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Le temps qui passe

Janvier 2008
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undefinedAllez, encore un épisode dans mon histoire de papiers perdus...

Pour assurer  dans mon petit boulot, bien sûr, il me faut mon permis de conduire et bien sûr celui -ci figure dans le lot de toutes les pièces qui m'ont été subtilisées à la gare de Lyon. La police a bien sûre refusé de me faire une déclaration de perte au motif, que mon permis m'ayant été délivré avant Septembre 1978, celui ci n'est donc  pas répertorié dans les fichiers informatiques. Bon suite à pas de bol, c'est deux fois pas de bol, parce que j'en ai besoin pour me faire un duplicata. mais je ne me décourage pas...J'ai même l'idée de m'adresser à la bonne préfecture de Quimper qui m'avait en son temps délivré le permis. Mais là, depuis vendredi, choux blanc, je n'obtiens aucun renseignement utile...jusqu'à ce que ce midi, un coup de fil d'une personne très sympathique, ( z'ont toutes été sympa à la préf de Quimper, à défaut d'autre chose, çà me change des commissariats),  une dame fort sympathique donc, me prévient  qu'il y a un problème...Dans les salles d'archives où dort tranquillement l'objet de toute mon attente, un mystérieux champignon progresse parmi les documents et en interdit l'accès au personnel qui craint une...contamination. Vu que conduire sans permis dans cette période de chance qui me caractérise, c'est moyen comme idée, j'ai insisté...Peut être qu'elle ira avec des gants et un masque demain qu'elle m'a dit la dame sympathique...
Je vous assure, je ne l'ai pas fait exprès, si çà continue, je vais provoquer une contamination, pourquoi pas des épidémies, et puis un mouvement de panique générale, la chute libre cette fois ci des places boursières, l'effondrement de la consommation, des grèves générales, des émeutes, une guerre civile, des attentats, des champigons jusqu'aux sièges de Bruxelles et Strasbourg,l'annulation de l'Eurovision et du mariage princier de la république de Marnes La vallée, peut être le décès de chefs d'état étrangers en visite à Disneyland, d'où une troisième guerre mondiale, d'où une pollution nucléaire, bactériologique et chimique, d'où la fin du monde, d'où je vais probablement me faire engueuler par une quelconque " haute autorité transcendante". Je n'ai pas forcément vocation à laisser une trace dans l'histoire, surtout si c'est la fin de l'Histoire, forcément c'est pas utile. Et c'est gênant quand même. 
Ami cleptomane, au regard suspect et concupiscent sur le sac de ton voisin de voyage, ne pique ce sac, au besoin, porte le aux objets trouvés, en plus de rendre quelqu'un d'heureux de retrouver la chance tu peux  aussi éviter la fin du monde...

undefinedJe ne veux pas tout comparer dans ma situation avec l'état de contrariété et de frustration permanentes que rencontrent ceux qu'on appelle "les sans papiers". Non, ma situation n'est en rien comparable. Seulement, c'est comme un petit stage à travers une absurdité de  nos sociétés qui ne tolère aucune caractéristique qui fait de l'humain, un être humain, avec le droit à l'erreur, à l'imperfection, à l'oubli un instant seulement, à la soufrance et, à la peine, à la joie aussi, à l'effervescence...Je vais repartir poursuivre mon travail, un peu malade, un peu angoissé, je n'irai pas voir le médecin, car plus de carte vitale, plus de "CMU", plus de possibilité pour le moment de retirer de l'argent, un peu stress d'être sans permis, je n'ai pourtant commis "aucune faute", sinon de m'être fait subtilisé mon sac. Elle est là l'erreur, être un instant vulnérable. La société ne tolère pas qu'on soit vulnérable...Je m'en sortirai, je demanderai de l'aide où je pourrai, mais cette petite épreuve me montre à quel point, "les ombres" qui errent dans notre pays, à l'affût du moindre espoir " d'intégration", doivent souffrir dans l'anonymat et l'état de clandestinité, dans le fait de ne pas exister pour les autres, sinon en parias ou en reclus.

P1030162.JPGQuand tout à coup je me suis dit bon sang mais c'est bien sûr, je suis né dans cette bonne ville...allons de ce pas à la mairie de l'arrondissement où feu mon papa me déclara. Les fantômes en ces murs me reconnaitront à coup sûr, eux aussi. J'y suis donc allé, et je me suis avancé à travers salles et colonnes jusqu'au bureau de l'état civil où un employé me fit signe que c'était à moi. Je luis expliquai, à cet homme fatigué, un peu morne, pas gai quoi. Il me dit remplissez le formulaire. Déjà, quand on remplit un formulaire, passe du temps pendant lequel on ne se sent pas immédiatement rejeté par un système qui a tout prévu d'avance, te faire chier au maximum, afin que tu te sentes tout petit face ce qui reste indéfini à savoir ce qu'on appelle peut être la société ou bien même la civilisation... Je remplis donc mon formulaire mais je m'arrêtais net dans la dernière partie, où l'on me demandait de préciser les références de mes pièces d'identité que j'avais perdues...J'expliquai alors à l'employé que j'espérais obtenir de lui une fiche individuelle d'état civil afin d'être en possession d'un  premier document me permettant d'avancer dans la récupération de mon identité. Il rit. Il rit encore. Je vois dit il, eh je vais vous faire çà, et allez au commissariat deux rues à droite en sortant et demandez leur une déclaration de perte...Vous revenez avec, et là je vous fais une vraie déclaration d'état civil...je courus presque jusqu'à ce commissariat...Ambiance connue déjà, là point de dame à terre, ni de gardé à vue exprimant bruyament son désacord quant à son incarcération, juste un gamin d'une dizaine d'années, entouré de ses parents qui expliquait à l'agent prenant sa déposition comment il se faisait raquetter tous les jours à la sortie de son école. J'avançais, expliquais mon "problème "et essuyais le même refus qu'à l'habitude  à savoir point de papiers, points de papiers.
 Je sortais alors, fier de moi mon précieux "aus weiss"  qui décidait alors l'agente de police à me remplir une déclaration de perte...mais que pour la carte d'identité, parce que pour votre permis, comme il a été  fait avant septembre 1978, il ne sort pas sur les fichiers , vu qu'il n'a pas été informatisé...
-donc pas de déclaration de perte possible pour le permis...
- donc pas possible de faire un duplicata....
- eh oui...
- donc je vais conduire sans permis....
-ah non...
- ah si...
- pour l'opposition concernant ma carte bleue et mon chéquier , la responsable de l'agence de ma banque m'a demandé pour confirmer l'opposition une déclaration de perte, au commissariat...
- c'est toujours pareil, les banques n'y connaissent rien, çà ne se fait pas
- mais si, elle m'a ssuré que...
- mais non...Vous comprenez, un agent qui a une vraie conscience professionnelle et vous n'obtenez même pas cette déclaration que je vous fais...
je suis donc reparti, en me disant que j'avais de la chance d'être tombé sur quelqu'un qui n'avait pas de vraie conscience profesionnelle, parce que un flic donc qui a une vraie conscience professionnelle, il te pourrit la vie, jusqu'au trognon... Avec ma seule déclaration de perte de ma carte d'identité certes , mais avec le sentiment que ma vie avait avancé de dizaines de kilomètres de métro, de trottoirs et de diverses cogitattons liées au travail qui risquait de me passer sous le nez à cause de cette mésaventure. De l'inutile, du temps passé à l'inutile, offert à la vacuité, pisser sur l'infini.
A la mairie, je reçus enfin une fiche d'état civil...Bon et maintenant...
Dans la rue trainaient des africains, des gens couverts sous de capuches, l'air triste, peut être parmi eux des sans papiers, pour qui mon aventure serait un simple délice, dans cette jungle Kafkaïenne sous le ciel gris de Paris.

 

P1030084.JPGBon, ben voilà, je continue mes allers et retours entre différents commissariats pour changer un peu, pour faire différent, voire pour espérer une autre issue que la réponse bête, « mais vous dites que vous avez perdu vos papiers , qu’est ce qui me dit que ce n’est pas pour vous en faire d’autres ? » Et ben oui, justement monsieur l’agent, bonne pioche, c’est un bon début, avec une déclaration de perte, je vais pouvoir espérer m’en refaire…
- et non, on ne peut pas faire çà, pour cela il me faut des papiers…
- et ben je ne peux pas puisque que je suis venu vous dire que je n’en ai plus vu que je les ai perdu, et vu que le commissariat précédent m’a dit que je ne pouvais pas parler de vol…enfin de mon point de vue, le sac a bien volé, ou alors il s’est désintégré à l’insu de son plein gré, enfin je l’ai plus quoi…
- je ne peux rien pour vous…
- mais quand même, il faut bien commencer par quelque chose, pour reprendre le début, vous savez, des papiers pour bosser quoi…
- je ne peux rien faire, je suis désolé, il faut vous faire à cette idée, vous devez présenter des papiers…
-mais sans identité et sans déclaration de perte ou vol, je ne peux pas récupérer un permis de conduire pour travailler,
- c’est comme çà….allez monsieur çà suffit, voyez pas qu’on est occupés…
Sur ce, à grands cris, une grosse madame africaine est envoyée direct  de la porte d'entrée au sol où elle glisse comme un sac, propulsée par deux grands gaillards de policiers qui la bloquent aussitôt au sol comme un gros paquet qu’on plaque pour qu’il ne prenne pas au vent…Moi je lui dis qu’ils ne font pas un boulot facile, faire du lancer de femme sur le carrelage tout en restant inflexible face au désarrois du citoyen de base qui reste perplexe sur la loi qui somme toute est assez con pour peu qu’on y réfléchisse même sans grandes études, enfin des études du niveau d’un agent de police.
Je poursuis…
- mais en fait, là, je vais être obligé de conduire sans permis de conduire,
- ah ne faites pas çà, je vous le déconseille
- pourquoi ?
- si vous vous faites arrêter…
- comme vous me dites que je ne peux prouver mon identité, je ne risque pas grand-chose, à part une expulsion, voyons, Berry ? Bretagne ? OC ? Algérie? 
- non là vous risquez gros…
- vous croyez qu’on va retrouver mon identité dans ce cas ?
- y’a des chances oui
- ah, c’est un début…
La dame est toujours par terre et essaie de se relever, mais ils la maintiennent. C’est ce qu'on doit appeller du maintien de l’ordre sans doute. Mais l'ordre qui est par terre, gueule sa rage et son impuissance face à la force publique qui ne ménage pas son énergie.
 
La suite dans : voyage dans le bureau d’état civil d’une mairie, rencontre d’un employé goguenard et qui n’est pas dans la police, d’où un poil de compréhension et découverte d’un nouveau commissariat…
Et j’arrivais dans la capitale, content. Le train entrait en gare et je pensais déjà au travail que j’allais commencer d’ici deux jours. C’est pas la grande affaire du siècle, non un petit cachet d’intermittent, mais par les temps qui parait ils courent, comme je l’ai dit , j’étais content…Comme un bonheur n’arrive jamais seul, précédant l’arrivée je me suis occupé de mes bagages, en l’occurrence mon gros sac, rangé à deux mètres de mon siège, le temps de le récupérer et…le petit sac posé négligemment à ma place, avec tous les papiers dedans, s’était volatilisé…et mon voisin aussi et puis tout le monde s’éparpillait sur les quais tandis que je restai comme un con et désemparé de subir pareille mésaventure. Je suis allé à l’accueil de la gare, qui m’a très peu gentiment renvoyé sur le commissariat de la gare. Là , entre les cris d’un gardé à vue qui gueulait son désespoir et son appétit contrarié qu’à cette heure il n’était point encore servi, à grand renfort de coup de pieds dans les cloisons et les murs, les policiers de service, m’écoutèrent, me permirent de téléphoner à ma banque pour faire « opposition », puis me soutinrent qu’il leur était impossible de me proposer une déclaration de perte de papiers vus que je n’avais pas de papiers à leur proposer pour attester de mon identité. En effet, je venais de « perdre » mes papiers, raison pour laquelle, j’étais là, pour déclarer la perte de mes papiers, déclaration nécessaire pour entamer les procédures afin de m’en procurer d’autres, et, accessoirement de pouvoir honorer le contrat de travail pour lequel j’étais à Paris.
Voilà donc où j’en suis à l’instant, à te prodiguer le conseil suivant, ami, si tu n’as besoin de rien, va donc au commissariat, et si tu as perdu tes papiers d’identité ou bien qu’on te les a « tirés », présente tes papiers pour prouver que c’est bien toi qui a perdu tes papiers. C’est absurde, mais c’est comme çà que m’a dit le policier qui commençait à me trouver un tantinet obstiné, sinon « c’est trop facile » qu’il m’a rajouté, « ben oui, si c’est facile c’est trop simple » que j’ai répondu.
C’est le grand plan des banlieues. La secrétaire d’état était l’invitée de ma radio ce matin. Son président hier se montrait quelque part sous les caméras, parait il aussi dans une banlieue. Effet d’annonce ou effet pour l’annonce, grand raout médiatique pour dire qu’il se passe quelque chose. Et puis les questions des auditeurs, et puis les réponses générales et puis le temps qui passe, et quelqu’un qui demande pourquoi, à Neuilly çà ne pète pas de la même manière, s’ensuit une réponse, qui n’est pas, il fallait s’en douter une réponse. L’exercice est difficile, l’art de répondre précisément à ce qui fâche est malaisé, d’autant plus que les causes sont évacuées. Je me souviens, capitaine d’un yacht de luxe, j’écoutais le propriétaire, en escale à Monaco, me dire, « vois tu Philippe, Monaco, c’est bien fait, c’est beau, l’argent coule à flot, il ya du travail pour tout le monde, il n’y a pas de misère dans les rues, c’est propre, les gens sont polis…quand vous aurez compris çà en France, çà ira mieux, mais le problème c’est que vous n’aimez pas l’argent…
C’est simple non ?
undefinedundefinedundefinedP1030115.JPGJour de manif ou pas, c’était samedi, et le samedi sous le soleil on traine après le marché. Une fritte à la terrasse du « Conti », comme avant. Comme avant quoi ? Comme avant de ne plus y venir, et de rester chez soi dans l’ennui, à l’ombre de cette vieille France qui rancit,  comme avant de ne plus prendre le temps le trainer avec ceux qui trainent. Comme avant quand je le faisais, le marché, comme boulanger. Après avoir remballé, on sonnait la fin de la semaine en allant se prendre une bière, une fritte, une demie caisse quoi avec la fatigue, avec l’envie de s’évader dans les ronds de fumée, dans les rêves de voyage dès qu’on aurait rempli cette putain de caisse qui n’en finissait pas de se remplir puis de se vider à tel point qu’on était toujours là même si de temps à autre un finissait toujours par partir, loin, un p’tit matin vers l’Asie.
C’est comme çà, que c’est reparti, que j’ai remis le couvert samedi dernier, on s’est fait inviter, un coup en terrasse, puis la fritte sauvage, la tronche à Sarko dans tous les estomacs puis, elle nous a invité le soir chez elle dans la montagne, pour un repas puis une séance « Film Bollywood », et puis la magie a opéré, l’Inde qui n’est jamais très loin d’ici, est réapparue, d’autant plus facilement que l’ambiance du moment porte à tailler la route, à se casser d’ici au plus vite pour longtemps, loin du prince cassoulet, cette « saucisse entourée de fayots » comme l’appelle Anne Roumanoff (Voir latelelibre.fr). Si je pouvais travailler plus, ce serait pour me casser d’ici, loin, très loin de toute cette farce.
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