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Le temps qui passe

Août 2006
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VOUS SENTEZ CETTE ODEUR ?
-Non? 

 

 

Souviens toi frère malchanceux, quand l'odeur trahit ton infortune et qu'irrité, tu en mesuras tous les inconvénients. Il était trop tard. C'était fait.

 

 

 Tu avais déjà cartographié en trois dimensions l'ensemble des carrelages, parquets et moquettes comprises et sans doute, le hall d'entrée. Quand tu te félicitais d'y avoir repéré à toute vitesse, tout en glissant sur le marbre, le nom de tes hôtes tu polluas, ignorant,  le tapis de l'ascenseur. D'un coup de patte appuyé, dernier geste engendré dans l'inconscience et l'automatisme de ta marche, tu fixas, tel le joueur de boules émérite, ton territoire. Du bout de ta semelle, esseulé, tu marquas ton pas de tir. Au milieu des invités prolixes et parfumés qui trinquaient dans les bulles, tu basculas, dans le bruit de fond des conversations futiles, de l'innocence d'un vague ennui, à la perception du réel qui t'explosa dans le pif.  Hé oui, çà n'arrive pas qu'aux autres, tu avais bien marché dedans.

 

 

 Encore incrédule, tu reculas. Et de ce fait, maladroit, tu rajoutas une signature, celle qui atteste que c'était bien de ton parcours et de tes détours qu'ils s'agissaient. Personne ne s'en était encore aperçu,  mais à vrai dire, tu n'en étais pas sûr. Tandis qu'en ton faible intérieur s'épanouissait comme à la vue d'un vomi, un sentiment de malaise teinté de révolte comprimée et effervescente.

 

 

Tu rougis un peu et d'un seul coup, comme à l'exercice, tu refis mentalement toutes tes circonvolutions jusqu'à cette dernière incursion dans la vie sociale. Un brin de contrariété : allait falloir nettoyer sans qu'on te repère. Un rictus nerveux ajouté à tes gestes gauches pour dissimuler ton inconfort, et te voilà à la merci d'un sourire qui t'avait repéré et qui se voulait attentif à quelqu'un d?allure singulière pour échapper aux tête-à-tête en amuse gueule et aux monologues du troisième verre. Oui, toi, oui, c'est bien toi qui tentais de te faire oublier avec des gestes bizarres, des cacahuètes plein la bouche, en souriant à la cantonade, comme un benêt juste préoccupé de trouver un endroit peinard pour te démerder. Oui, c'est bien vers toi qu'approchait résolu et ravi, le cruel intérêt d'un couple fuyant les ritournelles des potins essorés. Ben non, tu n'allais pas y échapper. C'est justement cela que tu appréhendais, la peur d'être ridicule. Si le ridicule ne tue pas, il blesse. Il fait mal à l'amour propre. Quand on est souillé par la merde qu'on a sous les godasses, on tient d'autant plus à l'amour propre. Tu étais profondément perturbé, envahi par la crainte de décevoir.

 Effectivement tiens, çà sentait un peu dans ce coin et ce, quelque soit l'endroit de la pièce où te suivirent, sans comprendre l'embarras qu'ils provoquaient, ton interlocutrice et son partenaire. Ils sentaient si bon les parfums délicats des gens de la ville quand ils vont en soirée.  Gênant, c'était la honte à pas chance, mais c'était toujours là, tenace. Chiant à la fin, çà te collait comme une ombre qui déborde des deux côtés, et faudrait bien finir par l'avouer mon vieux, tu avais marché dedans.

 

 

 

 

 - Bon, ben ce n'est pas si grave.

 

 

-Si, c'est emmerdant quand même.

 

 

 

 

 

 

 

 

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