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Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
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"Le ministère de la douleur" de Dubravka UGRESIC (Albin Michel). Une douleur insondable. Celle qui afflige l'auteure, Dubravka Ugresic et qui
suinte au détour de chaque phrase. Celle qu'elle transfère dans chacun de ces personnages. Elle qui ne dissimule pas son regret plus que sa nostalgie pour cet état
multiculturel que fut la Yougoslavie. Qui évoque donc le drame de la rupture, de cette heure sacrilège où non seulement, on décide de ne plus vivre ensemble, mais où l'on
s'accoutume à véhiculer la haine de l'autre, le voisin, l'ami ou le parent d'hier. Ce roman de et sur la fracture met en exergue les refus de la trahison, de
l'asservissement à l'un ou l'autre camp. Ce roman est un cri de colère contre une guerre immonde. Mais s'il s'enracine dans ce que fut le terreau yougoslave, il acquiert par
ailleurs une vertu cardinale. Celle qui contraint le lecteur à s'interroger sur la multitude des périls qui menacent l'univers apparemment chloroformisé au sein duquel il survit.
Comme un appel à la vigilance. Comme un tocsin qui sonnerait sans relâche pour le contraindre à garder l'esprit et le coeur large ouvert à l'autre, aux autres. Un roman plus qu'utile,
un roman indispensable. L'oeuvre majeure d'une auteure accomplie.
"L'homme qui tombe" de Don DELLILO (Actes Sud). Encore une fois le hasard des disponibilités sur les rayonnages de la bibliothèque de Montpellier.
Puisqu'il existe une évidente parenté entre le roman de l'américain et celui de la yougoslave. Le recours, pour l'une comme pour l'autre, au matériau historique comme socle du
récit. Chez Delillo, la matinée du 11 septembre 2001. Sans rien de tout ce qui constitue l'ordinaire des témoignages sur ce drame hors du commun. Les bons sentiments. Le repli
identitaire. Entre autres. Rien de cela chez Delillo. Mais, au contraire, une sorte de subtile allégorie. Le tableau d'une apocalypse. La fin d'un monde. L'errance du survivant
dans un environnement qui plus jamais ne sera à la ressemblance de ce qu'il fut. Le rêve américain qui s'achève dans le brasier d'un enfer. Voilà bien, là encore, un roman
d'exception. Tant il contraint à observer les tumultes d'aujourd'hui sans le moindre a priori, comme une sorte de prolongement, et non un post-scriptum, à l'histoire des heures les
plus sombres de l'humanité.
"La Réserve" de Russel BANKS (Actes Sud). Comme une déception. Qui résulte de mon attachement à cet écrivain américain, à son oeuvre. Ici,
l'histoire de la riche héritière qui se conjugue à celle d'un peintre qui fréquente les grandes pointures de son temps (Dos Passos, Hemingway.....), ces histoires superposées sont
cousues de fil blanc. Même si la Guerre d'Espagne sert de toile de fond au récit. Je me suis tenu à distance respectable de ce roman "hollywoodien". Peu ou pas du tout convaincu.
Malgré l'épaisseur concédée à quelques personnages "secondaires". Dont l'épouse du peintre, trompée, bafouée, raide dans ses bottes. Au bout du compte, un roman qui accumule de quoi
fabriquer un film à la mode Eastwood. Ce qui n'a rien de déshonorant, au demeurant. Reste enfin que Banks demeure un remarque "raconteur" de la nature, en l'occurrence, et pour ce
roman, les Adirondacks
"Le chemin des sortilèges" de Nathalie RHEIMS (Léo Scheer). Pardon? Pas la moindre référence à Bruno Bettelheim, à sa "Psychanalyse des contes de
fées"? Superflue, sans aucun doute. Puisque l'auteure fut accompagnée, dès son plus jeune âge, d'une multitude de bonnes fées, toutes plus cossues les unes que les autres.
Avant que solliciter le soutien
des éditions du Seuil, Catherine Lépront aurait peut-être dû interroger le refuge de la SPA le plus proche de son domicile.
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"Toutes ces vies qu'on abandonne" de Virginie OLLAGNIER (Liana Levi). D'un
solersissimme point de vue, voilà un roman comme il ne devrait plus s'en écrire, un
roman hors d'âge. Et pourtant. Le lecteur sans doute finissant que je suis ne renie
rien du bonheur qui fut sien lors du parcours de ce récit. Décembre 1918. Annecy. La
médecine, et en particulier la (toute jeune) médecine psychiatrique tente de réparer
les machineries humaines broyées du côté de Verdun. Une jeune infirmière, novice (au
sens papistouilleux de la chose) prend en charge une des victimes. Une sorte
d'autiste. La suite ne se raconte pas. Ca vibre d'humanité. C'est tout plein des
échos des doutes et des interrogations d'alors. Rien de gnangnan ni de larmoyant. Un
roman dont je suis sorti en me disant: "Tu viens de croiser une écrivaine d'avenir".
Un constat somme toute rassurant ce ces temps d'angoteries.
"Ritournelle de la faim" de J.M.G. LE CLEZIO (Gallimard). "J'ai écrit cette histoire
en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans." Le
Clézio, au confluent de ses cultures. De l'Océan Indien jusqu'aux rivages de la
Méditerranée. Lorsque l'Histoire précipite les débâcles familiales, intimement liées
aux furies des tempêtes. Le Clézio restitue les mémoires. Celle de sa famille. Celle
d'une France soumise (et si souvent consentante) au nazisme. "Les fleuves lavent
l'Histoire, c'est connu. Ils font disparaître les corps, rien ne reste très
longtemps sur leurs berges." Les corps ressuscitent le temps d'un roman. Le plus
âpre des plus récents romans de Le Clézio. D'une effrayante et admirable lucidité.
"Bastard Battle" de Céline Minard (Léo Scheer). Un (très court) exercice de style.
Comme m'en réclamait Michel Joly, ce professeur de français dont je garde un
impérissable souvenir. Ce qui ne sera nullement le cas de ce roman.
"Un hôpital en enfer" de Toby LITT (Phébus). Un (très long) pensum. Qui ne génère
des sourires que dans sa première partie. Le récit s'enlise ensuite dans les
redondances. Il est vrai que je ne suis pas un adepte de la littérature dite
"fantastique".
"Colère et temps" de Peter SLOTERDIJK (Maren Sell). Tout (ou quasiment tout) est
passé à la moulinette du philosophe allemand: la psychanalyse, les Révolutions,
l'Islam, les communismes... Avec, pour point de départ Homère et 'Iliade". Puis des
rencontres avec Platon, Heidegger, Derrida (entre autres). Je ressors de ma lecture
nanti de quelques frustrations qui n'atténuent ni n'édulcorent mes colères.
Lesquelles, malgré le temps, ne cessent de s'exaspérer. Sans qu'aucun exutoire
collectif ne soit en mesure de leur donner du sens.
"La Cadillac des Montadori" de Marie FERRANTI (Gallimard). Sauf erreur ou omission de ma part, Marie Ferranti ne cite jamais le nom de la contrée qui constitue le
cadre de son roman. Mais chaque détail descriptif laisse deviner ou comprendre qu'il s'agit de la Corse. Un vieil homme agonise. Un vieil homme qui régentait tout, qui régnait sur tout. Un homme
qui, dans son dernier souffle, révèle un secret qui va bouleverser l'existence de celui auquel il est confié. Dans ce roman concis, ciselé, Marie Ferranti installe les protagonistes d'une
tragédie moderne qui puise ses racines dans une histoire et des traditions séculaires. Le dépouillement, la rigueur; le dénuement confèrent au roman ce climat si révélateur, si proche des
problématiques actuelles de cette terre sur laquelle une identité collective se reconstruit au prix du sang, du silence et des larmes.
fleurs et tomates