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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...17

 

 

Velléités

 

Il faut bouger son cul et avec lui, je suis parti. J'ai pris ma vieille et petite bagnole verte, celle qui va mourir de sa belle mort à je ne sais quel kilomètre curieux de nous voir s'arrêter et je suis allé. Il y avait des champs de colza et des champs de blé, du jaune et du vert comme dans le printemps ils savent faire. Il y avait une petite chapelle perchée et des pierres montées et démontées, il y a longtemps. Il y avait tout cela qui ne servait à rien, à rien d'autre qu'à regarder. Il n'y avait personne. Tout se suffisait à lui même, avec des montagnes dressées tout autour. Il y avait très loin, des tremblements de terre, des guerres, des gens sur des bateaux de misère quand d'autres prennent la mer pour un champ de course sur des engins luxueux. Tout cela n'avait aucun sens. J'avais tout pour moi qui n'avait rien fait pour posséder tout cela. Je ne comprenais rien à ce que je faisais à côté du grand bordel, pas plus qu'ici à l'évoquer. Il y avait Sebastio Salgado ce matin dans ma radio. Celui du sel de la terre, film de son fils et de Wim Wenders. Je ne suis qu'un grain de sel tandis qu'ailleurs les larmes en ont le goût. Tandis qu'ailleurs d'autres ont le goût de les provoquer chez leurs semblables. Je n'ai rien, pratiquement rien à moi. Je n'ai rien à défendre que je me disais et pour la première fois j'en étais heureux et presque fier. Je ne peux dire que des conneries, inutiles comme les pierres qui sont tombées mais au moins et quand même toute une vie à ne plus rien avoir, donc rien à rendre. Y'a des ministres plus malheureux. Juste regarder, être là, où il ne se passe rien, planté comme un arbre qui observe et qui vit. Tout ce que j'ai fait de bien peut-être que je l'ai mal fait, et tout ce que j'ai mal fait était peut-être bon. Je vais continuer ce chemin qui n'existe pas, je vais suivre le rien, c'est de là d'où je viens et c'est là qu'on va tous, là où l'on ne sait pas. Tout le reste n'est qu'une lutte effroyable armé de sa bite et de son couteau en se prenant pour machin parce qu'on a lu qu'un seul livre, ou qu'on a des poches remplies de tunes et d'oursins, ou qu'on t'a dit qu'il fallait penser comme ça, lire ceci, te couvrir comme cela, regarder ce qu'on te montre, posséder ce qui te possédera, faire allégeance à celui qui t'ordonne, de manière brutale ou bien faussement fraternelle, coller à ceux qui se rassemblent, ne rien voir parce qu'on est trop petit, ne pas entendre au loin, parce qu'on parle fort à tes côtés, cracher sur celui qu'on aime détester, cogner et se faire cogner, n'être qu'une partie du groupe, jouer collectif dans un jeu de ballon absurde comme le filet qui stoppe son envol. Je ne suis qu'un gardien de but qui s'en tape et laisse passer la balle parce que je m'en souviens, je me souviens de celle, la balle, qui m'a frappé la gueule dans la cour de récrée, qu'au lieu de la recevoir je regardais une fille qui était belle et qui ne regardait rien. Et les autres ont dit bravo, tu nous auras sauvés, parce que je regardais le Rien, et c'est par là que je vais, parce que je m'en souviens, et qu'il était beau dans ses yeux ce rien. C'est mon plus beau baiser, celui du cuir dans la gueule, celui qu'elle ne m'aura jamais envoyé et pas même n'y aura-t elle pensé. Mais je l'ai reçu, ma tête s'en souvient, elle qui regardait ailleurs, vers celle qui ne regardait rien.

Copyright © 2017, La ligne de discrétion, Philippe Maréchal.

 

 

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Philippe Maréchal

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