de larmes, jaillissantes, apaisantes, la pluie que j'aime entendre depuis mon lit, celle qui tombe sur mon toit, toi, mon...

Je me souviens du jour où j’ai acheté ce lit. Tu m'avais laissé et tu tournais à l'envie ou bien à l'ennui dans ce grand magasin. Tu m'avais dit c'est là qu'il te faut aller. Choisis le bien, en pur latex, comme le mien. Tu m'avais amené jusqu’à cet endroit. Tous les deux, après que je l’eus choisi, nous l'avions transporté jusqu'à chez moi. Nous l'avions extirpé de ta voiture aux formes rondes. Nous avions gravi l'escalier jusqu'à mon appartement, avec difficulté. Il fallait lutter, tirer, pousser, accorder nos impulsions dans l'effort jusqu’à parvenir au palier. J'étais heureux. Je l'avais choisi grand mon lit, un lit pour deux. A présent, loin de cet appartement, dans un autre chez moi comme celui qu'on trouverait en exil, j'y suis dans la nuit, seul à y écouter la pluie. Je pourrais désormais m'y étendre en travers. Où étais-tu ce jour ? Peut être détachée, aspirant au calme du tien. Mille, cinq mille, cent mille gouttes de pluie à frapper au-dessus, sur les tuiles romaines. Elles se rassemblent et elles glissent dans les canaux où s'accrochent encore mes rêves. Un seule goutte dans mon lit, celle d'une larme en réponse à la pluie, en réponse à l'ennui. Mon lit sous mon toit, sans toi. «Toi mon toi» comme les paroles d'une chanson que tu aimais entonner. Tout est cruel dans ces moments, une chanson, un souvenir, un bruit, tout prend sens, même l'insensé. « Ça, c'est fait » comme tu disais, un soir où je t’avais appelée; oubliant de raccrocher, je t'entendis le dire et ainsi tu passais à autre chose. J’étais encore en ligne, mais au-delà du trait. Dans ces moments, on devine, on pressent mais, on ne veut pas le croire.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

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Philippe Maréchal

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