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Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Drôle de période, l’automne de
monsieur est avancé. Je ne demande pas à monsieur s’il apprécie et s’il en redemandera. Je vois bien qu’il n’aime guère le dépouillement de la nature. Il n’aime pas davantage à devoir considérer
sa calvitie et les arbres aux feuilles caduques et comparer son crâne à la montagne devenue chauve. Et puis monsieur a une petite tête. Et la montagne est grande. « Elle est aussi plus
vieille que la Non violence » ou l’inverse selon les jours, rapportait une zélée disciple de Lanza Del Vasto, disciple qui s’enorgueillit de l’avoir fréquenté et à ce titre enseignait l’art
du maitre, dans des séminaires organisées dans la communauté que fréquenta Monsieur. Monsieur qui rigolait bien à l’épreuve de cet enseignement ésotérique. Monsieur a aussi une petite mine,
celle des jours sombres où tout ce, en quoi il tenait, semble vaciller. Bien sûr les certitudes ont disparues depuis longtemps. Et c’est temps mieux. Il ne lui en reste, en temps qu’atrabilaire
chronique, que cette part de mauvaise foi mais de bon aloi que monsieur partage avec les pêcheurs, « qu’en Bretagne il ne pleut que sur les cons ». Monsieur est de Kerhuon,
faites pas chier. Voilà donc les premiers froids, les premières neiges blanchissent les crêtes. Demain c’est coup de vent sur le golf du Lion. Temps de chien, temps de grèves et le sentiment flou
d’être un peu pommé. Et puis tout à l’heure remettant la main sur le métier, en l’occurrence ma gueule et ma carcasse sur l’escalier, avec le quel je chus comme « la maison Huchère »,
un ovni sortit de mon poste de radio, comme je n’attendais plus. Le même frappé, le même tempo, et je me souviens du flat picking, de la même voix, sortie j’imagine de la même
trogne…une dernière chanson de Neil Young, pareilles à celles que j’écoutais et rejouais il ya si longtemps. J’ai laissé ma visseuse, je suis resté comme un con assis dans l’escalier. Le bougre
de canadien est toujours là. J’étais en suspens nul part entre deux étages, comme dans la vie, toujours aussi pommé, mais sûr de cet instant. Y’avait donc des valeurs et des sentiments qui ne
bougeaient pas, qui ne s’affadissaient pas. Au signal, surgit cette intuition que l’émotion intacte et pareille à celle qui me fit traverser, puis survoler les routes plutôt que de les suivre
était ce soir capable de rallumer les lampes sur ma piste intérieure. Je ne fume plus depuis un mois mais c’est de la bonne.
« Je n’ai pas peur de la mort, elle m’est aussi indifférente que la vie, cela ne peut s’exprimer. » Bernanos, journal d’un curé de campagne.
Voilà qui cadre mes idées noires du moment, et qui, dans le « balancement maudit » du poète, me mène en fuite dans le temps de chien, la vague au cul, trois quart sur l’arrière, sous un
ciel gris. Ne plus tenir son cap, juste barrer à la lame et éviter de rouler bord sur bord. Tenir sans trop savoir, pour aller solitaire, autre part, espérant échapper au mensonge, au
superficiel, à l’injustice, au grotesque. « Le ridicule côtoie le sublime », c’est du même auteur encore, et ça me revient dans la gueule comme un retour de palan dans ma petite vie
qui passe. La vie qui file comme un radeau sur un océan de détresse, sans qu’il me soit permis d’imaginer autre chose que de lutter sans cesse, pour ne pas dériver et dévier de l’envie de
comprendre dans quel bordel je suis. Le sais tu toi, dans quel bordel on est. Tout se passe comme si rien de ce qui nous a fait souffrir, ne servait à nous faire comprendre, nous guider. Les
riches sont toujours plus riches et moins nombreux et les pauvres toujours plus pauvres et plus nombreux. Dominants, dominés, et solitaires, et spirit us sancît… rien ne change.
fleurs et tomates