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Le temps qui passe

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Quand Ubu fait ses courses, les chiens aboient et la France profonde…

 

Au village, sans prétentions, çà sent bien un peu. On sait pas vraiment quoi, mais quand même, ça sent un peu. A l’olfactif j’y mettrais bien aussi de l’auditif aussi inattendu qu’une bande son. De l’incongru sur le toit d’une voiture de cirque, le générique de Dallas tandis que l’inspecteur Derrick venu en villégiature et  parcourant son quai, chercherait en vain à énerver son peace-maker au motif de la délation minable d’un pauvre cœur las d’un passé de sybarite. Oui, par ici, on peut au hasard de ses pas, rencontrer l’odeur des caves qui remonte à la surface par la faveur d’un courant d’air. Ca sentirait bien un peu aussi, comme la fange  que l’on aurait écrasée puis trainée sur les trottoirs, ou bien cette odeur aigre d’un compost mal mené et qui encore paillé sent comme des chaussettes sales et cartonnées. Ici les regards s’évitent ou bien lorsqu’ils se croisent surmontent, accaccaparés, un sourire crispé. Il y a comme de l’envie de passer vite et de réprimer un mot qui n’exprime plus que la partie hypocrite d’une politesse de bon aloi entre grandes personnes contrites. Ainsi tient ce dernier rempart avant l’incivilité, sauf à des heures nocturnes en dessous de fenêtres malheureusement dépourvues  d’un seau de pisse tiède ou le courage a beuglé des onomatopées  qui seraient dignes d’un stade de foot s’ils n’étaient pas matinées d’accent cynégétique. Et puis, c’est qu’il faut y prendre garde au gros balourd qui tance le badaud estampillé d’un parcours associatif. C’est qu’il s’y croit, investi du seul honneur d’une mission de philistin qu’il estime essentielle lorsqu’il l’invective de façon péremptoire, « lorsque nous serons en place, nous vous supprimerons les subventions, il est tout fait…heu… pas normal que vous fassiez de la politique »…C’est vrai, l’ordinaire des petites gens, lorsqu’ils se penchent, un peu, pas du tout, beaucoup, passionnément,  vraiment à droite, c’est de dénier à tout autre qu’eux mêmes le droit de faire de la politique. La politique pour lui, notre balourd, c’est sale, surtout si c’est de gauche et que cela ne concorde pas avec son opinion selon laquelle, il n’est de bienséance que de souffler d’une haleine revancharde sur les braises des procès intentés. Las d’une défaite par manque d’idée, ou bien frustré et tout à la fois irrité, d’un talent d’orateur envié au dernier coco du coin qui secoua les cerveaux endormis au grand soir et au sortir du vote les miasmes des egos contrariés comme des réminiscences d’un lointain pétainisme, il pérore au milieu du pont ; il s’acharne sur sa propre colère et s’autorise en futur monarque  d’un conseil insurrectionnel ; il est  prêt à surgir pour sanctionner de quelques postillons et par une sentence aigrie le margoule moyen qu’il jette aux gémonies. « Moi monsieur, j’ai fait la guerre d’Algérie…et on m’a  appris à…  » Ignorant finalement que décidément il n’a rien appris du tout et se donnant ainsi de l’importance jusqu’ici en sourdine, dira un autre en guise de menace d’une humeur massacrante quand d’autres peinés, prostrés et abattus par tant de rancœurs attendent la venue d’un printemps meilleur pour fêter ses quarante ans. Au village sans prétentions, mis à part son festival de poésie, seul rigole le chien de Mélusine  quand il se prend à rêver du sort que lui attribuent tous les jaloux d'une carresse de sa maitresse célibataire et  nouvellement élue.

 …avant que d’aucuns ne l’affublent, ce patelin, comme partout ailleurs de ronds points ridicules et d’un gymnase pour fitness, je n’ai qu’une acrobatique ambition, en tenant aussi bien mon volant que mon pantalon, que de le traverser vite, tant qu’il est encore possible*.

 

*…dans les limites autorisées par le code de la route, cela va s’en dire…

Les Mangeurs
Ecrit par Caroline Masini - Mis en scène par Emilien Urbach
Création librement inspirée par la délocalisation des usines Well au Vigan
Dans les Cévennes méridionales, les usines Well et Jallatte délocalisent leur site de production. Deux metteurs en scène sont partis à la rencontre de ceux qui subissent et ceux qui gèrent les aléas du capitalisme mondialisé.

Vendredi 11 avril
à 20h30
au château d'Assas
au Vigan
PARTICIPATION LIBRE ET NECESSAIRE
La pièce de théâtre "Les Mangeurs" se situe à la lisière d'une fable poétique et d'une performance documentaire, à travers laquelle nous avons cherché à questionner, en partant de notre travail de terrain auprès des ouvriers de l'usine Well et Jallatte, ce que ce fait social dans toute sa singularité pouvait raconter sur l'homme et la société contemporaine. Partant du constat et de la nécessité de nous placer à l'intérieur de la réalité que l'on décrit, la pièce "Les Mangeurs" questionne à l'intérieur même de son dispositif, l'outil "spectacle" et la place de l'artiste face à ce type de réalité sociale. Notre parti pris, tant dans l'écriture que dans la mise en scène, étant de considérer l'espace de la scène et le corps des acteurs comme soumis aux même pressions sociales que celles que l'on décrit. En pensant ainsi le spectacle, nous défendons une prise de position politique à l'intérieur même des rouages du spectacle et de la notion de représentation, dans une société qui fait feu (plein feu) du "spectaculaire".

Les représentations seront suivies d'un temps de débats sur les réalités et perspectives du pays viganais, avec la participation du Pont de la Croix, de l'Académie des Hauts Cantons, la Médiathèque Lucie Aubrac de Ganges et des syndicats de Well.
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réservations recommandées (places limitées)
contact@sin-net.org - 06 17 14 87 05 - www.sin-net.org
Alors que le président  de la République donne dans la louange du modèle britanique, je lui conseille le dernier film de Ken Loach, alors que les chiffres du chomage continuent de baisser tandis que l'on licencie à tour de bras, tandis  que  , tandis que....Voici un extrait du texte pour une pétition dont j'ai pris connaissance en écoutant l'excellente émission de Daniel Mermet, hier sur France Inter, voir le site de France Inter l'émission "Là-bas si j'y suis"... Ce matin je vous invite donc à aller faire un tour pour davantage d'explication sur cet appel.

Extrait:   


Avec Frédéric Lordon, membre du collectif d’économistes qui appelle à signer une pétition pour imposer une transformation profonde du système financier – lequel ne manquera pas de préparer une nouvelle crise une fois celle-ci résorbée -, "Là-bas si j’y suis" passe à l’action.





http://www.stop-finance.org


La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit...


nous, citoyens européens, demandons :
- l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également
- la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.




 Nucléaire non merci.

 
A mon avis, L’énergie nucléaire n’est pas une énergie propre. Elle est dangereuse pour son atteinte à la démocratie, par le  fait accompli, le manque de transparence, par le manque d’information la concernant, par le secret défense l’entourant, par l’arrestation de citoyens la contestant, par les déchets radioactifs qu’elle fournit, par le transport de ses déchets sur route et sur mer, par sa prolifération sans discernement dans le monde du fait de contrats passés, par les conditions d’extraction d’uranium, parce qu’il existe un lien évident entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire.

 

Sur son site, http://www.greenpeace.org,  Greenpeace dénonce la mise en garde à vue de Stéphane Lhomme représentant du « Réseau sortir du nucléaire », mardi 25 mars dans l'après-midi, dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST), et apporte son soutien au porte-parole du réseau Sortir du nucléaire.

 

En effet sur le site http://www.sortirdunucleaire.org, le réseau relate que,

« Stéphane Lhomme a été mis en garde à vue depuis ce mardi 25 mars à 14h dans les locaux de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) au 84 rue de Villiers à Levallois-Perret. Cette affaire concerne la publication par le Réseau "Sortir du nucléaire" d’un document classé "Confidentiel défense" révélant la vulnérabilité du réacteur EPR en cas de crash suicide d'un avion de ligne. Pour la seule détention de ce document, Stéphane Lhomme risque 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende… Le porte parole du Réseau Sortir du nucléaire a été libéré le mardi 25 mars vers 23 h, après 10 heures de garde à vue et d’interrogatoires serrés par les services de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST).
Selon ces derniers, le délit de “compromission du secret de la défense nationale” pourrait être retenu à l’encontre du militant qui pourtant n’a fait que son devoir de citoyen en avertissant du risque pris délibérément par EDF. Il est donc possible que Stéphane Lhomme passe en procès d’ici quelques temps. »

 


 

 


Le blog, faut bien que çà revienne au galop, comme le naturel, une histoire d’ego, se la raconter sans se la dire. Faire son intéressant en dissertant sur les problèmes locaux ou de la France, ou bien du monde, faire son Robert Ménard, être loquasse en hoquetant, faire la pluie et le beau temps, se faire engueuler ou récolter deux messages pour un texte confus ou bien alors partager avec toute la simplicité d’un mec qui s’est enfilé quelques scotches et qui s’est bourré la gueule en attendant la pluie dans cette écosse méridionale, la neige là haut, les petites routes de montagne, pas de ceinture dans cette société législative, un vent d’ouest en travers, la paroi d’un coté,  et de l’autre, Alan Parsons Project, étonnant non, tandis qu’on nous bourre le mou avec 68 et les commémorations, et le président du CIO qui arrivera à pied par le Tonkin, et puis comme dans « dans un singe en hiver », accoudé au comptoir, gueuler sur un air de clairon un poème à la Prévert, emmitouflé dans un vieux blouson d’aviateur et rêver de la voiture de tante Yvonne, se rouler un gros pétard sans l’allumer parce qu’on y est déjà et se coucher au détour d’un chemin, le nez dans les étoiles et ne rien comprendre au monde pas plus qu’il nous comprenne parce qu’il s’en fout de toi et qu’il a bien raison.

 

Tuvalu est sous les eaux.       

Encore un article en pièce jointe, en référence aux deux pages qui précèdent. Parce que ce gouvernement qui oeuvre en ce moment m'inquiète, parce qu'il est urgent d'informer de ce qu'il se passe réellement au delà des problèmes de sms, des remariages, des cantons de l'ouest parisien, des résultats sportifs du week-end....

Nouveaux programmes du primaire : une fuite en avant

 

Propos de Philippe Meirieu recueillis par Lydia Buguet pour FENETRES SUR COURS, SNUIPP

 

Quel regard portez-vous sur les nouveaux programmes ?

Ces programmes me semblent très préoccupants car ils relèvent d'une fuite en avant. Ils s'intègrent dans un cadre global qui plie devant le consumérisme ambiant. Il s'agit moins de céder à des lubies réactionnaires de « Sauver les lettres » ou de rétro-penseurs tels Brighelli (tous très contents au demeurant) que de flatter démagogiquement une partie de la population mal informée. Ils donnent l'illusion qu'il suffit de faire des exercices, d'apprendre par coeur pour obtenir des résultats. C'est une réponse à une angoisse réelle de parents... Mais une mauvaise réponse.

En réalité, ces programmes signifient l'abandon des objectifs d'émancipation que s'étaient fixés les penseurs de l'école républicaine comme ceux de « l’éducation nouvelle », tous ceux qui ont prôné la démarche expérimentale, la recherche documentaire et l’acquisition de la pensée critique. C'est une rupture avec l'ambition philosophique et politique de formation du citoyen. Il n'est plus question d'instruire et d'émanciper, mais de produire des élèves calibrés. Cette nouvelle école est imaginée comme une entreprise et l'élève est une marchandise évaluable avec un input et un output. Ce glissement se fait au détriment de ce qui ne s'évalue pas selon les critères du système libéral : il n'existe pas de notes pour l'autonomie, pas de notes pour la pensée critique. C'est une fuite en avant vers l'école fabricatrice qui oublie qu’en son principe même, il y a l’émergence de la liberté d’un sujet.

Quel domaine vous semble de ce point de vue emblématique ?

Le retour des vieux principes de l'éducation civique sous forme très moralisatrice est, de ce point de vue, révélateur. Ces principes ne sont plus découverts mais martelés. Les rédacteurs des programmes prolongent l'idée qu'  « avant » les élèves étaient plus moraux et ils réutilisent des recettes qui ont fait leur preuve, maximes et adages qu’il suffirait de mémoriser. Mais c'est une illusion. La société a changé et, alors que ces valeurs moralisatrices étaient, jadis, assez largement relayées par la société, aujourd'hui le modèle du maillon faible s’impose à la télévision, le profit à n’importe quel prix domine le monde des finances et du show-business. Ce sont des contre-témoignages très puissants. Et, seules des activités du quotidien qui obéissent à d'autres principes peuvent montrer l’importance de la solidarité et du civisme. Les nouveaux programmes abandonnent la pédagogie du projet, or c'est elle qui permet l'apprentissage du collectif, de découverte de l'altérité, des liens entre les problèmes à résoudre et les objets de savoirs.

Quelle place ces programmes donnent-ils à l'enfant ?

Je pense que l'approche des programmes s'intègre dans ce que Bernard Stiegler appelle le capitalisme pulsionnel. La société a déclenché des comportements chez nos propres enfants qui nous effraient et nous inquiètent : les gêneurs, les turbulents, les hyperactifs, les violents, les déprimés sont là, sous nos yeux. On prend peur et on essaie de compenser ce que notre société a elle-même engendré. Nous les avons fabriqué par une société de l'hyper-rapidité, de la consommation qui en a fait un outil pour la publicité... Et, plutôt que de nous tourner vers les ressorts de la société qui créent ces comportements, nous rassurons des gens inquiets de l'évolution contemporaine par des incantations moralisatrices… Plutôt que favoriser l'éducation et la pédagogie, les programmes cèdent à la tentation de la contention disciplinaire. Cette conception de l'école relève pour moi du libéralisme autoritaire. Liberté des écoles d'une part, avec mise en concurrence, publication des résultats - comme l'a exprimé le Président, après tout, pourvu qu'il y ait les résultats, toutes les pédagogies se valent ! – et, d’autre part, autoritarisme à l'intérieur de chaque école. C'est le contraire du projet républicain qui instaure un état régulateur qui transcende les intérêts individuels mais assure un climat de liberté au sein de chaque institution.

 





 

A la suite de la page qui précède ce jour, voici une pièce jointe,  morceau d'un article du Nouvel Obs, dont les références sont en fin d'article, toujours pour éclairer notre lanterne quant aux desseins du gouvernement et aux inquiétudes qu'il suscite jusqu'à réunir des personnages jusque là peu solidaires me semble-t-il...

Les débats de l'Obs – 13/19 mars 2008


Non aux nouveaux programmes de l'école primaire

Deux anciens ministres de l'Education nationale, dans des gouvernements de droite et de gauche, lancent un appel à Xavier Darcos pour qu'il renonce au «populisme scolaire»

Par Luc Ferry et Jack Lang

D'aucuns seront sans doute fort surpris de trouver nos deux noms réunis au bas d'un même appel. En dépit de tout ce qui oppose nos choix politiques et philosophiques, nous avons pourtant les mêmes raisons de penser que les «nouveaux programmes de l'école primaire», rendus publics à la fin du mois de février, risquent de nuire gravement à la santé (déjà bien fragilisée) de notre système éducatif : l'avenir de nos enfants vaut bien une trêve dans nos querelles partisanes. Les parents ne doivent pas être abusés par les promesses d'un «retour aux fondamentaux» et d'une exigence accrue, auxquelles nous adhérons tous : car, sous ces slogans séduisants mais vagues, c'est exactement l'inverse que le ministère de l'Education nationale nous propose aujourd'hui.

On nous annonce des programmes «plus ambitieux», mais, sur l'essentiel, notamment la lecture, l'écriture, l'expression orale, on en rabat comme jamais sur le niveau visé. En fin de CM2, on se contente désormais d'attendre d'un élève qu'il soit capable d'«orthographier un texte simple de dix lignes lors de sa rédaction ou de sa dictée» alors que les programmes de 2002 demandaient qu'il sache rédiger un «récit» au moins deux fois plus long, mais aussi «noter des informations», «rédiger une courte synthèse» des leçons, en respectant, outre les règles d'orthographe et de syntaxe, des critères de clarté et de cohérence du propos. Soyons clairs : savoir tout juste écrire dix lignes sous la dictée ne suffit pas pour suivre une classe de 6e ! Plus grave encore, si possible : malgré les affirmations qui figurent dans la présentation des programmes, les horaires de français ne sont nullement augmentés, mais considérablement réduits par rapport à ceux de 2002 ! En 2002, le programme de français comportait obligatoirement et au minimum deux heures de lecture et d'écriture quotidiennes, auxquelles s'ajoutait le temps consacré à l'expression orale et à l'étude de la langue (grammaire, conjugaison, vocabulaire). Soit treize heures. Il n'en reste plus que dix aujourd'hui ! Du reste, comment Xavier Darcos peut-il prétendre sans sourciller diminuer tout à la fois l'horaire hebdomadaire global (qui passe de 26 à 24 heures en raison de la suppression des heures du samedi matin), augmenter les horaires de sport et de maths, créer une discipline nouvelle (l'histoire de l'art) et, malgré cela, augmenter l'horaire de français ? Disons-le posément mais fermement : il s'agit d'un mensonge.

 

Paresse intellectuelle

Sur bien d'autres sujets encore, les épaisses ficelles de la com en arrivent à éclipser totalement le fond des problèmes. Pour satisfaire à la démagogie ambiante, on affirme sans vergogne que «programmes courts = programmes centrés sur les fondamentaux», alors qu'il suffit de réfléchir trois minutes pour comprendre qu'à l'évidence c'est l'inverse qui est vrai : plus les programmes sont courts dans le texte officiel, plus ils sont lourds dans la classe. Si vous mettez «la Révolution française» sans autre précision au programme, il est, au sens propre, sans limite. Un bon programme, c'est d'abord un programme qui a le courage de faire des choix et de les expliciter, ce qui suppose un peu d'espace. La première condition de l'efficacité des apprentissages, c'est leur continuité, leur cohérence, d'un jour à l'autre, d'une classe à l'autre, d'un maître à l'autre. Et cela suppose un cadre commun suffisamment clair, qui ne prête pas à une infinité d'interprétations. Le contraire même de ce que l'on découvre ici, dans un texte qui expédie l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au CP et au CEI en 15 lignes ! Et quelles lignes ! Jugez vous-mêmes : «Dès le cours préparatoire les élèves s'entraînent à déchiffrer et à écrire seuls les mots déjà connus. Cet entraînement conduit progressivement l'élève à lire de manière plus aisée et plus rapide.» C'est tout pour le CP ! Les nouveaux programmes se vantent avec arrogance d'avoir renoncé à expliciter et à choisir, de sorte que la paresse intellectuelle et le manque de courage se parent ici des dehors du gros bons sens pour lâcher la bride à toutes les lubies pédagogiques. Ce n'est pas non plus parce qu'on ajoute le mot «morale» pour bien donner le sentiment, pas même véridique, d'un «retour à» que l'on améliore en quoi que ce soit le contenu des enseignements. Pis encore, le programme de sciences a été littéralement laminé pour faire place à de bien vagues notions d'écologie...

 



Vide abyssal
Nous avions ensemble, l'un comme ministre, l'autre comme président du Conseil national des Programmes, piloté le vaste chantier de refonte des programmes de l'école primaire entre 2000 et 2002. Que ce travail puisse et doive être amélioré, nous sommes les premiers à en convenir. Mais qu'on le liquide purement et simplement pour le remplacer par un vide abyssal est proprement consternant. Malgré nos divergences de fond sur d'autres sujets, nous nous étions accordés sur l'idée que l'élaboration des programmes devait être désormais transparente et publique. C'est dans cette perspective que le soin de réfléchir aux contenus d'enseignement fut confié à un groupe de personnalités reconnues, présidé par Philippe Joutard, historien et ancien recteur estimé de tous. Nous voulions ensuite que ces programmes fussent réellement utiles, non seulement aux instituteurs chargés de les mettre en oeuvre, mais aussi - c'est peut-être leur principale fonction - aux auteurs de manuels scolaires pour lesquels ils constituent le cahier des charges. Jusqu'alors, les programmes de l'école se contentaient, comme celui qu'on nous propose à nouveau aujourd'hui, d'être un catalogue de voeux pieux, du genre : «Au CM2 l'enfant maîtrise les principales règles de l'expression écrite, il sait se comporter avec respect avec autrui...», et autres déclarations aussi péremptoires qu'inopérantes. A la place de ces injonctions creuses, nous souhaitions indiquer enfin des progressions concrètes, autant que possible précieuses pour les maîtres débutants, et rassurantes, car stables, pour les plus chevronnés. Disons-le franchement, c'était une petite révolution par rapport à la langue de bois «éducnat» jusqu'alors en vigueur. Tous deux préoccupés par la montée de l'illettrisme, nous étions soucieux que, par-delà la pluralité des méthodes de lecture (il y a des centaines de manuels différents sur le marché de l'édition scolaire !), les programmes fixent enfin un cadre commun, solide et intelligible par tous. Le groupe de Joutard avait fait sur ce point un travail réellement remarquable et innovant. Ce sont tous ces efforts qui risquent d'être anéantis aujourd'hui.

Imposture
Entre autres choix forts, nous avions limité volontairement le programme de grammaire à l'essentiel : en gros, les marques du pluriel («s» et «ent»), la conjugaison, les règles les plus utiles de l'orthographe, le bon usage des «mots de liaison» et quelques autres éléments de bon sens. En contrepartie de cet authentique travail de «réduction aux fondamentaux», nous avions imposé explicitement un temps quotidien incompressible de lecture et d'écriture de deux heures trente par jour aux CP et CE1 et de deux heures par jour du CE2 au CM2, parce que des enquêtes précises de l'inspection montraient que ce temps pouvait varier de 1 à 4 selon l'enseignant ! C'était là une décision aussi inédite que cruciale. Notre conviction était que seule la pratique assidue de l'écriture et de la lecture permet aux enfants de maîtriser la langue, les exercices abstraits d'analyse grammaticale devant être réservés au collège. Les nouveaux programmes menacent de détruire ces apports bénéfiques. La vérité est qu'ils s'en moquent parce que leur seule véritable visée est un affichage politique qui relève d'une catégorie relativement nouvelle : celle du «populisme scolaire», dont on pourra se faire une première idée au travers des quelques exemples que nous avons évoqués et de ceux qui vont suivre.
Comment croire, notamment, comme le prétend sans rire le dossier de presse présentant les nouveaux textes, qu'une réforme des programmes et des horaires, quelle qu'elle soit, puisse, à elle seule, permettre de «diviser par trois en cinq ans le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés» ? Même s'ils étaient sublimes, infiniment supérieurs à ceux de 2002 - ce qui est tout l'inverse -, une telle affirmation relèverait de l'illusionnisme. Il n'est pas un spécialiste du système scolaire pour y croire une seconde tant il est évident que l'échec scolaire relève de bien d'autres paramètres. Un bon programme n'est jamais la condition suffisante du succès : au mieux, et c'est déjà beaucoup, il favorise la réussite du plus grand nombre, quand un mauvais le handicape sévèrement. En revanche, l'opération politicienne est transparente : elle consiste à faire croire à un public ignorant des textes en vigueur, mais qu'une sourde angoisse associée au sentiment diffus que «tout fout le camp» prédispose à avaler la couleuvre, que les programmes élaborés en 2002 étaient «modernistes», écrits dans un jargon incompréhensible, bref, «soixante-huitards» (ce qui pour l'un d'entre nous au moins est un comble !), et qu'il est temps de restaurer les bonnes vieilles recettes du temps de nos aïeux. Succès garanti dans les chaumières. Si c'était vrai, nous signerions peut-être des deux mains (encore que l'idéalisation du passé ne soit jamais un guide sûr), mais c'est en l'occurrence une imposture. On laisse entendre, par exemple, que les actuels programmes d'histoire sont non chronologiques ou qu'ils ne comportent aucune référence aux personnages et aux événements concrets, que la grammaire à l'ancienne, comme on dit des confitures, n'est plus enseignée, qu'on ne fait plus de dictées, de rédactions ni de récitations, etc., mais tout cela est faux, archifaux. Cela fait belle lurette - depuis Chevènement, à vrai dire que l'enseignement de l'histoire est redevenu chronologique et, dans nos documents d'application de 2002, on trouve toutes les références précises aux dates, événements et personnages principaux.

Reniement
On dit encore, comme l'a fait d'ailleurs à juste titre le président de la République, que c'est désormais la nation tout entière qui doit s'intéresser aux contenus d'enseignement et qu'il ne faut plus les réserver à d'obscurs experts au jargon digne des médecins de Molière. Mais de nouveau la réalité est en contradiction radicale avec l'affichage démagogique. S'agissant des nouveaux programmes, nul ne parvient à savoir, pas même les anciens ministres de l'Education que nous sommes, comment et par qui ils ont été rédigés ! Et pour cause. Les groupes d'experts, présidés et composés par des personnalités identifiables et reconnues, ont disparu. Le Conseil national des Programmes a été supprimé, et l'Inspection générale elle-même n'a pas été saisie du dossier ! Est-il raisonnable de laisser de simples conseillers du ministère ou de l'Elysée élaborer dans l'opacité la plus totale des textes voués à régir l'école de la nation pour dix ans au moins et qui concernent des millions de familles et de citoyens ? Prenons un exemple tout à fait concret : dans les nouveaux programmes, décision a été prise sans aucune concertation de diminuer environ par trois le temps consacré à l'enseignement de l'histoire et de la géographie afin de faire plus de place au sport et aux mathématiques : ce choix lourd de menaces ne peut-il être discuté publiquement ? Tous les démocrates ne peuvent que rejeter cette méthode aberrante.


En 2004, Xavier Darcos, alors ministre délégué à l'Enseignement scolaire, publiait avec l'un d'entre nous les programmes élaborés sous l'égide de Jack Lang : belle preuve d'ouverture d'esprit et de continuité. Dans la préface, signée Ferry-Darcos, nous faisions l'éloge de ce travail et nous lui donnions notre imprimatur. Pourquoi ce reniement aujourd'hui sinon pour des motifs de pure communication, parce que le «look réac» plaît, hors de toute réflexion, à un certain électorat. S'il suffisait d'être réactionnaire pour être génial, cela se saurait. Nous en appelons donc à l'honnêteté de Xavier Darcos et à son sens des responsabilités : il faut cesser de bouleverser sans cesse élèves, parents et professeurs à chaque changement de gouvernement ! Il faut au contraire préserver ce qui a été fait de bon par le passé, quelle qu'ait été la majorité de l'époque. Les professeurs ont plus qu'assez de ces changements aussi incessants qu'inutiles. S'il y a quelques points à modifier, qu'on les modifie en conservant l'essentiel, mais qu'on ne sacrifie pas l'intérêt des enfants et des professeurs à des motifs de pure tactique politicienne.

 

Luc Ferry

Philosophe et auteur de nombreux ouvrages, Luc Ferry a été ministre de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche, de 2002 à 2004, du gouvernement Raffarin.

 

Jack Lang

Député socialiste du Pas-de-Calais, ancien ministre de la Culture, Jack Lang a été ministre de l'Education nationale, de 1992 à 1993, du gouvernement Bérégovoy et, de 2000 à 2002, du gouvernement Jospin.

 

Gilles Anquetil

Le Nouvel Observateur

 

 

 

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