Pour lui tout s’était arrêté. Même la terre ne tournait plus à la même vitesse. La lumière crue de l’été exaltait les formes. Il en percevait toute la magie
dans l’instant même, en fixant les ramures touffues de l’arbre qui se reflétaient à travers la vitre de la porte des toilettes. Les teintes du petit cabinet se mariaient à cette impression.
Il était au bon endroit, au bon moment, conjonction parfaite de tout un système cosmique. Une idée du bonheur se glissait par la fenêtre ouverte, par celle là même qu’il aperçut une semaine
auparavant, un écureuil sautillant sur la rive du mur d’en face. Le petit animal l’avait fixé, s’arrêtant brièvement. Ainsi donc il mesurait toute l’intensité de la vie à la perception d’un
fragment de toile, conçu dans cet univers où il ne passait d’habitude qu’un temps le plus court possible à toutes fins utiles. Assis sur ce fauteuil de porcelaine, les pieds nus sur le plancher,
il jouissait de ce moment précis, d’habitude trop ordinaire pour en divulguer quoique que ce soit. Isolé de tous, bien qu’au milieu de toute une maisonnée, dans cette petite pièce aux murs
chaulés, qu’un courant d’air reliait encore au monde par un vantail à demi fermé, il se disait que la porte de sortie était à l’intérieur.
fleurs et tomates