Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Quand Ubu fait ses courses, les chiens aboient et la France profonde…
Au village, sans prétentions, çà sent bien un peu. On sait pas vraiment quoi, mais quand même, ça sent un peu. A l’olfactif j’y mettrais bien aussi de l’auditif aussi inattendu qu’une bande son. De l’incongru sur le toit d’une voiture de cirque, le générique de Dallas tandis que l’inspecteur Derrick venu en villégiature et parcourant son quai, chercherait en vain à énerver son peace-maker au motif de la délation minable d’un pauvre cœur las d’un passé de sybarite. Oui, par ici, on peut au hasard de ses pas, rencontrer l’odeur des caves qui remonte à la surface par la faveur d’un courant d’air. Ca sentirait bien un peu aussi, comme la fange que l’on aurait écrasée puis trainée sur les trottoirs, ou bien cette odeur aigre d’un compost mal mené et qui encore paillé sent comme des chaussettes sales et cartonnées. Ici les regards s’évitent ou bien lorsqu’ils se croisent surmontent, accaccaparés, un sourire crispé. Il y a comme de l’envie de passer vite et de réprimer un mot qui n’exprime plus que la partie hypocrite d’une politesse de bon aloi entre grandes personnes contrites. Ainsi tient ce dernier rempart avant l’incivilité, sauf à des heures nocturnes en dessous de fenêtres malheureusement dépourvues d’un seau de pisse tiède ou le courage a beuglé des onomatopées qui seraient dignes d’un stade de foot s’ils n’étaient pas matinées d’accent cynégétique. Et puis, c’est qu’il faut y prendre garde au gros balourd qui tance le badaud estampillé d’un parcours associatif. C’est qu’il s’y croit, investi du seul honneur d’une mission de philistin qu’il estime essentielle lorsqu’il l’invective de façon péremptoire, « lorsque nous serons en place, nous vous supprimerons les subventions, il est tout fait…heu… pas normal que vous fassiez de la politique »…C’est vrai, l’ordinaire des petites gens, lorsqu’ils se penchent, un peu, pas du tout, beaucoup, passionnément, vraiment à droite, c’est de dénier à tout autre qu’eux mêmes le droit de faire de la politique. La politique pour lui, notre balourd, c’est sale, surtout si c’est de gauche et que cela ne concorde pas avec son opinion selon laquelle, il n’est de bienséance que de souffler d’une haleine revancharde sur les braises des procès intentés. Las d’une défaite par manque d’idée, ou bien frustré et tout à la fois irrité, d’un talent d’orateur envié au dernier coco du coin qui secoua les cerveaux endormis au grand soir et au sortir du vote les miasmes des egos contrariés comme des réminiscences d’un lointain pétainisme, il pérore au milieu du pont ; il s’acharne sur sa propre colère et s’autorise en futur monarque d’un conseil insurrectionnel ; il est prêt à surgir pour sanctionner de quelques postillons et par une sentence aigrie le margoule moyen qu’il jette aux gémonies. « Moi monsieur, j’ai fait la guerre d’Algérie…et on m’a appris à… » Ignorant finalement que décidément il n’a rien appris du tout et se donnant ainsi de l’importance jusqu’ici en sourdine, dira un autre en guise de menace d’une humeur massacrante quand d’autres peinés, prostrés et abattus par tant de rancœurs attendent la venue d’un printemps meilleur pour fêter ses quarante ans. Au village sans prétentions, mis à part son festival de poésie, seul rigole le chien de Mélusine quand il se prend à rêver du sort que lui attribuent tous les jaloux d'une carresse de sa maitresse célibataire et nouvellement élue.
…avant que d’aucuns ne l’affublent, ce patelin, comme partout ailleurs de ronds points ridicules et d’un gymnase pour fitness, je n’ai qu’une acrobatique ambition, en tenant aussi bien mon volant que mon pantalon, que de le traverser vite, tant qu’il est encore possible*.
*…dans les limites autorisées par le code de la route, cela va s’en dire…
Jusqu'aux mémées qui gravissaient
sans faiblir et aidées sous les bras sur la rampe menant à la mairie...Alors c’était comment tes vacances au Mali ? Que répondre ? Bah bien, il a fait beau oui, c’est ça il a fait beau. Comment leur dire que depuis elle a la nausée, qu’elle garde en mémoire le pire comme le meilleur. Et pourtant elle s’était donné bonne conscience, en choisissant un voyage solidaire comme on dit maintenant, pas un tour operator, une association qui verse 6% du voyage à des actions de développement sur place. Enfin un aller-retour en avion pour une semaine sur place certes à pied, bilan écologique catastrophique. Elle a voulu connaître une vie simple, utiliser une tasse d’eau pour se laver, dormir sur les toits plats des maisons de briques crues, marcher et marcher dans les falaises. Elle voulait vivre un peu comme eux, un peu car elle avait à manger des pâtes, du riz et pas de la bouillie de mil. Ils voudraient vivre un peu comme elle, le monde marche sur la tête. Il faudrait vivre à mi-temps d’un côté et à partir de la moitié de l’année, hop déménagement général. Elle, elle peut, elle prend son passeport, visa accordé et c’est parti. Eux, visa refusé, traversée de la Méditerrannée, noyade ou pas, accueil chaleureux. Parlons-en de l’accueil, des enfants qui courent, avec des vieux habits déchirés qu’on a bien voulu leur donner, et qui offrent ce qu’ils ont, des mangues qu’ils viennent de cueillir, qui prennent sa main, les ventres ronds, les dents gâtés. Là où le touriste est passé toute spontanéité a disparu, tu donnes bidon (bouteille d’eau), tu donnes bonbon, tu donnes bic, le coca, la bière sont arrivés. Comment liquider ce qu’on ne veut plus, on donne généreusement aux gens d’en bas, ils sont si doués pour la récupération. En ville, c’est pire, elle est une toubab, elle a donc de l’argent, les égouts déversent leur odeur, la nausée s’accroît. Elle se sent indécente. Malgré la chaleur humaine qui nous manque ici, là-bas tout n’est pas idyllique, un dogon ne se mariera pas avec une peul, ou une bozo, l’excision existe encore, les mariages arrangés, la polygamie, les homosexuels n’existent pas. Animistes, musulmans, catholiques tous mélangés. La femme elle, travaille toujours, tous les jours la même chose, aller chercher l’eau à pied, le bois, piller le mil. Alors c’était comment tes vacances ? Elle ne sait plus, ne plus voyager que dans les pays « riches », rester chez elle… Karine Bergami
fleurs et tomates