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Le temps qui passe

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Plans fixes sur les quais

Quand Ubu fait ses courses, les chiens aboient et la France profonde…

 

Au village, sans prétentions, çà sent bien un peu. On sait pas vraiment quoi, mais quand même, ça sent un peu. A l’olfactif j’y mettrais bien aussi de l’auditif aussi inattendu qu’une bande son. De l’incongru sur le toit d’une voiture de cirque, le générique de Dallas tandis que l’inspecteur Derrick venu en villégiature et  parcourant son quai, chercherait en vain à énerver son peace-maker au motif de la délation minable d’un pauvre cœur las d’un passé de sybarite. Oui, par ici, on peut au hasard de ses pas, rencontrer l’odeur des caves qui remonte à la surface par la faveur d’un courant d’air. Ca sentirait bien un peu aussi, comme la fange  que l’on aurait écrasée puis trainée sur les trottoirs, ou bien cette odeur aigre d’un compost mal mené et qui encore paillé sent comme des chaussettes sales et cartonnées. Ici les regards s’évitent ou bien lorsqu’ils se croisent surmontent, accaccaparés, un sourire crispé. Il y a comme de l’envie de passer vite et de réprimer un mot qui n’exprime plus que la partie hypocrite d’une politesse de bon aloi entre grandes personnes contrites. Ainsi tient ce dernier rempart avant l’incivilité, sauf à des heures nocturnes en dessous de fenêtres malheureusement dépourvues  d’un seau de pisse tiède ou le courage a beuglé des onomatopées  qui seraient dignes d’un stade de foot s’ils n’étaient pas matinées d’accent cynégétique. Et puis, c’est qu’il faut y prendre garde au gros balourd qui tance le badaud estampillé d’un parcours associatif. C’est qu’il s’y croit, investi du seul honneur d’une mission de philistin qu’il estime essentielle lorsqu’il l’invective de façon péremptoire, « lorsque nous serons en place, nous vous supprimerons les subventions, il est tout fait…heu… pas normal que vous fassiez de la politique »…C’est vrai, l’ordinaire des petites gens, lorsqu’ils se penchent, un peu, pas du tout, beaucoup, passionnément,  vraiment à droite, c’est de dénier à tout autre qu’eux mêmes le droit de faire de la politique. La politique pour lui, notre balourd, c’est sale, surtout si c’est de gauche et que cela ne concorde pas avec son opinion selon laquelle, il n’est de bienséance que de souffler d’une haleine revancharde sur les braises des procès intentés. Las d’une défaite par manque d’idée, ou bien frustré et tout à la fois irrité, d’un talent d’orateur envié au dernier coco du coin qui secoua les cerveaux endormis au grand soir et au sortir du vote les miasmes des egos contrariés comme des réminiscences d’un lointain pétainisme, il pérore au milieu du pont ; il s’acharne sur sa propre colère et s’autorise en futur monarque  d’un conseil insurrectionnel ; il est  prêt à surgir pour sanctionner de quelques postillons et par une sentence aigrie le margoule moyen qu’il jette aux gémonies. « Moi monsieur, j’ai fait la guerre d’Algérie…et on m’a  appris à…  » Ignorant finalement que décidément il n’a rien appris du tout et se donnant ainsi de l’importance jusqu’ici en sourdine, dira un autre en guise de menace d’une humeur massacrante quand d’autres peinés, prostrés et abattus par tant de rancœurs attendent la venue d’un printemps meilleur pour fêter ses quarante ans. Au village sans prétentions, mis à part son festival de poésie, seul rigole le chien de Mélusine  quand il se prend à rêver du sort que lui attribuent tous les jaloux d'une carresse de sa maitresse célibataire et  nouvellement élue.

 …avant que d’aucuns ne l’affublent, ce patelin, comme partout ailleurs de ronds points ridicules et d’un gymnase pour fitness, je n’ai qu’une acrobatique ambition, en tenant aussi bien mon volant que mon pantalon, que de le traverser vite, tant qu’il est encore possible*.

 

*…dans les limites autorisées par le code de la route, cela va s’en dire…

Il faisait gris et froid. Les premiers pêcheurs remontaient l'Hérault en ce jour d'ouverture de la pêche. Un jour d'élections, à l'ouverture de la pêche...fallait oser. Pourtant cela ne manquait pas d'allure hier, dans les allers retours des électeurs, entre les deux bureaux de vote correspondant aux deux srutins. Tout le monde était là, endimanché ou pas, des petits enfants aux adultes, undefined  Jusqu'aux mémées qui gravissaient sans faiblir et aidées sous les bras sur la rampe menant à la mairie...
Mais on a eu beau écouter Nicolas Demorand ce matin à la radio, pas de nouvelles de Valleraugue Gard Cévennes, donc je comble ce manque manifeste d'information capitale dans la revue  de presse concernant les élections cantonales et les
 élections municipales : 


Municipales:liste Yves Durand, maire sortant, (PS) élue au 1° Tour - 15 conseillers, pas de ballotage

Élections cantonales : Thomas Vidal (UMP) : 631 - Yves Durand 586 - Roger Plantin 186( soutenu PC, voir itv  de Roger Plantin sur ce blog) 
Roger Plantin se retire au second tour...



Retour de la capitale dans mes contrées lointaines. Je suis dans le train qui va vite et qui coute cher, le TGV, celui la même qui sera remplacé par «  l’AVG », qui ira à 360 km/h. Je me dis qu’on s’en fout de gagner autant de temps sur le temps puisqu’après ce même temps, on le perd à attendre des cars qui ne viennent que rarement pour atteindre son chez soi au retour, tout en voyageant cher et lentement. Arriver plus tôt grâce à un gain de temps dû au progrès du train à grande vitesse n’a pour résultat que d’augmenter le temps d’attente du car qui a remplacé le train régional qui a été supprimé il y a longtemps. Ainsi donc le progrès n’est qu’apparent, il flatte le regard dans une vitrine destinée à leurrer le public et n’a à mon avis de raison que de satisfaire les plans mystérieux de personnages affectés à la production de ces trains et d’autres aux aménagements des territoires, dessinés en bassins ou en zones selon qu’il soient d’excellence ou de relégation…En attendant, le durée totale du voyage reste la même, et le prix lui augmente un peu. Et l’on passe des heures dans les halls, sur les quais, le cul gelé sur des bancs ou bien à siroter un café tort boyaux à se prendre une merde de pigeon sur la gueule ou bouffer un sandwich froid en lisant un journal qui relate comment un parlement rend caduque une décision souveraine du peuple concernant l’Europe, ou comment un ministre ira jusqu’à dépenser 138 000 euros pour louer un avion, lui permettant de boire une coupe de champagne en compagnie du président qui ne manquerait pas d’oublier son absence, s’il n’était pas venu…. C’est vrai que cela ne semble pas judicieux de remettre des lignes en état dans des régions où l’on casse méthodiquement les industries et les services publics et où poussent les lotissements dortoirs des agglomérations Montpelliéraines et Nîmoises proches d’une heure et demie de route. Je suis donc dans le train, la tête farcie de la patrouille Vigipirate et d’images pluvieuses et de sentiments mitigés comme l’eau coulant d’un robinet de salle de bain. Et Les annonces qui égayaient le hall de la gare de Lyon résonnent encore dans ma tête, « n’encouragez pas la mendicité… » « Signalez tout paquet suspect »…En bref, méfiez vous les uns des autres. Bien sûr, on me fera remarquer qu’à me méfier davantage je n’encourus pas le vol de mon sac et de mes papiers deux semaines auparavant. Mais le résultat de cette mésaventure fut au moins à hauteur en intensité de la turbulence des temps qui changent pour moi. Je vais me refaire une identité, et c’est tout un programme. La police, ah la police…et ben, le seul mot qui me reste de la police est : «  désolé ». Pour moi, la police fut désolante et désolée mais ne put rien faire, pas même une déclaration de perte. « Vous comprenez, sinon c’est trop facile… » Ben oui, si le citoyen de base  avait la vie facile, forcément, ce serait trop simple. Et simple, ce n’est pas bon pour imposer une certaine pression qui comprime singulièrement la vie du pékin moyen. Plus de carte d’identité et tu ne peux plus prouver que toi c’est bien toi. Plus de carte Vitale et tu ne peux plus te soigner. Plus de carte de retrait, plus d’argent. Plus de permis de conduire…etc. A cela tu ajoutes les phrases bêtes du style, « vous avez perdu vos papiers, présentez nous des papiers d’identité… » Et puis tu te prends la tête à expliquer au « préposé » toute l’absurdité de l’affaire mais lui, il s’en fout, il répète bêtement sa bêtise, et tu restes con comme un con, jusqu’à ce que tu tombes sur quelqu’un qui écorne un peu le règlement et hop, petit à petit tu remontes la pente. Et puis tu expliques cela à tes amis qui te logent le temps de ton séjour. Et ceux là, sourient. Ils te disent, « ah mais, tu perds tes papiers pour avoir de quoi raconter une histoire, tu aimes bien çà les histoires toi… » Et tu te perds dans l’incrédulité ambiante, et tu te dis que tu aurais mieux fait de fermer ta gueule, comme cette fois où tu te risquas à leur demander « si vous entendez parler d’un boulot… » et là on te dit que quand même, ce qui te ferait du bien « ce serait que tu aies un boulot et que tu gagnes de l’argent », forcément que tu réponds, et tu penses que eux justement ils auraient pu travailler dans la police, vu leurs réponses et tu leur rétorques  «  c’est justement ce que je disais » et là on te répond que tu exagères un peu et que tu pourrais faire un effort d’imagination, par exemple, fabriquer des cendriers à mettre sur les terrasses des bistrots où tristement les fumeurs se retrouvent…ça c’est une putain de bonne idée, tu n’y avais pas pensé en te disant que sur ton front, ya surement marqué « con ». Et tu restes avec ton air con et perplexe devant l’air chagriné du monsieur qui t’explique que décidément tu ne fais aucun effort pour t’en sortir.       
Aujourd’hui au Vigan, c’était jour de manif, comme c’est aussi jour de marché…Je suis sorti de ma grippe comme de chez moi, sous le soleil, un peu maladroit, la démarche mal aisée, la caméra devant moi comme un nez rouge au bout du nez…Tout le monde marchait en cortège, les syndicats menaient la troupe, les élus ceints de leurs écharpes tricolores, et le bon peuple venu manifester, même monsieur le curé se trouvant là sur le trajet après une messe d’enterrement, participait à cette procession républicaine. Et j’y allais de mes petites questions, disparition programmée du service public en zone rurale, délocalisations, réforme judiciaire, et tous les élus contents de répondre à mes questions con…venues, par un discours toujours entendu, toujours prêt à fonctionner quelque soit le parcours, face aux mêmes promesses bidons. La procession tournait en rond, comme jadis exactement on pouvait de la sorte réclamer la pluie ou bien le beau temps, ou bien la guérison. Puis ce fut au tour d’une délégation d’être reçue, à la Sous- Préfecture, et puis plus loin au parc des châtaigniers entre des banderoles CGT, CFDT, FO, des panneaux anti libéraux, des porteurs d’affiches réclamant un nouveau référendum, qu’une tribune avait été dressée où tour à tour déclamait chaque organisation syndicale, représentant des commerces du Vigan, des enseignants, des avocats, toute la société égratignée au passage des infos du 20 heures se retrouvait tous sujets confondus à dire le désarrois et la colère d’une région qui part en…moi je dis en couilles. Mais eux, ils sont polis, ils parlent de croissance, de politiques en concertations, voire de rodomontades envers la président de la république, qui n’a qu’à bien se tenir. Un millier de personnes un samedi matin, ici, c’est bien, mais, les visages en exprimaient bien plus longs que les discours, les regards, entre résignation et tristesse en retenaient des tonnes d’incrédulité… les luttes se préparent déjà d’une autre manière, beaucoup sont là par solidarité avec cette forme de manifestation,  mais ils préfèrent les actes, les actes…ce qu’on appelait l’alternative, chopper la queue de l’utopie avant qu’on nous fasse bouffer le dernier collant de chez Well…     
. Je me suis décidé à sortir et prendre la voiture. Je ne sais pas où j’allais vraiment, avec mes trois euros, prendre une tranche de jambon ou bien libé ou un journal. Quatre kilomètres jusqu’au village désert, pour qu’enfin le chauffage ne marche. C’était la nuit tombée. Je suis passé devant le bistro, son écran géant dedans, son client dehors, à la porte, un verre de bière à la main et une clope au bec. C’est parce qu’on ne peut plus fumer dedans. La campagne c’est des fois un mec qui fume tout seul dans le froid et qui me regarde passer comme une attraction qu’il est pour moi aussi, dans son treillis de chasse et ses baskets Adidas. Un jour les bistrots ressembleront aux vieux « Fish and chips » d’avant en Angleterre, on sera comme des cons à se bouffer dehors sous la pluie devant le comptoir, notre bouillie qui fume encore emballée dans du papier journal.  J’imagine aussi que bientôt on aura droit au bout de la rue déserte à une caméra de vidéosurveillance, qui comptera combien de demis se sera envoyés le pochtron de service, au bar de la petite treille, vestige des temps de la gouaille et des gosiers trempés. C’est pas demain qu’on réveillera les morts pour refumer du Scarlatti. C’est vrai que le tabac des fois c’est dégueulasse mais c’est pourtant des bons souvenirs, comme une chanson d’Yves Simon ou bien cette phrase d’un vieux cousin – vous êtes vraiment des branleurs…au vu de notre arrivée, les deux frangins en haut de l’échafaudage, à mi pente sur le clocher de l’église, on se foutait même de sa gueule d’avoir mis en rond et pété son carton, des gitanes maïs et de s’en griller une, devant son nez, comme çà, à mon cousin de couvreur. Après y’avait plus qu’à chier dans son froc, une fois pour la clope, une fois pour descendre.
 Finalement, j’ai gardé mes trois euros. J’ai rien pris, tous les commerces sont fermés à cette heure ci. C’est ville morte à sept heures moins le quart, et y’a plus que le bistro pour veiller encore et qui attend impatiemment de virer son dernier soiffard avant que d’autres ne surgissent des placards du temps et ne déboulent comme des crevards à pourrir la soirée du taulier. La campagne n’est pas toujours bucolique.   Qu’à ses pieds ce soir pourtant que la montagne est laide. Elle aussi peut ressembler à Jacquouilles et  voter Sarkozy.
 
 
 
 
 
 
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Alors c’était comment tes vacances au Mali ?
Que répondre ? Bah bien, il a fait beau oui, c’est ça il a fait beau.
Comment leur dire que depuis elle a  la nausée, qu’elle garde en mémoire le pire
comme le meilleur. 
Et pourtant elle s’était donné bonne conscience, en choisissant un voyage solidaire
comme on dit maintenant,  pas un tour operator, une association qui verse 6% du
voyage à des actions de développement sur place. Enfin un aller-retour en avion pour
une semaine sur place certes à pied, bilan écologique catastrophique.
Elle a voulu connaître une vie simple, utiliser une tasse d’eau pour se laver,
dormir sur les toits plats des maisons de briques crues, marcher et marcher dans les
falaises. Elle voulait vivre un peu comme eux, un peu car elle avait à manger des
pâtes, du riz et pas de  la bouillie de mil. Ils voudraient vivre un peu comme elle,
le monde marche sur la tête. Il faudrait vivre à mi-temps d’un côté et à partir de
la moitié de l’année, hop déménagement général.
Elle,  elle peut, elle prend son passeport, visa accordé et c’est parti. Eux, visa
refusé, traversée de la Méditerrannée, noyade ou pas, accueil chaleureux.
Parlons-en de l’accueil, des enfants qui courent, avec des vieux habits déchirés
qu’on a bien voulu leur donner, et qui offrent ce qu’ils ont, des mangues qu’ils
viennent de cueillir, qui prennent sa main, les ventres ronds, les dents gâtés.
Là où le touriste est passé toute spontanéité a disparu, tu donnes bidon (bouteille
d’eau), tu donnes bonbon, tu donnes bic, le coca, la bière sont arrivés. Comment
liquider ce qu’on ne veut plus, on donne généreusement aux gens d’en bas, ils sont
si doués pour la récupération.
En ville, c’est pire, elle est une toubab, elle a donc de l’argent, les égouts
déversent leur odeur, la nausée s’accroît. Elle se sent indécente.
Malgré la chaleur humaine qui nous manque ici, là-bas tout n’est pas idyllique, un
dogon ne se mariera pas avec une peul, ou une bozo, l’excision existe encore, les
mariages arrangés, la polygamie, les homosexuels n’existent pas. Animistes,
musulmans, catholiques tous mélangés.
La femme elle, travaille toujours, tous les jours la même chose, aller chercher
l’eau à pied, le bois, piller le mil.
Alors c’était comment tes vacances ?
Elle ne sait plus, ne plus voyager que dans les pays « riches », rester chez elle…

Karine Bergami
Hier soir, je me promenais le long des berges du lac D'Annecy. Annecy tout va bien , merci, juste une petite polémique sur les sédiments du lac, qui ne seraient pas exempts de pollution, mais non, mais non voyons, à suivre...Sur la route, je croisais un bus qui affichait sa destination CAMPUS, puis par intermitence, "Bonnes fêtes"...justement, où en sommes nous dans les campus bientôt à la sortie des fêtes de fin d'année? Il y avait, avant "la trêve", des mouvements de casques et des bruits de godillos qui ne parvenaient plus jusqu'aux "vingt heures". Apparement l'information se perdait en route où se prenait les pieds dans les piquets de tente du colonel invité en grandes pompes, tandis que nos étudiants s'en prenaient dans l'arrière train... J'ai reçu ce message peu de temps avant Noël.... Bonjour tout le monde . GRAVE ce qui se passe à LYON II ... Ci-dessous, le témoignage d'un prof. (Alice Verstraeten) qui fait froid dans le dos ! Claire Bonjour à tous, Ma fac (Lyon II) s'enfonce tous les jours un peu plus dans le mépris des étudiants et dans un logique policière qui m'inquiète profondément., Les médias ne nous suivent pas, ne relayent rien, s'auto censurent ou se font censurer., Tout a commencé avec la Loi Pécresse de réforme des Universités, signée dans la précipitation cet été par le président de la fac, Monsieur Journès.Certains étudiants et enseignants s'opposent à cette loi., Les étudiants ont choisi le blocage de l'Université comme mode d'action. On peut être pour ou contre, je ne suis pas sûre que ce choix ai rendu service aux manifestants et à leur image mais aujourd'hui, à la limite, peu importe. On a, pour l'instant, dépassé ce débat., Depuis quelques jours, le président de l'Université a fait appel aux "forces de l'ordre": des vigiles privés, très jeunes, non asermentés, arrogants et dépassés par les événements, patrouillent dans la fac avec au bras un brassard orange marqué "sécurité". Ils apostrophent tout le monde, tutoient tout le monde, et nous demandent de justifier de notre présence dans l'Université en montrant notre carte "cumul" (une carte magnétique d'étudiant ou d'enseignant qui sert aussi de carte de bibliothèque et de carte... de paiement dans l'enceinte de la fac... ce qui, en soit, ne me plaît déjà pas beaucoup)., Il semble bon de rappeler qu'une Université est, selon la loi, un établissement public à vocation scientifique et culturelle"..., Les étudiants qui manifestaient scandaient à l'encontre des vigiles, hier matin : "Voyous, racailles." Car certains d'entre eux s'amusent à retenir les étudiantes pour les draguer, d'autres en sont venus aux mains avec des étudiants de leur âge, une étudiante a été "étranglée" avec son écharpe pour qu'elle dégage un passage., A l'entrée principale du campus de Bron, et rue Chevreul sur lle campus des quais du Rhône, dès 7h30 le matin, tous les jours, les CRS arrivent pour déloger les étudiants qui protestent. 9 cars de CRS devant le campus de Bron, 9 cars de CRS devant le campus des quais de Rhône. Ils sont, régulièrement, soutenus par la gendarmerie mobile. J'étais là, hier matin. Deux de mes étudiantes m'avaient dit avoir été "molestées" par les CRS la veille et voulaient que j'en sois témoin. Eh bien oui, ils les plaquent au sol, les jettent plus loin, les matraquent dans le ventre et sur la tête., Sur les quais, hier, deux leaders syndicaux étudiants (un de Lyon 2, l'autre de Lyon 3) ont été désignés du doigt par des policiers en civil avant d'être poursuivis dans une rue adjacente par les CRS. Ce qui signifie, nous sommes d'accord, qu'un travail préalable d'information" a été effectué et que ces arrestations sont ciblées pour détruire les mouvements syndicaux., Les deux hommes sont en garde-à-vue et devraient être déférés à la Justice aujourd'hui même (donc: il existe désormais des comparutions immédiates pour les manifestants, vous serez prévenus). Dans un communiqué odieux et mensonger, la présidence de la fac dit qu'ils sont "extérieurs à l'Université" et que ces arrestations sont survenues après des troubles. Il n'y a pas eu de troubles autres que la manifestation pacifique, nous sommes plusieurs enseignants à en être témoins., Un étudiant a été blessé et, une fois aux Urgences, a hérité de douze points de suture sur le crâne. Des étudiants ont été mis en joue au flashball., Des policiers en civils sont toujours là, dont un homme sur mon campus: de "type méditerrannéen", il porte une grosse doudoune noire, un talkie walkie dans une poche, un appareil photo dans l'autre. Lui et ses camarades filment longuement les manifestants. S'ils ont effectivement été convoqués par le président de l'Université dans le seul but de permettre aux étudiants qui veulent suivre les cours d'entrer dans la fac, pourquoi filment-ils? Doit-on ajouter la DGSE à la liste des membres du personnel de l'université?, De notre côté, enseignants ou étudiants, ils nous empêchent un maximum de filmer. Ce qui siginifie que les images disponibles sur youtube et sur dailymotion ne sont pas à la hauteur de la réalité. Face à cette situation, plusieurs enseignants, dont je suis, ont refusé de faire cours. Je refuse d'entrer dans une fac investie de forces de police, de gendramerie et de vigiles privés non asermentés. Je refuse de montrer des papiers d'identité pour me rendre sur mon lieu de travail. Je refuse de me faire bousculer par des CRS. Je refuse de me faire tutoyer avec mépris par des individus que je ne connais pas. Je refuse d'entendre un vigile insulter un de mes collègues (pourtant munis du sac en cuir typique de l'enseignant, pourtant plus honorable que moi dans l'allure avec ses cheveux blancs) en lui disant "J'vais t'fumer toi, j'vais t'fumer.", Nous ne sommes pas, que je sache, dans un état policier. Ou alors il faut nous le dire clairement, parce que cela signifie que les règles du jeu ont changé. Je croyais que l'on avait le droit de grève dans notre pays., Je crois que ce qui m'inquiète le plus, c'est de recevoir des communiqués de la Présidence affirmant que la situation est désormais "normale"., SI CETTE SITUATION EST NORMALE, JE DEMISSIONNE., D'autre part, pour permettre l'action des ces policiers, militaires et vigiles, toutes les sorties de sécurité sont bloquées. Certains enseignants et étudiants s'obstinent à faire cours dans une ambiance délétère et dangereuse. Ce qu'ils risquent purement et simplement, en cas d'incendie, c'est de brûler vifs dans des locaux qui sont déjà vétustes., Je joins à ce message la "Lettre ouverte à la présidence de Lyon 2" rédigée par des enseignants (datée d'avant hier 5 décembre et déjà dépassée par les événements d'hier), ainsi que le dernier message de la présidence elle-même, pour que vous puissiez juger vous-même de la mauvaise foi, du mépris et des ronds de jambe du langage qui se banalisent dans notre environnement politique et médiatique., Ce message est, bien sûr, à faire passer si vous en ressentez le besoin., Alice Verstraeten.

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