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Le temps qui passe

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Plans fixes sur les quais

Toujours  dans la suite à dialogues plutôt que monologues et les aventures du capitaine Igloo je vous propose cette nouvelle de Karine Bergami...toute ressemblance...

ET VOUS SEREZ TOUS REINSERES
 
 
Le maire d'une charmante bourgade endormie du sud de la France, appelée Cigalous, avait décidé d'éradiquer le chômage sur sa commune. Un jour, ayant quelque peu abusé de la boisson locale anisée, il se fit la réflexion que s'il n'y avait plus de chômeurs il n'y aurait donc plus de chômage. Dès lors, il trouva un sens à sa vie, il fallait exterminer les chômeurs et surtout les chômeurs de longue durée, en fin de droits ou rmistes, ceux qui résistaient au monde du travail. Il ne connaîtrait pas le repos avant que cela ne fût fait. Il organisa des brigades de lutte contre le chômage, dénommées BLC qui de jour comme de nuit ratissaient les ruelles du village à la recherche d'oisifs. Il est bien connu que le chômeur est par essence même oisif, déprimé. Il se terre chez lui devant la télévision, branchée sur la première chaîne, abusant de stupéfiants, ou il traîne au café, sur la place dès les beaux jours à jouer à la pétanque. Les employés municipaux appartenant aux BLC, recevaient une prime pour chaque chômeur embarqué, créant ainsi une saine émulation au sein du peloton. Quelques rares dommages collatéraux à signaler, il se trouvait parfois que certains artistes furent embarqués par erreur. Pour excuser quelque peu les BLC, c'est vrai qu'il est très dur de différencier un artiste d'un chômeur. Seuls ceux pouvant justifier de revenus liés à leur art étaient relâchés, les autres assimilés aux chômeurs de base. Car créer, c'est bien connu c'est une combine pour ne rien faire, car si personne n'achète vos oeuvres, c'est que vous êtes médiocre et qu'il vaudrait mieux faire autre chose, pour être enfin utile à la société. Parmi ces pseudos artistes, à signaler la présence, en augmentation ces dernières années, de Parisiens fainéants, venus se la couler douce dans le sud de la France alors que nos enfants, nés ici, eux c'est un comble sont obligés de remonter pour trouver du travail.
L'expérience semblait bien fonctionner, il ne se passait pas une semaine sans que des journalistes ne viennent voir cette nouvelle politique communale qui déjà servait de modèle ailleurs. Il n'y avait plus le modèle suédois, anglais ou danois mais le modèle cigalois. Il est vrai que les résultats étaient là, 95% de chômage en moins. Les chômeurs une fois embarqués, étaient enfermés au Fort, qui abritait autrefois la confection de chaussures de sécurité, véritable fierté locale, désormais délocalisée en Chine. Maintenant, les chômeurs ne chômaient plus, ils étaient pris en main du matin au soir, travaillaient pour la commune à moindre coût contre le gîte et le couvert. Le dimanche était chômé, ils pouvaient alors sortir mais devaient être à leur poste le lundi matin à
8 h précises sous peine de poursuite, chien aux fesses. Il avait fallu embaucher des surveillants, des maîtres-chiens. Le budget de la commune se portait à merveille car tout nouveau chantier était confié aux travailleurs du fort. La ville était fleurie comme jamais, pas une crotte de chien à l'horizon, toutes les façades étaient ravalées, une vraie carte postale.
Tout aurait été pour le mieux, hélas quelques chômeurs dissidents avaient échappé aux rafles. Ils s'étaient organisés en réseaux, communiquant par code. Ils se retrouvaient deux fois par semaine, dans un lieu connu d'eux seuls, à la nuit tombée pour des raisons évidentes de sécurité. Ils échangeaient des informations, laissaient libre cours à leurs pensées et leur imagination durant des ateliers d'écriture. Il s'agissait d'un amas hétéroclite de gauchistes, altermondialistes, anarchistes, écologistes et autres istes hostiles à toute idée d'insertion. Incapables de vivre comme tout le monde, de respecter l'ordre, les horaires, tout ce petit monde était quasi ingérable…A suivre


Karine Bergami


Suite aux pages du Capitaine Iglooigloo "conqué aux ateliers d'écriture" et après "le préambule" de Karine,   la discusion se prolonge avec Anne.

Des hommes en colère.…tout simplement.
 
Cette société ne correspond pas à notre idéal. Alors que faire ?
Dénoncer comme le fait Philippe avec talent et humour ?
Exprimer ce que l’on ressent quand on se sent exclu ou mal compris comme Karine ?
Regarder tout ça avec philosophie en applaudissant le couailleur comme François ?
Tenter de comprendre et tenter de voir le bon côté des choses comme je tente de le faire ?
Oui tenter de voir le bon côté des choses parce qu’il ne faut pas se plaindre de ce que nous vivons en France. Dénoncer est important pour que la liberté et le respect de l’humain persiste à préoccuper notre gouvernement, notre pays. Mais le quotidien c’est nous qui le vivons et il y a des choses que l’on ne peut pas changer à défaut de les dénoncer.
Alors parler, échanger, hurler, pleurer, rigoler, aimer, adoucir…oui la vie.
Ne pas avoir le boulot qu’on aime ou pas de boulot est douloureux surtout lorsque l’on nous accuse de cette situation dont on n'est pas forcément responsable. Pour traiter ce point sur le plan national chaque gouvernement traîne ses boulets. Ne pas perdre nos acquis est une préoccupation légitime mais les temps évolues avec ou sans nous. Car finalement nous sommes tous des sujets, des gens particuliers et aucune société ne peut considérer certains humains sans laisser pour compte d’autres… De toutes façons quoique je vote je suis déçue.
Oui beaucoup de choses à dire sur l’ANPE et son fonctionnement ; sur la considération des sans emploi par les avec-emploi ; sur des réunions ou des formations qui sont inutiles pour certains ; sur l’argent employé ici alors qu’il serait plus urgent de le dépenser ici…
Parlons, racontons, témoignons, réclamons…
Je ne fais pas de politique, je fais ce que je peux avec ce que mon pays me donne tout en étant en colère parfois, contente d’autres fois… N’oublions notre chance de vivre en France malgré les difficultés. Aujourd’hui chacun se bat seul finalement avec certaines bonnes ou mauvaises rencontres et ceci quelque soit notre idéal. Mais qui fait la bonne ou mauvaise rencontre ? Nous. Comment se sort-on d’une situation difficile ? Seul…avec les outils mis à notre disposition...et parfois le costume est mal taillé. Parfois nous rencontrons des gens bienfaisants (même à l’ANPE) et ça nous aide.
Je choisis de faire avec ce que l’on me donne dans notre société actuelle pour être utile tout de suite, maintenant et aboutir à des réalisations concrètes. C’est ma façon de me rendre la vie intéressante...C’est dur mais c’est une forme d’idéal, elle vaut ce qu’elle vaut…
commentaire n° : 5 posté par : AnneKaKa le: 10/10/2007 08:56:17
 
 

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Commentaires

Je suis OK pour le dialogue.  En guide de préambule.... Karine

 PARASITE DEPUIS PEU


Dans ma vie d’avant, je faisais partie des vainqueurs, des nantis, bon travail, bon salaire, pas de question à se poser au moment de remplir son caddie. Et puis il y a eu perte d’emploi, déménagement dans un monde inconnu.

Je suis alors devenue une personne vivant dans l’oisiveté, aux dépens des autres, de la société. Je puise mes substances vitales dans un organisme hôte, l’état. Je suis superflue, encombrante, écœurante comme un vers. Je m’immisce, je m’accroche, je profite. Enfin, c’est l’image que me renvoie la société.

Pourtant, je n’ai pas changé, je suis toujours moi ?

Je suis coupable aux yeux de tous de ne pas trouver de travail, car si je n’en trouve pas au bout d’un certain temps, c’est forcément suspect. C’est que je ne cherche pas vraiment ou que je suis trop difficile. Posez-vous la question si vous accepteriez n’importe quel travail ou n’importe quel salaire, ou si vous le souhaiteriez pour vos propres enfants.

Si je n’ai pas de feuille de paie à la fin du mois, je ne suis plus rien. Il faut gagner sa vie. Tout ce que je fais bénévolement ça ne compte pas. Si je « gagne » le rmi, ça signifie forcément que je traîne au lit, que je suis alcoolique. Et encore, je n’ai pas d’enfants sinon on me ferait comprendre que je cumule les allocations.

Comme les parasites, j’ai perturbé les signaux des autres. Certains enviaient mon temps, ma liberté. Alors ils m’envoyaient au visage leurs vacances, leur salaire. Des moments de désespoir et de frustration, j’en ai eu plein. Essayez de vraiment vivre avec moins de  500 euros par mois. Il n’y a rien de facile et heureusement me direz-vous. Il faut mériter de survivre. Il faut sans arrêt se justifier. Quoi répondre dans une soirée à Et toi tu fais quoi dans la vie ? Je suis au chômage, je suis au rmi. Dans l’esprit des gens ça veut dire en gros que tu glandes du matin au soir ou que tu l’as bien cherché. Tu peux toujours dire, je fais ci ou ça dans l’esprit des gens le mal est fait.

On nous fait sentir à chaque instant qu’on est hors norme. Les gens ont peur de devenir comme nous, se mettent à se gratter frénétiquement à notre approche. C’est comme s’ils risquaient d’être contaminés par notre seule présence. C’est vrai qu’ils devraient savoir que plus personne n’est à l’abri.

Heureusement, on en rencontre d’autres des comme nous, certains épanouis, d’autres déprimés. Avec eux j’ai appris, j’ai ouvert les yeux, j’ai arrêté de les juger. Avec ce temps si précieux, j’ai créé de mille manières, rien de quantifiable matériellement parlant.

 

Au fait, j’ai trouvé du travail, un vrai qui me correspond. Il paraît que je suis redevenue une personne bien mais jusqu’à quand ?. Après tout je n’ai qu’un contrat d’un an.

-Bonjour, je DSCF0042.JPG suis chargé de vous présenter les ateliers d’écriture…d’emblée, je dois dire qu’il s’agit bien d’une invitation, même si ce n’est pas si clair enfin bon… L’homme parle d’une manière hésitante, et avec embarras. Il demande à chacun de se présenter en un tour de table, incitant les participants à aller au-delà d’une simple déclinaison de son identité et provenance. Cette observation, en dehors des deux premiers, sera vite escamotée par tous. Le responsable d’antenne lui rappellera qu’il avait omis de se présenter. A ses cotés, une femme prend aussi de temps en temps la parole et ponctue la présentation du projet, en tant qu’animatrice également. Ces deux là sont des journalistes payés par le conseil général, pour ce travail au sein de l’association Inter aide.
 En plus des trois cités, une quatrième intervenante, certainement travailleuse sociale, contribue elle aussi de temps à autre à la discussion qui tarde à démarrer. Elle tente de relancer un échange qui s’enliserait s’il avait eu lieu. Elle parle des « porteurs de projets » que nous serions, poncif ou concept fort utile au champ lexical bien fourni du petit monde de l’insertion, à défaut d’être doté de moyens réels. Enfin, les mots sont importants. Ainsi ce matin, sommes nous réunis autour de phrases figurant sur l’invitation telles que : « goûter à la saveur des mots » ou encore, « S’inviter à la fête du sens,… pour agir au jour le jour… »
 Nous en sommes tous à continuer à nous dévisager, hormis trois ou quatre qui semblent suivre avec attention la présentation qui se poursuit.
 – Moi, c’est T…, à propos vous n’auriez pas un tracteur…rires
Je pense au film d’animation Nemo, que j’ai vu avec ma petite fille, à la scène où deux requins devant une maigre assistance de petits poissons requis, se présentent dans cette improbable réunion sous-marine :
-«  bonjour, je m’appelle Bruce, les poissons je n’en mange plus, les poissons sont nos amis… »
 – bonjour je m’appelle D…, dit la jeune femme, moi je ne sais pas si çà m’intéresse, au départ je voulais faire un stage de poterie, mais je n’ai pas eu le financement…
- Justement, lui répond l’animateur, nous proposons également, la découverte et l’utilisation de l’ordinateur et l’accès à internet. De cette manière, par exemple, vous pouvez voyager, étudier la technique des Kunas au Japon… La jeune femme en reste bouche bée, « la technique des Kunas au Japon » réponse aussi inattendue qu’à propos…
- ben… fait-elle.  Mais elle se reprend et se montre plutôt intéressée.
- moi, dit la suivante, affligée de lunettes de soleil, l’ordinateur, je ne peux pas. C’est impossible, plus de cinq minutes et j’ai les yeux explosés. C’est comme avec les néons…
 Justement,  la lumière des néons, c’est comme si il en pleuvait depuis le plafond tapissé de tubes dispensant également un surcroit de chaleur, donnant à la pièce l’atmosphère étouffante des salles de classe en fin de matinée.
- on peut travailler à votre place…répond la troisième intervenante.
- on va penser à un autre type d’éclairage dit l’autre.
Il poursuit en insistant sur l’importance de renouer pour tous du lien social :…
-vous savez, selon une statistique, il est prouvé que 70% des mariages sont issus de rencontres nouées sur le lieu du travail…Trop fort l'animateur, trop heureux d'avoir provoqué un sourire dans l’assistance soudainement soulagée à la pensée à ce supplément d’exclusion sans frais…
 
 
Suite dans : comment on pourra fabriquer un vrai recueil et un Cd pour aller à la Radio,  et oui Radio Escapades et le présenter… Youpi, (digression de l’auteur en proie à une joie indicible à ce moment de l’action...) 
 
  
 
 
                                                                     




                                                                     Free Burma




                 

                                              
                                        De Syahrin Aziz


De Bidorto

Alors j’y suis allé, en grommelant dans ma caisse. En arrivant dans les anciens locaux de L’ANPE, transférée ailleurs en périphérie de la petite sous préfecture, j’ai demandé, volume un poil trop fort vu le trouble de la dame affable qui m’accueillit : « je suis convoqué aux ateliers d’écriture…- bonjour, euh, non c'est-à-dire que ce n’est pas une convocation, c’est une invitation… »Et j’entrai, à son invitation dans une salle où s’entassaient déjà une vingtaine d’invités convoqués et, il m’a semblé, quatre animateurs pour cette rencontre. On se regardait, la plupart un peu gênés, voyant dans le regard de l’autre, tiens t’en es aussi, ah ben elle aussi, çà, je n’y aurais pas pensé. Et puis on voyait aussi sa gueule, celle qu’on avait dans le regard de l’autre et çà, çà valait tout un roman. Quand les pauvres se regardent, ils voient tout ce qui leur manque, une meilleure santé, physique ou morale, un  peu d’air, de l’assurance et de la joie, et surtout de la tune. Eh oui, le rmiste de base sait bien qu’on n’en trouve pas sous le premier bureau de l’insertion qui le convoque à une invitation. Et puis, on a dû tous émarger une feuille de présence ou d’invitation. Il y avait trois cases, nom, prénom, signature. Evidemment, je « m’ai gouré », je n’ai pas voulu dissocier mon nom de mon prénom qui vivent ensemble depuis si longtemps, genre de petite rébellion sortie tout droit de mes années de classe, où je refusais obstinément d’inverser patronyme et prénom…Justement, l’ambiance était à la classe, genre c’est la rentrée, va falloir en mettre un coup… - Vous savez, dit le responsable de l’antenne, nous avons un gouvernement un peu…enfin çà pourrait redescendre à notre niveau, et certains d’entre vous n’ont plus de contrat d’insertion…avertissement…suppression…. Tout cela était dit d’une petite voix, trahissant quelque embarras de la part de cet homme à l’allure discrète, dont le travail doit à mon avis s’apparenter à trouver un aménagement et un espace de considération pour celles et ceux qui s’aventurent quelque part entre le marteau et l’enclume…
 
A suivre dans : «  Bonjour, je suis chargé de vous présenter les ateliers d’écriture…d’emblée, je dois dire qu’il s’agit bien d’une invitation, même si ce n’est pas si clair enfin bon…"   
28161002.jpg Comme toujours, le pire se déroule sans trop craindre les remarques de "la communauté internationale". Quel est donc le secret de cette dilution des énergies face à l'inacceptable? En attendant j'ai regardé sur "rue 89" ces images de la répression. Ce faisant, je n'ai pas l'impression d'avoir aidé à quoique ce soit, juste mis en évidence dans mon esprit, au delà des nouvelles entendues à la radio ou lues dans les journaux, une idée plus précise de ce que représente le courage.
 Voir.....
http://rue89.com/2007/09/28/images-de-la-repression-en-birmanie

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