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Plans fixes sur les quais

Ce monde est bizarre. Avant de jeter une dernière touche à ce texte, il me faut choisir la taille de la police....

Trois musiciens, du monde, une place et un homme, porté sur la non violence et qui agit en conscience ; il se fait tabasser et il est accusé d’outrage. Il y perd sa dignité et se voit écrasé, on parle de « geste technique ». Un problème de conscience ? On vous envoie un technicien de la compagnie républicaine de sécurité, une des compagnies du of d’Avignon.  A la barre, l’émotion le tord. Il sanglote un moment. L’auditoire se fait tout petit. Le président, qui a l’air digne, écoute. La procureur affiche une moue feinte de stupéfaction. L’avocat de  « la partie civile » se contracte. L’avocat de l’accusé qui est aussi un plaignant, est attentif, ébouriffé comme des droits de l’homme sur la tête. Un homme avec un cœur d’enfant, un tribunal comme au théâtre, des personnages en noir et blanc et au milieu d’un monde en couleur, des journalistes, des policiers en l’absence de ceux concernés, des témoins intimidés, des amis, des militants des gens perdus au cours d’un autre procès. Des fois les micros sont honteux et gardent la tête en bas.  « La cour, levez vous ». je pense : La justice passe, oui vous même qui étiez à terre, levez vous. Vous dites, que vous perdîtes votre honneur mais à quoi  n’eussiez vous pensé d’autre sous les yeux de votre petite fille,  qu’ à lui, écrasé sous trois uniformes, ou bien à poil dans le commissariat  quand l’indécence prolonge d’un doigt le regard cauteleux. La salle d’audience, la grand messe et les effets de manche, une procureure qui s’arrête en plein milieu de nulle part à cause d’un sourire, un avocat qui s’empêtre dans son verbiage insignifiant, l’autre qui s’épanche, volubile et maitre de son art. Qu’avez-vous à ajouter ? Ce monde est bizarre. Un homme souligne l’arbitraire, ce dernier lui dessine une cage, une clé au bras, la gueule sur le pavé, un genou sur sa tête. A ce moment là, vous révélez que vous souffrez mais vous avez dit « elle est belle la France de Sarkozy », mais moi je ne pense pas à Sarkozy quand je souffre. Venant de vous çà ne m’étonne pas madame. il se souvient de la garde à vue, il lui en restera celle de la merde, un étronc laissé là par un incontinent. L’homme est à la barre, il navigue dans son désespoir. La procureur lui dit que c’est une incompréhension, qu’il y a un fossé culturel entre la culture de la police et celle des hommes de théâtre...Approchez, approchez vous, mesdames et messieurs, grande représentation, attention, ce soir un muscle et deux cerveaux contre des mots, rien que des mots, mais tout de même des mots. Ce soir des bleus, des bleus agités contre des bleus à l’âme. Il avait protesté contre la discrimination et on l’avait trainé en menottes l’helvète, le  trublion. En ce jour il avait prétendu à la réparation tandis que la force publique lui réclamait du pognon.

Délibération, jugement rendu le 8 avril 2009.  PM  

 

 

 

 

 

Assisté de son avocat, maitre William Bourdon , Patrick Morh,  voir(ttp://www.theatrespirale.com/Pages/Collaborateurs/PMohr.htmn,      citoyen suisse, homme de Théâtre, metteur en scène, s’est présenté à l’audience, ce mardi 3 mars 2009, à 08 h 30, au tribunal de grande Instance d’Avignon.

Les faits reprochés : outrage, rébellion, incitation à l’émeute...

Date de « l’incident » : le 21 juillet 2008

Lieu de la scène : Avignon, près du « Palais des papes », pendant le festival, à 20 heures 30...les trois coups...

Circonstances : deux musiciens  français, noirs, jouent pour accorder leurs instruments, en appelant la foule autour afin de commencer leurs prestation...Patrick Morh, en famille passe par là comme de nombreuses personnes au même moment. Arrive une patrouille de police...

Son récit :

...Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, metteur en scène et auteur. A Genève, je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, je co-dirige le théâtre de la Parfumerie et m’occupe également du festival ’De bouche à oreille’. Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du ’ in ’ et du ’ off’. Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis le 10 juillet et j’ai assisté à de nombreux spectacles.

28 juillet 2008

Le lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades, de la représentation d’une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates.

A la fin de leur numéro, je m’avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque j’entends le son d’un Djembé (tambour africain) derrière moi. Etant passionné par la culture africaine, j’ ai monté plusieurs spectacles en Afrique et j’ai eu l’occasion d’y faire des tournées. Je m’apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un joueur de Kamele Ngoni (sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en Afrique de l’Ouest.)

A peine commencent-ils à jouer, qu’un groupe de C.R.S se dirige vers eux pour les interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me décide à intervenir. Ayant déjà subi des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine d’année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse, le souvenir de ma précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j’étais plus âgé, que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice.

J’aborde donc un des C.R.S et lui demande :

« Pourquoi contrôler vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place ? »

Réponse immédiate : « Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde !’

« Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire. »

Regard incrédule. « Tes papiers ! »

« Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. »

« Mets-lui les menottes ! »

« Mais vous n’avez pas le droit de… »

Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres.

« Tu vas voir si on n’a pas le droit. »

Et brusquement la scène a dérapé.

Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé, choqués, alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les bras en arrière comme un poulet désarticulé et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé :

« Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! »

« Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos je te dis, plus vite, arrête de gémir ! »

Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre.

La foule horrifiée s’écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se fait violemment repousser. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation d’une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 500 m plus bas. Ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir et le plus grand de mes agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre. Il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville, il appuie de tout son poids contre une barre de fer.

« S’il vous plait, n’appuyez pas comme ça, vous me coupez la circulation. »

« C’est pour ma sécurité. »

Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot. Jusqu’au commissariat de St Roch.

Le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j’ai l’impression d’avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière. On m’extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse.

Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable. Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les questions.

« Vous êtes de quelle nationalité ? »

« Suisse. »

« Vous êtes un sacré fouteur de merde »

« Vous n’avez pas le droit de m’insulter »

« C’est pas une insulte, la merde » (Petit rire.)

C’est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions. Toutes les paroles, tout les détails de cette arrestation et de ma garde à vue resteront gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subits dans ma chair. Je remarque que l’on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS. Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d’inhumanité plus sournoise. Je demande que l’on m’ôte les menottes qui m’ont douloureusement entaillé les poignets et que l’on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que j’aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale. Je tente de protester, on me coupe immédiatement la parole. Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement. Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes. Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite.

Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte.

« Enlevez vos vêtements ! » J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas.

« Dépêchez-vous, on n’a pas que ça à faire. La boucle d’oreille ! »

J’essaye de l’ôter sans y parvenir.

« Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir. »

« Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout ! »

Je force en tirant sur le lobe de l’oreille, la boucle lâche.

« Baissez la culotte ! »

Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue de 4m de long par 2m de large. Une petite couchette beige vissée au mur. Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépis. Momo de Monclar, Ibrahim, Rachid…… chacun laisse sa marque.

L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont souillés de tâches de sang, d’urine et d’excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s’étire. Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit. La douleur lancinante m’empêche de dormir. J’ai l’impression d’avoir le cœur qui pulse dans ma main. D’ailleurs, alors que j’écris ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement.

J’écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jour et par nuit, dans chaque ville de France, des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j’ai enduré. Je sais aussi que si j’étais noir ou arabe, je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C’est pour cela que j’écris et porte plainte. Car j’estime que dans la police française et dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui, sous le couvert de l’uniforme, laissent libre cours à leurs plus bas instincts. Evidemment, il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop fréquents. Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d’un service public qui serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un état de droit.

J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction, ce type de mésaventure me renforce encore dans mes convictions, mais si je ne disposais pas des outils pour analyser la situation je pourrais aisément basculer dans la violence et l’envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d’action de la police nationale visant à instaurer la peur ne fait qu’augmenter l’insécurité en France et stimuler la suspicion et la haine d’une partie de la population (des jeunes en particulier) face à la police. En polarisant ainsi la population, on crée une tension perpétuelle extrêmement perverse.

Comme je suis un homme de culture et de communication je réponds à cette violence avec mes armes. L’écriture et la parole. Durant les 16h qu’a duré ma détention, (avec les nouvelles lois, on aurait même pu me garder 48h en garde à vue), je n’ai vu dans les cellules que des gens d’origine africaine et des gitans. Nous étions tous traité avec un mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d’aller aux toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d’une demi heure, personne ne venait. Il s’est mit à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit.

’Qu’est ce qu’il y a ? »

« J’ai besoin d’aller aux chiottes. »

« Y a une coupure d’eau. »

’Mais j’ai besoin. »

« Y a pas d’eau dans tout le commissariat, alors tu te la coinces, pigé. »

Mon voisin qui n’est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu’il est malade, qu’il va faire ses besoins dans la cellule.

« Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt. »

Les coups redoublent. Une voix féminine lance d’un air moqueur. « Vas-y avec la tête pendant que tu y es. Ca nous en fera un de moins. » Eclats de rire dans le couloir comme si elle avait fait une bonne plaisanterie.

Après une nuit blanche, vers 9h du matin,on vient me chercher pour prendre mon empreinte et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame qui s’occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de compassion depuis le début de ce cauchemar. « Hé bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, bien sûr. Faut dire qu’on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont pas tous comme ça. » J’aimerais la croire.

Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des faits et me faire connaître celle de ceux qui m’ont interpellé. J’apprends que je suis poursuivi pour : outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique. C’est vraiment le comble. Je les aurais soi-disant agressés verbalement et physiquement. Comment ces fonctionnaires assermentés peuvent ils mentir aussi éhontement ? Je raconte ma version des faits à l’officier. Je sens que, sans vouloir l’admettre devant moi, il se rend compte qu’ils ont commis une gaffe. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J’erre dans la ville comme un boxeur sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les bœufs souffle sur la ville. Je trouve un avocat qui me dit d’aller tout de suite à l’hôpital faire un constat médical. Je marche longuement pour parvenir aux urgences ou je patiente plus de 4 heures pour recevoir des soins hâtifs. Dans la salle d’attente, je lis un journal qui m’apprend que le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois dans l’éducation. Sur la façade du commissariat de St Roch, j’ai pu lire qu’il allait être rénové pour 19 millions d’Euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on diminue la santé, le social et l’éducation. Pas de commentaires.

Je n’écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à un système qui tolère ce type de violence. Sans doute suis-je naïf de m’indigner. La plupart des Français auxquels j’ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble d’autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de m’indigner face à l’injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C’est la somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. Nous n’en sommes bien évidement heureusement pas encore là.

Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la place de Papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté d’écrire leurs versions des faits qui corroborent toutes ce que j’ai dit. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucune insulte ni commis aucune violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS et la totale disproportion de leur réaction face à mon intervention. J’ai essayé de retrouver des images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées par la police et, comme par hasard, elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer suffisamment d’énergie pour pouvoir tenter de les retrouver, je n’ai pu en rassembler qu’une douzaine. J’espère toujours que peut-être quelqu’un a photographié ou même filmé la scène et que je parviendrai à récupérer ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui c’est passé.

Après 5 jours, soudain, un Monsieur africain m’a abordé.,C’est l’un des musiciens qui avaient été interpellés. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis plusieurs jours. Il se sentait mal de n’avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me remercier d’être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelait Moussa Sanou.

« Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ? »

« Oui. »

Nous avons souri et je l’ai salué dans sa langue en Dioula.

Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera « Chaque homme est une race » et un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou.

Coïncidence ? Je ne crois pas.

Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore.

La pièce commence par ce dialogue prémonitoire.

Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : « Ma race, c’est moi. »

Invité à s’expliquer il ajouta

« Ma race, c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, Monsieur le policier. »

Patrick Mohr 28 juillet 2008 La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil (René Char)


 

        

Au dessus de son bleu de travail, il a revêtu son vieux manteau de l’armée, tel que les chasseurs du coin le portent. Il est coiffé de son éternel bonnet de laine bleue. Les visages sont parfois gravés par stigmates d’une vie de labeur ou de souffrance ou bien des deux. Les rides les fixent et façonnent une attitude ou une expression qui semble ne plus vouloir s’effacer, tristesse, deuil, anxiété, douleur, maladie, selon les formes des rides. Lui, c’est la première fois que je le vois comme çà. Son visage qui d’habitude est creusé, comme massé par les mimiques de toute une vie de sourire, de simplicité, de bonne humeur. C’est une gueule du bonheur, un lutin, un schtroumf. C’est l’homme de la concorde aussi. On n’imagine pas un instant se fâcher avec lui. Lui non plus, il est bien avec tout le monde comme il dit. Sur qu’il a trimé, au service de tous, levé avant tout le monde lui qui aime tant dormir, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il sèche…Politiquement, plutôt réservé, pas le révolutionnaire, loin de là, toujours prêt à trouver du bon en tout, une explication, je dirais au centre du centre s’il fallait dire une couleur. Mais encore, il faudrait aller plus loin, plus profond, pour trouver le point d’équilibre exact. C’est pour çà qu’il m’a surpris, hier, il était appuyé contre le mur, la tête sur le côté, il parlait de retraite, bientôt, le plus vite possible, ras le cul, ras la couenne, arrêter et vivre en autarcie, arrêter de se faire chier pour rien, travailler plus pour gagner moins, et puis profiter de la vie qui reste…faut pas s‘imaginer qu’il m’a dit qu’on va faire des centenaires, comme les vieux de maintenant, eux, ils ont été élevés sainement dans leur jeunesse et puis maintenant ils bénéficient des progrès de la médecine…nous on a bouffé de la merde, dans un univers pollué et on fera pas de vieux os, faut pas trainer là jusqu’à Soixante dix ans comme ils veulent nous l’imposer…   

Cela pourrait être le titre d’un conte ou d’une fable moderne. Trois philosophes, Air France et la police...Trois philosophes partaient en voyage. Un fut arrêté et débarqué avant le décollage pour avoir protesté contre l’embarquement d’un  homme expulsé... Les deux autres, partirent tout de même pour un colloque international au Congo. A leur retour, ils constatèrent que la police les attendaient, car ils avaient été...dénoncés.... mettez  vous en tête et en boucle, une petite ritournelle de Chemical Brothers, et posez vous cette question, Air France, fait elle du ciel un coin de zèle pour délateurs...?Tous les développements utiles et édifiants, notamment sur des entrainements un poil spéciaux de certaines hôtesses de l’air à lire sur le site de http://www.rue89.com ...

Quand je suis arrivé avec mon p’tit paquet à la poste de "mon petit village au fond de la vallée," Valleraugue, j’avais l’air d’un con comme dit la chanson. On a toujours l’air con quand on reste devant une porte close. Il était 15 heures 5 et Y’avait pas de raison. Je ne m’étais pas gouré de jour, on n était pas dimanche. Sûr d’habitude je viens plutôt le matin et je ne m’attendais pas à trouver le bureau fermé. Il y avait un petit papier renforcé de carton avec griffonné dessus...depuis le 1er décembre...s’en suivait l’heure d’ouverture à présent modifiée l’après midi ...donc ouverture de 14 heures à...15 heures.... Tout faux, il était 15 heures 5, je me répète, je sais, mais c’est comme çà qu’on grommèle dans sa barbe en pareil cas. Après de précédentes réductions horaires, le samedi, voilà qu’on s’attaquait à présent aux jours de semaine...J’ai donc repris ma vieille caisse, que je ne destinerai pas encore à la casse pour une prime qui me permettrait  simplement d’acheter une demi occasion comme la mienne , avec un peu de chance, le coté où se trouve le volant...et je repartis vers Le Vigan à environ 27 kilomètres plus loin, (où l'ancienne gare SNCF reconvertie en bureaux et coincée entre un garage Peugeot et un Super U est un modèle de vestige qui rappelle, tel un bâtiment antique, ce qu'était le service publique en matière de transport jadis....) ne pouvant revenir le lendemain matin pour ce que je jugeais urgent d‘envoyer, et tout cela pas très fier du bilan carbone de l’opération.

Un facteur qui venait jadis jusqu’à chez moi, avant qu’il choisisse de retourner dans sa région d’origine m’avait prévenu. Il aimait bien çà, causer, ( les suivantes sont aussi sympathiques, mais plus pressées) c’était même une des raisons de son choix pour ce boulot, le « contact », les gens,  la fierté d’assumer son service publique, sa tournée, ah sa tournée...M’avait bien dit le bougre, que tout était dans les cartons, et que tout allait se réduire comme une peau de chagrin dans les villages comme ici...Au comptoir du bureau aussi, je trouvais çà un peu bizarre ce peu d’enthousiasme devant l’arrivée d’un « disdtribanque » tout neuf devant les portes du bureau de poste... «  Moins de mouvements au guichet, égalent moins de justifications d’horaires et de personnel à terme... » c’était laisser aller un employé...Depuis je m’étais entiché d’aller faire un petit reportage sur le service publique en zone rurale....mais je m’étais heurté à la peur du personnel qui invoquait le droit de réserve du fonctionnaire...On m’avait conseillé de m’adresser à un directeur régional, pour me rassurer...Voilà donc ce qu’il en coute à mon avis d’observer ce droit de réserve...trop bavard disait-on de ce petit facteur sympathique et attaché à son service public, sauf que...tout ce dont il m’avait parlé autour de ma boite à lettre est en train de se faire, tranquillement...Si ses prédictions s’avèrent exactes comme le suggèrent ces signes de restriction, il y a bien du souci à se faire pour la continuité de ce service, et pour ma boite à lettres...Mais non tout ceci n’est que pure fantaisie diront les âmes candides...D’ailleurs Président Sarkozy l’a bien dit, La Poste devient une société anonyme, mais seulement ouverte aux capitaux publiques...il avait dit un truc pour Gaz de France aussi, un jour, souvenons nous : jamais, oh grand jamais.... Moi je me souviens de mon petit facteur qui au détour d’une lettre m’en racontait une comme çà, avec un petit sourire gêné, et tout se passe comme il avait dit, tranquillement, on démonte, le service diminue, jusqu’à ce qu’un jour...il n’y ait plus besoin du devoir de réserve, vu qu’il n’y aura plus de réserve...Ah oui au fait, un petit conseil...un petit paquet simple affranchi selon le poids, à trois ou quatre euros va aussi vite qu’un « Chronopost »  quatre fois plus chers dont il me semble une grande partie du principe est d’ores et déjà privatisé...

« C’est bizarre, cher cousin »...Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours été attentif au chiffre 7. Pas d’explications, pas rationnelles en tout cas, c’est comme çà. Je n’ai pas de prédisposition à l’ addiction aux sciences ésotériques, encore que, l’affirmer pourrait être porter l’ombre de la queue d’un mauvais sort...Donc, Il y a quelques jours, du fond de ma vallée, à présent glacée, j’entendais, toujours dans mon fameux poste, l’oreille accrochée, sans doute pour y déceler le moindre signe ou l’allusion sibylline à tout hypothétique débarquement, j’entendis le message suivant : « à la fin de la guerre, il y avait en France à peu près 7 millions de paysans », puis celui-ci à un autre moment de la journée, « aujourd’hui en France il y a à peu près 7 millions de pauvres ». Certes faire le lien est osé et sans fondement de ma part, non c’est juste à cause du chiffre 7, comme l’aurait fait remarqué un vieux du coin de ma rue. « ...Comme c’est bizarre »*.

 

Citations extraite d’un dialogue entre Michel Simon et Louis Jouvet dans un film, Drôle de Drame de Marcel Carné

- Oui, vous regardez votre couteau et vous dîtes bizarre,bizarre. Alors je croyais que ...
- Moi, j'ai dit bizarre, bizarre, comme c'est étrange ! Pourquoi aurais je dit bizarre, bizarre ?
- Je vous assure mon cher cousin, que vous avez dit bizarre, bizarre.
- Moi, j'ai dit bizarre,  comme c'est bizarre !"

 

Tiens, il y a des bénévoles dans la police, à lire tout un article sur Rue 89, http://www.rue89.com, bon on savait...y en a toujours eu, seulement sans qu’on l’officialise, notre président l’a fait, genre le petit indic du quartier, ou du village, « l’appariteur » comme on dit  quand on passe devant, avec de la  crainte ou du dégout, ou des deux, ou bien la crainte du dégout, enfin pour dire que tout cela n’est pas reluisant. Ce relent de milice pince un peu et fleure un peu plus ce nouveau  concept de dictature soft, qu’on nous impose peu à peu et dont on a entrevu les fesses sous la robe fendue d’Edvige.

Drôle de monde hypocrite ou son voisin peut devenir un flic bénévole, j’aimais déjà pas çà, le monde des bénévoles, surtout en ces temps de crise et voilà que je l’aime encore moins....Pour tous les atrabilaires à la mauvaise haleine, les procéduriers par nature, les Dupont la joie qui ne feraient pas de mal à une mouche mais qui, comme celui là un jour de Kolère me rappela qu’il faisait partie de sections très spéciales y’a longtemps, les bien pensant de tous poils qui n’ont de cesse de s’abreuver d’une bonne dose de réglementations, les petits fachos ordinaires, les écolos verts de gris, qui n’ont rien à voir avec l’écologie mais s’en font un cache sexe pour cacher leur teub d’extrême droite, enfin ceux qui à tout prix veulent nous sauver et sont prêts à nous enc...pour çà, voilà pour eux une bonne occasion de se commettre un peu plus...

 

Et toc encore un PS, après les banques, je suggère qu’on ne laisse plus qui que ce soit s’effondrer dans l’endettement...ya de la thune apparemment et qui se souvient des grandes envolées lyriques, dans l’hémicycle, la guerre à la misère, le combat contre la pauvreté, un grand plan contre le chômage et pour la bataille de l’emploi, ou bien le Grenelle de l’environnement, ou bien encore le financement des logements sociaux....allez de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace...

fleurs et tomates

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