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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La ligne de discrétion...26

 

 

 

 

 

La caillasse

 

 

A la poésie salvatrice quand tout aura disparu, vient se coller une vilaine compagnie qu'on n'aura pas invitée, sœur nécessité. C'est ma deuxième frangine, la cadette après sœur solitude. Dégringoler dans un chagrin d'amour c'est aussi parfois franchir d'autres lignes funestes comme celles qui marquent le passage d'une vie banale à celle qui convie à la pauvreté. Se retrouver à nu, dans son cœur et dans ses poches. A l'heure où l'on a le plus besoin d'énergie, celle- ci est dévorée comme le cerveau hébété s'est fait bouffer par des questions sans réponse. On tend la main de toutes part. Certaines sont encore là. D'autres se dérobent dans un geste manqué. Ces dernières ne sont pas à blâmer tant ce qu'elles ressentent sonne comme l’avertissement de ce à quoi elles auront jusqu’ici échappé. Je sens bien qu'en m'éloignant quel que soit le prétexte, c'est du malheur dont veulent se parer ceux qui s'effraient de ce qui vient d'arriver. Alors commence le chemin à travers les bureaux des travailleurs sociaux, des officines de l'emploi, des petites annonces se réclamant du besoin de quelqu'un de sérieux et compétant qu'un rien saura satisfaire en échange d'une volonté sans failles. C'est la litanie des petites musiques avant d'accéder aux portails téléphoniques promettant le paradis d'une réponse à condition de toucher la case étoile. C'est alors un questionnaire à choix multiple, si vous voulez, faites le un, si vous avez, faites le deux, si vous n'avez pas, faites le trois. Désolé, nous n'avons pas compris votre choix. C'est normal, moi non plus, je n'ai pas compris ce qui m'échoit.

- Si vous saviez, dit la dame assise derrière un bureau entourée de murs gris et sous la lumière triste, d'un néon blanc délicatement assorti d'un autre rose, comme nous sommes démunis en ce moment, vous tombez mal. J'en peux plus, heureusement que la retraite est dans un an.

- Oui, courage madame ça va aller.

Elle rigole et ça la détend, un poète dans l'exercice de sa page. Consoler une travailleuse sociale c'est un peu comme laisser un pourboire au garçon de café quand on est au RSA. Alors je repars. Tombe aussi par hasard un petit boulot qu'un copain au grand cœur t'offrira comme la chance de ta vie en échange d'une journée ou deux à repeindre pour pas grand chose et à l'ombre des regards une pièce vouée aux ébats des joies simples du tout frais et petit retraité. Et puis viennent les déclarations, les formulaires. Vous êtes seul, divorcé. Oui je sais c'est pas la peine de me le rappeler, vaut mieux être seul que mal accompagné mais ça rentre pas dans les cases. Et puis tu inscris ta misère, dans la catégorie autre revenu. De cela aussi, tu en reviens, puisque tout te sera compté, et retenu comme une punition. Nous avons réétudié vos droits. Tu as travaillé, on te retire en gros ce que tu auras gagné. Et tu repenses au passé, au chemin parcouru pour arriver là, au moment de l'addition, lourde, épaisse, raide, la liberté et ne savoir qu'en faire.

 

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À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Philippe 05/04/2017 23:03

merci beaucoup !!!

Adèle 04/04/2017 12:04

Cet écrit sonne très juste, un glas, au bon moment, le début de la liberté ....