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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prémices du voyage intérieur

 

L'orage tourne dans la nuit. L'air est chargé d'humidité et de tension. Premier feu dans la cheminée, il ne fait pas vraiment froid. J'en ai juste assez de sentir la fumée d'une autre maison. Ça me donne envie et le matin est frais. Novembre est arrivé jusque dans les montagnes où je me suis réfugié. Il est gai comme la gueule d'un lundi qui s'excuse. Les montagnes ont une serviette sur la tête, je les ai vues avant qu'il ne fasse nuit. Elles doivent se faire un henné ou bien des soucis, ou alors des idées rousses. La lune se cache. A travers elle je cherche encore le féminin. Elle était belle les soirées précédentes. Elle descendait sur l'horizon. J'étais dans la garrigue et j'avais soif, soif de mer, soif de tout. Soif d'un rouge à lèvres. Je me suis rentré comme on dit dans le pays. Ici les gens se rentrent. Moi je me suis servi un blanc, comme au comptoir et je me suis raconté des histoires. Des histoires de naïf, de celles que je préfère où la vie est en rose et vire au pourpre et puis au grand bleu, des histoires quoi. Des histoires à la con. Envie d'écrire, les mains pleines de doigts qui regardent la lune tandis que le sage se les gratte et que la page me chatouille. Envie de réécrire la sagesse, de mettre tout à l'envers comme dans la vraie vie, pas la vie inventée, la vraie vie, celle des gens, celle qui se promène à l'intérieur, souvent entre minuit et cinq heures, celle qui se lit dans les rêves et prend naissance dans les cœurs, celle qui se vit tout bas, des fois que l'orage tourne dans la nuit tandis qu'on se tiendra plus tard à l'abri sous les draps. L'air est chargé d’humidité et de tension. Premier éclair, premier grondement. En attendant, je reprends un blanc. Tu vas encore picoler toi ? Renoncer et se mettre à la fenêtre et se regarder passer en bas. Las, tout un hiver, de m'être penché et d'avoir vu la vie couler, je suis descendu.

Il existe devant moi, à l'orée de la forêt, celle que je nomme la troisième porte, celle que je prends parfois lorsque l'ennui survient. On le sait bien, au bout du voyage de l'ennui si l'on s'y résout, on finit en avançant par y voir une silhouette, celle d'un humain qui marche devant soi, sans hâte et portant léger. Pressant le pas, on finit par le rattraper. Parvenu à sa hauteur, il se tourne vers vous et vous sourit en se laissant dépasser, jusqu'à l'arrêt, au milieu de nul part, entre les hêtres, jusqu'à découvrir cet inconnu à l'instant même où sa forme s'évanouit.

Je marchais devant moi en m'indiquant le chemin, celui de l'éternel printemps et à poil au milieu des arbres. Je me suis retourné et j'ai trouvé belles les marques du temps, mélange de fresques d'une vie où s'entremêlent les instants de bonheur, les ruptures et les peurs, les certitudes dissoutes, les blessures du cœur et les bobos aux genoux, la barbe à papa, les fêtes foraines sous un ciel voilé, les baraques à frittes, l'arôme des pommes dans le cellier, le parfum de la sauge quand elle brûle, les souvenirs dans un herbier où l'âme inscrit en pleins et déliés, les promesses éternelles, les sentiments qui s'échappent comme les bulles dans une flûte de champagne, les sourires évanouis sur un oreiller imaginaire, les non dits, les actes manqués, les moments exaltés, les colères enfouies, les longues marches de montagne, les larmes données aux fées, les danses inutiles, l'inadéquation entre ce qui est et ce qui fut espéré, les moments de solitude où l'instant s'étire jusqu'aux nuages de Magellan.

Qu'advient-il de ce qui reste quand tout ce qui semblait essentiel a disparu? Juste une intuition, l'élégance d'être encore.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

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Philippe Maréchal

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Adèle 03/03/2017 20:45

Bien belle écriture ...

Philippe Maréchal 04/03/2017 10:00

merci encore

Adèle 03/03/2017 20:09

Chapeau pour l'élégance ! je m'incline c'est fort beau

Philippe Maréchal 04/03/2017 09:59

relevez vous je vous en prie.... merci beaucoup