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Le temps qui passe

Mai 2008
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Ca fait  un moment avec Doudou, qui n’est pas vierge mais capricorne, qu’on se demande si on va se marier, une bonne dizaine d’années au bas mot , peut être même plus, va savoir, avec le temps, les neurones s’échappent et la mémoire aussi. Mais l’intention est tenace, et l’actualité en cette matière nous rappelle avec un brin de fraîcheur et d’à propos qu’il est peut être possible de retrouver une certaine virginité voire un brun de jeunesse en convolant devant Monsieur le maire. Et puis on ne sait jamais, si le maire devient président, peut être que Doudou aussi deviendra  première chanteuse de France. Seul souci, que ma mariée  ne corresponde plus à l’image que je m’en étais faite, à mes projections, mes plans pour le futur, une certaine idée de moi-même quoi...Quant à elle si mes blagues à deux balles la font toujours rire, et j’en suis fier après tout, il n’est pas certain, qu’elle ne considère pas qu’il y a tromperie sur la marchandise tant, le brillant esprit qui la fit craquer  il y a quelques années se révéla ensuite un peu juste sur les côtés, donc de quoi peut être intenter un procès sur le tard et sur tromperie quant aux  qualités essentielles du conjoint, à savoir l’ excellence dans le maniement du cerveau en toutes situations. Alors je me raccroche à cette scène de jeunes perdreaux que nous étions, assis à la terrasse d’un café où, dans un accent à crever un abcès de lyrisme, j’entrepris de clamer à la belle combien elle était jolie et finissait imprudemment en lui demandant, et moi comment tu....Et elle me répondit...qu' un homme n’a pas besoin d’être beau pour séduire....

Réhabilitons l'emploi du cerveau et qu'il le relie à sa bite, l'homme peut réfléchir tout autant qu'il aime car,...C’est quand même n’importe quoi cette histoire de procès intenté contre une jeune femme pour tromperie sur sa virginité...Déjà, elle est étonnante la démarche de l’ex futur époux, aller demander procès contre sa promise, en dit long sur l’amour qu’il lui voue, sur son éducation et son conditionnement machiste . Ensuite que dire sur la navrante attitude de la Justice, qu’on lui retire son bandeau, et qu’elle cesse de lire les dossiers en Braille avec des moufles, déjà accepter ce genre de plaintes en dit long sur la dérive de notre société. Je n’aurai pas de mots ou tournures assez originales à ce propos ce matin, sinon de dire comme l’a fait avec justesse Madame Badinter, je suis outrée...Ben moi aussi, je suis outrée, et je garde le « e », c’est ma part de sensibilité féminine qui gueule... Machisme, communautarisme, triomphe de la bêtise et de la manipulation des  religions, tout cela semble arriver à point nommé, à l’heure où la société se crispe et envisage un durcissement pour ne pas dire un fulgurant retour en arrière dans le domaine social, voilà un coup de pouce, pour ne pas dire un doigt, exhibé face à l’émancipation des femmes et ...des hommes en conséquence. Je n'ai pour ma part jamais "connu" de femmes vierges, mise à part celle qu'on m'incitait à prier, petit, la "Bonne mère" et qui pourtant avait un enfant...Et que dire à propos de ce qu'endure depuis cette jeune femme... et pour toutes les autres. Mon pays tu déconnes...

C’est pas sérieux. J’en conviens, à la suite de cette introduction, comme une précaution à cet exercice épistolaire, je préviens. En ces temps de hausse des prix et de pas de salaire, de bas moral proclamé, de pénuries en tous genres établies, du scandale des hauts revenus du CAC 40, des manifestations passées , présentes et à venir, des guerres, des famines,  de Fourniret, des émeutes, des maladies orphelines et du mercato des animateurs de télé et de mes poches trouées je prends la tangente... et oui je me tire égoïstement dans les volutes d’une sèche allumée et le confort oiseux de mes souvenirs qui me remontent à la tête comme un parfum exotique et sulfureux ; comme un tentation d’un pas de côté que j’ai tant pratiqué et que j’ai trop souvent oublié à mesure que je me suis fait happé par l’urgence, par les contingences de la vie qui passe comme un fleuve dont on ne parvient même plus à s'imaginer qu’il est entouré de deux rives sur lesquelles on peut prendre pied pour éviter le naufrage programmé à la suite de l’exercice de natation synchronisée qu’on nous impose en brasse coulée. Je  vous laisse donc en proie àl’exercice de la nage collective où la loi du plus fort appuie sur la tronche du plus malingre qui boit la tasse...mais vous invite tout de même au pas de côté.

Délaissant donc sans vergogne mes réflexions sérieuses hier soir, j’étais sur ma minuscule mais pourtant bien agréable terrasse, entouré de boiseries et drapeaux de prières tibétains, sortes de fax fonctionnant avec l’aide du vent ; il pleuvait des troncs comme désormais l’habitude en ce début de printemps. Il faisait plus que tiède, et j’étais noyé dans un déluge d’eau et son cortège de bruits, de glouglous, et d’autant d’invitation à l’envie de pisser, un bruit de fontaine géante au sein d’une nature exubérante, prenante, comme ce soir là, il y a dix ans quelque part en Inde, à l’orée de la jungle, reclus dans une auberge, à cause d’un déluge en cours et forcé à jouer au Karam, ce billard népalais que l’on pratique avec son doigt... lire et parler avec les autres voyageurs, dont ce dernier, suisse de son état civil mais voyageur voué à l’exil éternel depuis une dizaine d’années. Je regardai et touchai du regard les feuilles de mon arbre, celui dont je vous ai déjà longuement parlé sur ces pages et je me transportai dans le temps jusqu’à ce que je me remémore cet instant divin que l’on ne rencontre qu’en voyage, loin de tout, dans ses espaces où l’on rencontre ces personnages qui font du bien, ce suisse en fut l’un des nombreux rencontrés dans pérégrinations...Il était bloqué comme moi dans cette auberge à cause de pluies diluviennes et assis sur un somptueux canapé, style mal au cul, fabriqué avec des palettes et quelques couvertures pluchées et délavées et il s’agaçait en buvant son chaï, tantôt plongé dans son livre, tantôt, répondant à ma conversation, autonome et parfois même de style chant et monologue, quant il me lâcha le morceau, l’affaire, le motif de sa principale préoccupation, il avait réservé une cabane dans un arbre, au milieu de la jungle du parc national pour observer les tigres, et c’était demain, et il pleuvait toujours autant....

Je le revis trois jours après, au même endroit, toujours dans cette ambiance tropicale, avec une impression que la mousse ne tardera pas à pousser sous les bras et entre les oreilles. Je lui demandai comment c’était passé son séjour dans la cabane perchée en haut d’un arbre. Il me répondit, auréolé de fumées qui semblaient lui sortir aussi bien de la bouche que du nez et oreilles comprises qu’il s’était résolu à vivre dans l’attente comme ici, à l’auberge, tenu prisonnier par la pluie, avec cette variante en plus qui l’avait chaussée de sangsues, suite à la marche pour se rendre à travers la forêt jusqu’à son refuge d’où il était sensé mater les fauves. Mais à mesure qu’il me racontait son histoire avec son impayable accent suisse, je lisais dans son regard la présence d’une terreur éprouvée...Il avait passé deux jours et deux nuits, dans une cabane en haut d’un arbre, sous le déluge, sans jamais rien y voir, à lire avec une lampe de poche, un de ces romans  du même nom et que l’on s’échange en voyage au long cours... et il avait résisté, résisté, tant qu’il avait pu à cette envie pressante qui nous prend tour à tour au petit matin et nous procure autant de plaisir que de soulagement pourvu qu’un peu de lecture  nous distrait de cette fumeuse position. En clair, notre homme avait envie de chier et il en faisait dans son froc, tant il avait différé l’obligation de s’y plier jusqu’à ce que la nuit fut venue et le vit descendre dans le noir au pied de son arbre, pris d’une terreur incontrôlable... Obligé, pressé par la nature et soumis à la faiblesse d’un moment où l’on s’imagine, le cul baissé et en proie à cette angoisse existentielle, pourrai je chier tranquille sans qu’un tigre ne vienne faire de moi,son dessert chocolaté et dans cet ultime moment de faiblesse, me transformer d’une seule bouchée d’une indigne et fâcheuse posture en religieuse d’un goût tout à fait acceptable pour un molosse à rayures...

Et c’est à cet instant  hier soir, que j’entendis :...papa, vient allumer, y’a un loup dans les WC...

Les pêcheurs, les taxis, les routiers, tous ceux qui se sentent pris au cou par la hausse des produits pétroliers manifestent à leur tour après que les enseignants déclarent quant à eux, « temps mort », l’époque des examens s’ouvrant...Ainsi chacun va de sa petite manifestation, tout est bien organisé comme une savante division, qu’aucun pouvoir n’eût rêvé d’obtenir si facilement. Comme un défilé de mode chacun avance sur la scène médiatique en revendiquant midi à sa porte. Rien jusqu’ici ne semble fédérer toutes ces revendications, des transports à l’enseignement, des handicapés aux gendarmes et les pompiers, et à toutes les corporations, routières, maritimes, agricoles, touristiques, journalistiques, judiciaires, culturelles, sans oublier les sans papiers, la recherche et les faucheurs volontaires. Séparément, c’est à coup sûr focaliser l’attention sur soit en effaçant le précédent qui manifestait tout aussi légitimement...En attendant la trêve,et que le peuple se satisfasse des jeux et du pain, comme dans un rituel aussi bien huilé qu’un défilé dans les rues de  la capitale,  on a eu Cannes, son festival, ses paillettes, son bon goût, les voitures noires aux sièges roses des nouveaux riches et russes en tête de cortège, suivi à présent de Roland Garros talonné ensuite par Le tour de France, l’Euro de Foot, les jeux Olympiques etc, afin que chacun soit repu selon sa catégorie et son phantasme, et satisfait d’un spectacle sans cesse renouvelé pendant la traversée de l’été...surtout ne pas réfléchir, que chacun reste pour soit, que chacun se laisse aller sur la pente de ce qu’on nous propose et réclame comme une oies volontaire au gavage, davantage à consommer, consommer, consommer, plus de gazole, pour pêcher plus de poissons, plus de gazole pour épandre des tracteurs pour toujours autant de pesticides,  plus de plastiques, plus de machins, plus de bidules, et tant pis si on en crève, et tant pis si l’on pille, plus de petites bagnoles et d’écrans plats pour des programmes et des infos sans reliefs, plus, plus encore, j’en veux, qu’importe quoique ce soit , j’en veux moi aussi....la semaine dernière, à la station service du village, il y avait pendant quelques jours une queue inhabituelle pour faire le plein, que des gens inquiets d’une possible pénurie jusqu’à ce que certains avouent leur angoisse en confiant qu’ils avaient acheté en quantité, pâtes, riz, sucre et farine...

LE PURIN DE RHUBARBE

Macération 500 gr de feuilles dans 3 à 5 l d'eau à température ambiante
(dans un arrosoir en matière plastique) avec repos de quelques jours

Filtrez et pulvérisez. Utilisez le purin tel quel, en
pulvérisation. Vous pouvez également préparer une infusion : 100 gr de
feuilles dans 1 litre d'eau ; faite frémir quelques minutes laissez
tirer une demi heure

Ces préparations s'utilisent après filtrage, mais sans dilution.
Elles sont efficaces contre beaucoup d'insectes, en particuliers le
puceron ainsi que le ver du poireau et de la carotte

Manque d’idées chez les socialistes, trop plein de candidats, je leur propose un truc qui va marcher, pour faire plus que 53% aux prochaines, en plus de leur bon en avant et du désir d’avenir , après l’ordre juste, le drapeau aux fenêtres, le typex sur le mot révolution, l’audace inouïe d’une approche libérale, je leur propose d’inclure dans leur programme, la semaine de 50 heures, la fin des congés payés, la suppression des allocations chômages, le STO pour les rmistes, la suppression du SMIC,  la suppression des alloc quand les pauvres font trop de gosses, la fin du service public et de la sécu, de prévoir la construction d’un troisième porte avions, la fin du droit de grève, déchets radio actifs de tous ceux à qui on vend nos centrales dans le monde dans toutes les campagnes du pays, OGM à donf, d’instaurer une franchise dans les cas de traitement de cancer dus aux pesticides obligatoires dans les cantines, des supermarchés à l’étage des usines, juste sous les appartements des employés, avec un système de tickets conso pour éviter la monnaie, la télé obligatoire dans les maternelles en remplacement des instits, bref un truc qui va ravir les électeurs qui n’ont de cesse d’adorer être malheureux dans les sondages après les élections....Voir ce matin 67% de français mécontents de la politique économique du président...et pourtant ils étaient prévenus, donc y aiment....Comme une vieille rengaine de scouts des temps bien propres, bien mis , c’est dur... mais on aime çà....

 

Ensuite on pourra aussi envisager des référendums d’initiative populaire...          

Tandis que des vieilles cannes déambulaient dans mon village D'Hérault sur Clochemerdre, la pluie continuait de tomber, drue, soutenue, indifférente à l'annulation forcée des manifestations organisées ce jour là. Ce doit être la faute du maire, il a du, avec la complicité d’un adjoint spécial à la météo concocter un bonne petite pluie de printemps, un phénomène cévenol de derrière les fagots pour se venger de sa probable destitution et en remontrer à ses adversaires pour en nettoyer la merde qu’ils avaient imprudemment laissée sur les trottoirs selon l’adage, plus on en va mettre sur les murs plus il en restera.

Quittons un pont les bords de l’Hérault et sa chronique fielleuse digne d’un feuilleton à la Dallas et enchantons nous de la furie du fleuve en crue, seul bruit sérieux à courir en travers du village. La palme d’or a été décernée, çà y’est,  y peut arrêter de pleuvoir, Cannes replie son festival sur une note de réalisme, un film de Laurent Cantet  primé sur une photographie d’un instant de notre pays, envisagé dans sa complexité, dans sa composition aussi proche que possible de la réalité. Que l’on soit ici au fin fond du trou du cul du Gard ou dans une classe de banlieue, la réalité sera toujours là pour nous rattraper par le pantalon et nous propulser dans une course à l’échalote, au delà de nos fantasmes et de nos projections égoïstes. Prendre conscience de la réalité, c’est peut être s’affranchir de tout faux semblant, être libre d’appréhender tout événement quel qu’il soit dans sa beauté ou son horreur et s’en tenir à une conduite digne, quelle que soit l’époque, l’endroit, l’embrouillamini d’une situation, il existe une ligne, un endroit d’où l’on peut envisager de se positionner pour construire un mieux, avec un supplément d’âme et ne pas tomber dans la facilité, dans l’obsession, dans l’archaïque attitude qui nous vient des époques lointaines ( le dernier loup fut abattu ici en 1914...) où l’on craignait  tant les loups qu’on s’obligeât à la mauvaise foi de les imiter pour en venir à la curée et dévorer en groupe le bouc émissaire, le symbole de la frustration, du goût du pouvoir, du profit et de la domination selon soit. S’il est un festival de cannes dans mon village, c’est assurément, celles qui sont disposées en travers des pas, à toutes fins inutiles,  phénomène récurrent de l’angoisse répétée, moi, moi, moi, ma place au soleil et que cesse cette pluie obsédante.

Hier, dans un moment privilégié, en lisant le scandale des pesticides en France de Fabrice Nicolino et François Veillerette, je me suis repassé mon Léo Ferré, un triple album enregistré en 1984 au théâtre des champs Elysées, et dans une diatribe dont il avait le secret, de plus de 15 minutes d’affilées, il concluait sous les applaudissements, enragé parce que vivant, « ...le pouvoir d’où qu’il vienne, c’est de la merde...    

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