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Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
PARASITE DEPUIS PEU
Dans ma vie d’avant, je faisais partie des vainqueurs, des nantis, bon travail, bon salaire, pas de question à se poser au moment de remplir son caddie. Et puis il y a eu perte
d’emploi, déménagement dans un monde inconnu.
Je suis alors devenue une personne vivant dans l’oisiveté, aux dépens des autres, de la société. Je puise mes substances vitales dans un organisme hôte, l’état. Je suis superflue, encombrante, écœurante comme un vers. Je m’immisce, je m’accroche, je profite. Enfin, c’est l’image que me renvoie la société.
Pourtant, je n’ai pas changé, je suis toujours moi ?
Je suis coupable aux yeux de tous de ne pas trouver de travail, car si je n’en trouve pas au bout d’un certain temps, c’est forcément suspect. C’est que je ne cherche pas vraiment ou que je suis trop difficile. Posez-vous la question si vous accepteriez n’importe quel travail ou n’importe quel salaire, ou si vous le souhaiteriez pour vos propres enfants.
Si je n’ai pas de feuille de paie à la fin du mois, je ne suis plus rien. Il faut gagner sa vie. Tout ce que je fais bénévolement ça ne compte pas. Si je « gagne » le rmi, ça signifie forcément que je traîne au lit, que je suis alcoolique. Et encore, je n’ai pas d’enfants sinon on me ferait comprendre que je cumule les allocations.
Comme les parasites, j’ai perturbé les signaux des autres. Certains enviaient mon temps, ma liberté. Alors ils m’envoyaient au visage leurs vacances, leur salaire. Des moments de désespoir et de frustration, j’en ai eu plein. Essayez de vraiment vivre avec moins de 500 euros par mois. Il n’y a rien de facile et heureusement me direz-vous. Il faut mériter de survivre. Il faut sans arrêt se justifier. Quoi répondre dans une soirée à Et toi tu fais quoi dans la vie ? Je suis au chômage, je suis au rmi. Dans l’esprit des gens ça veut dire en gros que tu glandes du matin au soir ou que tu l’as bien cherché. Tu peux toujours dire, je fais ci ou ça dans l’esprit des gens le mal est fait.
On nous fait sentir à chaque instant qu’on est hors norme. Les gens ont peur de devenir comme nous, se mettent à se gratter frénétiquement à notre approche. C’est comme s’ils risquaient d’être contaminés par notre seule présence. C’est vrai qu’ils devraient savoir que plus personne n’est à l’abri.
Heureusement, on en rencontre d’autres des comme nous, certains épanouis, d’autres déprimés. Avec eux j’ai appris, j’ai ouvert les yeux, j’ai arrêté de les juger. Avec ce temps si précieux, j’ai créé de mille manières, rien de quantifiable matériellement parlant.
Au fait, j’ai trouvé du travail, un vrai qui me correspond. Il paraît que je suis redevenue une personne bien mais jusqu’à quand ?. Après tout je n’ai qu’un contrat d’un an.
Comme toujours, le pire se déroule sans trop craindre les remarques de "la communauté internationale". Quel est donc le secret de cette dilution des énergies face
à l'inacceptable? En attendant j'ai regardé sur "rue 89" ces images de la répression. Ce faisant, je n'ai pas l'impression d'avoir aidé à quoique ce soit, juste mis en évidence dans mon esprit, au
delà des nouvelles entendues à la radio ou lues dans les journaux, une idée plus précise de ce que représente le courage.