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Alors que l'actualité se focalise sur d'autres sujets, dans les facs et aux abords tout n'est pas terminé...Je reçois ce genre de messages, témoignages...


LILLE III
J'étais à Lille 3 quand il y a eu les charges et je suis un peu à court de vocabulaire...
3 charges de CRS, première au niveau de la BU, deuxième sur le pont, et une troisième après un nouveau rassemblement au niveau des croisements entre la rue marchande qui mène au pont et la rue du parc vers le métro.
Apparemment, il y aurait eu matraquages, gazages, et même un coup de Taser.
Lors de la dernière charge les CRS bloquaient l'accès vers le métro et ont couru plus que les qq mètres réglementaires ...
Contrôle d'identité pour tous les gens qui étaient à proximité de la fac. Quelques personnes qui n'avaient pas de cartes sont au postes. La personne qui a été tabassée devant la BU également.
Mon message parait très neutre mais c'est indescriptible mon état de révolte. La dernière charge des CRS s'est faite alors que les lycéens de Queneau venaient de sortir... j'ai vu un type avec une poussette qui a dû courir qd il nous a vu arriver !!! Et euh c'est pas écrit qu'ils sont tenus de faire des sommations avant de charger ???
Mais on est où là ? Qu'est ce qu'il imaginait le président en appelant les flics à Lille 3 ?
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J'ai reçu en fin d'après-midi ce mail du secrétaire de la section Snesup Lille 3
Nous venons de découvrir que le président avait décidé de faire intervenir la police dans l'université. Nous apprenons au même moment que le groupe des anarchistes qui manifestaient en ville revient vers l'université pour ce qui pourrait être une épreuve de force. Nous appelons nos collègues à empêcher dans toute la mesure du possible par leur présence un affrontement dont les conséquences pourraient être dramatiques.
En réponse à cet appel, je me suis rendu à Lille 3 (j'étais à l'IFRESI). Je n'ai pu rentrer dans l'université qui est bloquée...par les CRS. Les étudiants (dont la plupart étaient aux épreuves de M2 ou à la bibliothèque) et les enseignants que j'ai rencontré étaient profondément choqués par l'intervention policière, les charges sans sommation alors qu'il n'y avait eu aucun incident, les insultes (des étudiants qui essayaient de prévenir qu'une étudiante était enceinte se sont vus répondre "tant pis pour elle").....
 
 
 
MONTPELLIER III
 
Ce qui se passe actuellement à Montpellier III est extrêmement grave.
Voir ci-dessous le communiqué de SUD Etudiant Montpellier.
Lundi (10 décembre), SUD Etudiant et tous les étudiants en lutte, soutenus par les personnels représentants SUD Education et SNESSUP-FSU avaient déjà, suite à des incidents très graves ce jour là, demandés la démission du président Miossec.
Ce qui s'est passé aujourd'hui va encore plus loin.

Absence totale de ces informations dans les média.

Philippe Cherpentier, SUD Education Hérault
Miossec, Poutine : même combat !

« Une honte ! », voilà ce que de nombreux-ses enseignant-es, étudiant-es et personnels ont affirmé ce matin, devant le dispositif de sécurité censé assurer le « déroulement démocratique » du référendum organisé par la présidence. Tandis qu'une rue entière avait été barrée par la police, près de 150 Gardes Mobiles (les mêmes qui étaient intervenus dans l'enceinte de l'Université de Nanterre pour casser les piquets de grève étudiants avec une extrême violence) étaient stationnés non loin du bureau de vote. La section d'intervention de la police nationale et la Brigade Anti Criminalité, ceux la-même qui ont envoyé sept étudiants et étudiantes à l'hôpital lundi ont de nouveau et sans raison chargé les grévistes.
Avec une violence extrême (nez brisé, étudiante évacuée par les pompiers après avoir été tabassée, personnel administratif frappé et étranglé par les miliciens de la BAC, sa caméra brisée') la police a installé un « cordon sanitaire » autour des files d'attente. Des scènes dantesques ont alors pu se dérouler avec le consentement de l'administration. Des membres des Renseignements Généraux se trouvaient devant le bureau de vote, à l';intérieur de l'enceinte du campus, à observer les votants. Un militant de SUD-Etudiant, voulant les prendre en photo pour condamner ces méthodes inadmissibles, s'est vu soumis à un contrôle d'identité et a été obligé d'effacer les clichés. D'autres étudiant-es qui patientaient dans la rue se sont vu-es pousser dans la file d'attente et obligé-es à aller voter, des policiers de la BAC observaient tranquillement les votant-es qui sortaient du bureau à quelques pas de la porte !

A l'intérieur du bureau, outre la question (pour ou contre le blocage) que nous remettons en cause, des pratiques douteuses ont été encouragées par les sbires du président. Des étudiant-es se sont vu-es refuser de mettre leur bulletin dans l'urne, et ont refusé de laisser « les démocrates présidentiels » s'en charger. Aucune liste d'émargement n&#146;était disponible et des étudiant-es ont avoué avoir voté plusieurs fois. Certains étudiant-es, ne disposant pas encore de leur carte (doctorant-es par exemple), étaient soumis-es à un régime spécial : certain-es rentraient, d'autres non;

A l'heure où nous écrivons ces lignes nous ne disposons pas du résultat du vote, mais nous apportons notre soutien aux décisions du comité de mobilisation d'appeler au boycott du référendum, et nous remercions tous-tes les étudiant-es grévistes de ne pas avoir participé à cette mascarade sous haute surveillance (de nombreux policiers en civil filmaient les étudiant-es contestant les méthodes intolérables de la police;). Quelque soit les résultats, nous ne considérons ce référendum en rien légitime ou représentatif. Voter les matraques à quelques mètres des urnes, ce n'est pas notre conception de la démocratie !

 Nous appelons donc les enseignant-es, étudiant-es et personnels à rejeter les méthodes autoritaires et dangereuses du président de l&#146;Université Paul Valéry, et par la-même à rejeter ce référendum. Nous les appelons à se rendre nombreux et nombreuses en Assemblée Générale, seule organe légitime des luttes universitaires, pour décider ensemble des modalités de lutte et d'action qui nous permettrons d'obtenir l'abrogation de la LRU.

 SUD-Etudiant Montpellier
 
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p1010749.jpg Paraît-il selon Time, notre Culture est morte. Bon, ami américain, du nord,  çà me laisse perplexe mais je puis déjà t’assurer qu’elle n’est pas tout à fait moribonde. La preuve, écrire plus pour gagner plus. Notre héritage culturel chatouille encore l’imagination de nos élites dans la pratique. Tout est sans cesse réactualisé, réac, seul je te l’accorde, le préfixe porterait à discussion et forcerait la réflexion. C’est là le problème. On la croyait disparue, morte depuis plus de soixante ans et la voilà, la revoilà, extraite de la belle panoplie de nos traditions, la délation. Et de quelle manière, mise à la portée du peuple, au cœur de la cité, ou chacun, dans le besoin, pourra s’il a son voisin dans le pif, en tirant la langue d’application, s’enflammer d’une belle lettre, en plein et déliés, commencer de cette manière : « Messieurs de la Police… »
p1010573.jpg  Huitième jour de grève là haut, troisième jour de pluie ici. Il pleut toujours avec autant de vigueur. Un rideau, comme dans un effet spécial de cinéma, un peu forcé comme pour accentuer l’effet trempé du costume de l’homme qui chante sous la pluie. Ici il n’est pas besoin de forcer, l’accent est naturel. Le béal charrie les feuilles mortes et les branches cassées dans un tumulte d’eau énervée, pressée de se mêler au flot principal de l’Hérault en contre bas. Oui, ces jours- ci les eaux en colère défilant au fond de la vallée, se nomment Hérault. Pas comme là haut, où les voix de plus en plus discordantes semblent s’égarer de chaque coté des berges de la Seine. Si l’on en croit les dernières nouvelles à la radio, on va peut être vivre une nouvelle version de la nuit du 4 août, celle de l’abolition des privilèges. Mais celle-ci se distingue de sa grande sœur révolutionnaire, en ce qu’elle rectifie par le bas ce qui n’était pas bien haut et devrait constituer la base du commun des retraités. Parait-il que 69% de mes concitoyens approuveraient la fermeté du gouvernement, à savoir, le nivellement par le bas que le peuple servile s’inflige pour lui-même, trop heureux d’appliquer sans réflexion un principe d’égalité dont il épargne avec largesse ou bassesse, le prince de la république et son aristocratie parlementaire, à qui l’on reconnaît au contraire toutes les bonnes raisons du nivellement par le haut. Par manque de soutien, par aigreur ou égoïsme peut être,  par la peur de perdre au profit de plus petit encore que soi, le peuple semble t-il, en décide ainsi, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive un jour lui-même, touché par des mesures qui ne s’arrêteront pas là… Je n’ai pas oublié l’exemple donné au peuple, les heures qui ont suivi l’élection présidentielle, le diner au Fouquet’s et le repos princier sur un yacht de grand luxe. Et il me vient à l’esprit ces pauvres qui réclament un toit, rue de la banque, et je ne puis m’empêcher d’imaginer une grande ferveur populaire amenant dans un mouvement d’enthousiasme débonnaire tous ces pauvres touchés par la grâce présidentielle, l’amenant à imiter les faits et gestes si légitimes du premier d’entre nous, jusqu’à migrer en masse et en chantant la marseillaise dans l’allégresse, poussant tel nos valeureux ancêtres sans culottes, pour le cas d’espèce ici, et sans logis,  vers les nombreux ports de plaisance ou dorment des dizaines de milliers de bateaux du même nom, dont la moyenne de sortie en mer, trois jours par an, ne devrait pas gêner plus que cela les mêmes dizaines de milliers de propriétaires,  heureux je n’en puis douter, de participer activement par sens civique à cette nuit du 4 Août, cette année un 21 novembre, en permettant aux déshérités d’accéder au même confort républicain que notre président et d’avoir un toit, décoré d'un pavillon tricolre et à la mer en plus…      
DSCF0027.jpg C’en est pour moi presque un événement. Je vais sortir. Je vais quitter ma tanière, calée au fond de la vallée. A peine depuis dix jours ai-je traversé le jardin. Seul, depuis tout ce temps, je suis resté seul, à jouir du temps qui passe. Au début ce qui frappe c’est le silence. Puis bientôt c’est l’inverse, une sorte de tumulte grandit et envahit peu à peux tout l’espace intérieur. Le bruit de la vie confinée derrière les muqueuses se fait entendre. Un bavardage incessant se répand dans l’esprit absorbé tantôt par une tâche, ou bien la radio, ou plus encore dans le silence extérieur que je cherchais jusqu’ici au-dedans. Au-dedans de moi-même, derrière les yeux de celui qui parait quand je vois sa gueule qui se brosse les dents. Et puis cette conscience du bruit intérieur laisse de temps en temps la place au plaisir de ce luxe prodigieux, contempler une seconde, au hasard. Une seconde dans le temps comme une goutte d’eau dans la mer, s’étire lorsqu’elle s’en échappe, arrondie, rebondie, opalescente. Elle contient en elle tout l’espace, toutes les traces de l’histoire et me relie aux autres d’aussi loin m’en suis-je éloigné.
J’aime bien la grève à la radio. La musique d’abord, depuis les grèves de 95, beaucoup de progrès ont été faits dans la programmation, ou bien les artistes sont meilleurs, ou bien plus à mon goût. Enfin j'aime bien. C’est comme une respiration, la grève en musique et par procuration. J’ai l’impression d’y participer aussi en laissant mon poste allumé.  N’en est pas moins mélomane, l'auditeur attentif au mouvement social. Tiens, depuis la dernière, à France Inter, où sont passés Bonnaud et sa bande ? J’y pense toujours quand vient sonner 17 heures, c’était la bonne heure. A présent, c’est le coup de mou avant l’apéro. Heureux encore qu’il reste « le son de Pochon ». Je reviens à la grève. Je reviens en enfance, quand papa, annonçait qu’il ferait grève. Bon, maman faisait un peu la gueule, parce que tristou comme un étronc sur la voie ferrée, le salaire de mon cheminot de père, allait encore rétrécir à la fin du mois. Mais on était fier de lui, c’est sûr, cette fois encore, il allait se battre contre plus fort que lui. Cette fois encore, il tendrait son bras et regardant sa montre, il quitterait son service à l’heure exacte annoncée du débrayage, devant ses collègues têtes baissées. Il était fier, lui, de la relever, et de la coiffer d'un chapeau. Oui, un ouvrier se coiffant d'un splendide couvre chef comme pour mieux défier la direction, avec dignité. C’est à lui que je pense à chaque grève, à sa fierté d’annoncer sa victoire, la petite augmentation, pour tout le monde,  y compris pour ceux qui ne l’ont pas fait et qui l’ont montré du doigt …  

RAPPORT CONFIDENTIEL POUR LE SERVICE DE L'INSERTION SOCIALE

 QUE SONT-ILS DEVENUS?

 Babette G. a remporté en juin 2007 le championnat de France de jeu de solitaire en réseau (coupures de presse ci-jointes). Depuis lors, elle a intégré l'équipe de France et s'entraîne en vue des championnats du monde de Dublin en juin 2009.

Fiorella W., suite à des troubles alimentaires compulsifs, s'est fait poser un anneau gastrique à la Clinique de Ganges. Depuis lors, elle ne s'alimente pratiquement plus, mais se nourrirait exclusivement de méditations. Elle aurait rejoint un groupuscule prêchant la fin du monde en 2012 et se ferait désormais appeler Hyène rouge.

Stéphanie G. se serait mariée avec un artiste sénégalais de 15 ans son cadet et depuis lors elle s'occupe de sa communication, mise en place de son site web, affiches etc. Ses sculptures géantes faites à partir de matériaux de récupération commencent à s'arracher à prix d'or.

Nathalie B., suite à une prise de poids massive, se voit sans arrêt demander : C'est pour quand ? Devant cet état de fait, elle a décidé de partir au Mexique finir sa thèse. Il est à parier que les tacos ne vont rien arranger.

Gigi R. : la nouvelle municipalité de Cigalous, en remerciement pour ses actions en faveur des personnes et animaux abandonnés, lui a fourni un local. Elle a ouvert un lieu de vie convivial et ouvert à tous.

Malheureusement, deux plaintes pour tapage nocturne ont déjà été déposées par le voisinage. Il semblerait qu'à la nuit tombée elle se mette à chanter des chansons paillardes agrémentées d'un petit french cancan.

Judith C. s'est présentée aux élections municipales de Cigalous de 2008.

Désormais maire, elle enseigne la peinture aux enfants des écoles et a interdit la chasse dans la totalité de la commune.

Robert M., devant son refus chronique de travailler pour un salaire de misère, est désormais entré dans un programme du CNRS de Toulouse (laboratoire des résistances musculaires), UMR 3812 ; il est payé pour rester un an allongé. Son corps est sans cesse relié à des capteurs étudiant ses fonctions vitales et cérébrales.

Quant à Alexandre Pierre, l'animation de cet atelier l'a laissé dans une profonde détresse psychologique. Depuis lors, il refuse de parler et ne s'exprime plus que par des petits papiers. Il serait sur le point de publier un recueil à partir de ces bouts de textes.

Karine Bergami

Pourtant, un homme d'une quarantaine d'années, que l'on nommera Alexandre Pierre, s'y attelait. C'était un bel homme, intellectuel tourmenté, portant des pantalons en velours côtelé, qui se passait la main dans les cheveux en un tic nerveux. Parfois, ses cheveux ne semblaient pas vouloir redescendre et restaient en l'air dans une sorte de lévitation infinie. Aussi, l'essentiel de l'auditoire était composée de femmes de tous âges buvant ses paroles. A chaque séance, il donnait une consigne d'écriture et chacune se ruait sur son stylo en espérant que son imagination débridée éveillerait l'intérêt du maître de cérémonie. S'en suivait, après moult palabres, une heure d'écriture agrémentée ou non de pauses pipi, cigarette ou pétage de plomb. Après une vraie pause syndicale, la lecture pouvait enfin commencer. A chaque fois, la même question : qui allait recevoir ses faveurs?
Bon alors, la consigne du jour c'était : imaginez votre vie si vous gagnez à euromillions. On va voir si ça vous a inspiré. Allez à toi, Babette tu commences?
Ouais, je veux bien, mais je vous préviens c'est n'importe quoi.
Babette, était une femme d'une soixantaine d'années qui n'hésitait pas à faire plus de 80 km aller-retour pour venir à l'atelier jouer aux réussites, sur ordinateur.
... en conclusion, si je gagnais à euromillions, j'en donnerais une bonne partie à mes enfants et je finirais ma maison mais de toute façon, c'est pas pour demain la veille.
Suite de la nouvelle de Karine Bergami...

Merci, à toi Robert, tu es prêt?
Robert était le seul homme de l'atelier, elles lui menaient parfois la vie dure mais il venait, toujours prêt à massacrer avec acharnement Fiorella sur photoshop, laissant libre cours à sa créativité dévastatrice.
Si je gagnais à euromillions, enfin encore faudrait-il que je joue à ces conneries, qui servent à engraisser la française des jeux, et donc l'état. Me dites pas qu'avec tout ce pognon, il pourrait pas créer des emplois. Enfin moi, si c'est pour bosser pour le smic, j'préfère encore rester chez moi.
Très bien merci, à toi Judith.
Judith était une femme d'une quarantaine d'années, toujours habillée de façon originale, plutôt effacée, de sa voix fluette elle commença.
Gagner à euromillions, cela représente la quête absolue d'une vie enfin libérée, extase jouissive du tout possible, du tout permis, sans chaîne, l'infini, l'ennui de la non contrainte...
Je te remercie, à toi Fiorella, c'est bon?
Fiorella, femme fluette d'une soixante d'années, les cheveux attachés en une queue de cheval, mit ses lunettes et commença.
Si je gagnais à euromillions, je donnerais tout à des associations humanitaires pour la sauvegarde de la Planète, je ferais construire des écovillages autogérés, je ferai interdire les 4X4 et je ferai développer les biocarburants à l'échelle mondiale. Mais surtout, j'organiserais des manifestations pour l'harmonie entre les peuples, il y a forcément possibilité de tous vivre ensemble, sans que l'un écrase ou domine l'autre.
Bon, on va passer à Nathalie, d'accord.
Nathalie, avait dans les 35 ans. Avant chaque lecture elle suait à grosse goutte. Elle redoutait ce moment.
Ayant gagné à euromillion, Nathalie décida d'éradiquer toutes ses sources de tourments pour enfin connaître la paix intérieure. Elle paya un tueur à gages pour massacrer ses ennemis, sa famille et tous les enfants en bas âge de son environnement immédiat. Hélas, dès lors sa vie n'eut plus aucun intérêt, car elle n'avait plus personne à maudire. Elle sombra alors dans la dépression, se déposséda de tous ses biens. Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu'elle vivrait dans un orphelinat de Bombay où chaque jour elle expie ses fautes en aidant les plus démunis.
Stéphanie, on t'écoute?
Stéphanie était une grande bringue à lunettes, souvent en colère.
Gagner à euromillions, pour quoi faire? Me donner la liberté d'élever mes enfants sans ces incapables de profs, de psy, d'orthophonistes.
Enfin la liberté, de leur dire merde, aux ex-maris, à tous ces pollueurs de vie. Enfin, m'accorder de l'importance, m'écouter, ne plus passer en dernière position.
Pour finir, on écoute Gigi.
Avec euromillions, je leur en mets plein le trouffion. J'rachète la Spa, poil au bras, des chiens, des chats partout, j'inonde la ville de bestiaux, tous pas beaux. Avec l'ardeur de mon coeur, je repars sans moteur en direction du bonheur.
Bravo, à tous. On se retrouve demain, même heure, même endroit et d'ici là n'oubliez pas comme le disait André Breton « réfléchir, n'est pas toujours possible, mais écrire c'est marcher vers l'avenir ».
Ils se séparèrent, chacun partit de son côté pour ne pas attirer l'attention car déjà les brigades nocturnes aux projecteurs surpuissants étaient en maraude. Il faut dire qu'ils étaient sur les dents. Il n'y avait pratiquement plus de chômeurs et leurs postes étaient menacés. Ils étaient même tentés de s'en prendre aux travailleurs. Les bavures étaient de plus en plus fréquentes et la population ne tarda pas à se rebeller. Le Fort fut pris d'assaut, les chômeurs libérés et le maire dut partir précipitamment rejoindre son fils à Paris. L'atelier d'écriture put dès lors avoir lieu la journée, aux yeux de tous. Un éditeur décida de publier les textes givrés. Le livre connut un tel succès qu'ils créèrent une association d'entraide où depuis tous travaillent sans avoir l'impression de travailler.
La vie à Cigalous retrouva son charme d'antan crottes de chiens comprises.

Karine Bergami
 

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