C’est le 1er mai et je m’en fous. C’est la fête du muguet. C’est un truc qui pousse parfois sur la langue des bébés. C’est aussi le jour où les syndicats défilent en ordre dispersé pour rassurer tout le monde. Le 1er mai, il fait beau et c’est aussi la fête du travail. C’est aussi le jour où ceux qui ont un travail ne travaillent pas. Sauf ceux qui ont le privilège de conduire un train. Les autres, qui n’ont pas de train ou de travail continuent comme la veille. Le berger est passé comme tous les jours devant chez moi, avec ses moutons. On ne dit pas d’un berger qu’il travaille. On dit qu’il garde ses moutons. On ne dit pas d’un vieux leader politique d’extrême droite qu’il entend des voix, il fait un rassemblement sur le thème de Jeanne d’Arc. C’est le 1er mai et j’ai entamé « Kennedy et moi » de Jean Paul Dubois. J’aime bien. Le whisky qui est dans mon verre aussi. Dés le départ, après la première phrase qui commence bien, je suis tombé en arrêt sur cette phrase : « …Je n’ai jamais cru en moi et pas davantage en mon travail… ». Le « héros » a aussi acheté un flingue. Moi, en dehors de la phrase que je partage, je n’ai pas acheté de flingue, je me souviens de celui de mon père. Ouest ce que je l’ai foutu ? Des fois j’allais le chercher dans la chambre des parents, en haut de l’armoire lorsqu’ils n’étaient pas là. Je n’ai jamais posé de questions à son sujet… Je voulais préserver cette part de mystère. Le grand frisson, la mort est un mystère, ce flingue aussi. Mon père n’était pas un dingue de la « sécurité », du moins je ne l’ai jamais entendu dire de conneries de ce genre. Il n’en a jamais parlé. Quand je l’avais en main, tout comme le fait dire Jean Paul Dubois à son personnage, je la trouvais familière cette excroissance au bout de la main. Ce n’est pas tout à fait ses termes, c’est de mémoire. Le whisky, au bout de quelques verres modifie très nettement la mémoire. Je me souviens que nous sommes un 1er mai et je m’en fous. Et si je fumais, je m’en roulerais une maintenant.
fleurs et tomates