Hier, visite d’un ami qui n’est jamais
venu chez moi. Il regarde tout autour de lui tandis que je l’accueille sur le seuil la maison. Il apprécie visiblement la beauté du paysage. La montagne qui lui en impose, offre à son regard
ébahi ses flancs couverts de châtaigniers, d’hêtres, et de chênes verts. Tout cela impressionne mon visiteur qui n’en finit pas de s’extasier sur la beauté du massif. Une impression de pureté lui
semble se dégager de ce bain de couleurs franches, sentiment rehaussé par un air frais raccompagnant du vilain temps passé. Le valat, sec, avant les grandes pluies d’automne, serpente entre les
parcelles des jardins cultivés et fuit en pente douce vers l’Hérault à peine né de ses sources sur les pentes de l’Aigoual. Calades et drailles s’enfoncent entre roches et restanques. Ils se
perdent dans les vallonnements et invitent à la randonnée dans leur réseau de chemins du ciel, aussi mal pavés que s’ils menaient en enfer, mais dans un étourdissement parfumé des paradis
terrestres. –Quel bonheur, cette impression de pureté, fuir enfin la pollution de la ville, me dit il. A son bonheur légitime, et en raison qu’il a de souligner « l’impression de
pureté », je me contente de sourire. Je n’ose pas entamer son enthousiasme. Je vois à quelques pas les rangs d’oignons arrachés et mêlés par paquets à même le sol pour sécher, avant d’être
récoltés et transportés ensuite vers la coopérative. Combien ont-ils subi de traitements ? Je ne les compte plus, impuissant dans mes conversations avec les cultivateurs à trouver quelques
raisons de changer. Il ya bien sûr, des « conversions », de l’agriculture dite « conventionnelle » vers l’agriculture biologique, mais si peu, dans cette frénésie de
« l’or noir » ainsi que certains nomment la culture de l’oignon en raison de la couleur des graines de la cèbe, l’oignon doux des Cévennes. Peu à peu, les terres sont stérilisées et
sont ravalées au rang de simples supports. Elles sont vidées de toute vie par les pesticides et fongicides, que l’on retrouvera aussi dans la rivière, entrainés par le ruissellement des eaux
de pluies et d’irrigation. Toutes ces molécules sont libérées sans discernement sur leur action future et leur impact sur l’environnement et la vie alentour. Lorsqu’il m’arrive de prêter la main
au repiquage, geste normal de bon voisinage, j’entends les conversations qui tournent principalement autour de trois thèmes, les traitements, l’eau qui vient à manquer, les
enterrements…Officiellement tout cela n’a rien à voir, et je ne suis pas qualifié pour en conclure de manière certaine. Non, tout va bien, « jusqu’ici tout va bien… »
fleurs et tomates