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Le temps qui passe

Septembre 2007
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Tous les soirs durant cette semaine, je me retrouve dans le manège. La rame file et serpente dans les tunnels sous la ville. Lumière crue dans la gueule, arrêt, annonce depuis les hauts parleurs sur le quai. Où sont ils placés ces hauts parleurs, ces hautains qui nous intiment prudence face au colis suspect, à nous qui errons comme des termites dans les couloirs, avec des visages blafards. Les pubs criardes s’étendent sur les voutes et mêlent annonces de spectacles et appels commerçants. Tout est commerce, tout est fric, jusque dans les profondeurs de la terre. Sirène, portes qui claquent et voyageurs muets, nous voilà confinés jusqu’à la prochaine station. Le petit air relativement frais qui a pénétré dans la voiture n’est plus qu’un souvenir. Nous sommes cinq, puis six, agglutinés sur la plate forme tandis que les sièges sont bondés et que plus une place même debout ne permet le moindre déplacement avant la prochaine station. Nos mains se joignent au même totem inox qu’elles réchaufferont de leur moiteur perceptible dès qu’on retrouve sa marque qu’un léger glissement nous aura fait perdre. Elles s’effleurent le temps de trouver leur place pour nous permettre de garder l’équilibre aux départs et arrivées. Les corps se frôlent, qui de la main, d’un coude, d’une fesse. Des têtes penchées tentent de lire un journal froissé et plié quatre. Le jeu consiste à se regarder tout en ne se regardant pas. Les regards se croisent, puis montent au plafond qui nous douche de lumière. Ils lisent et relisent sans fin le plan de la ligne affiché au dessus des portes, comme s’il en était encore besoin, chercher et rechercher la station qu’il ne faudra pas manquer ou plutôt recourir à ce prétexte pour échapper au poids d’un regard, ou comment ne point céder à la tentation de rester fixé à dévisager l’inconnue, dont, tout comme elle, on continue d’épier la moindre ostentation dans un reflet de la vitre tandis que d’autres bustes ou vestes nous séparent dans le balancement d’un de ces nombreux virages souterrains. Des sourires s’esquissent ou se coincent, l’œil s’en va se perdre dans les coins de la rame où inévitablement il rencontrera un autre œil caché, dissimulé par d’autres corps parfois et tantôt le laissant réapparaitre comme s’il était à l’affût. Regard d’autant plus intense avec la belle que cet instant sera éphémère. Un léger sourire, une rougeur naissante, un instant de gêne réprimant un échange que seul cet endroit confiné permet dans la rubrique  « transport amoureux » du journal libération. Chaleur, mélange des parfums et des odeurs, de la transpiration, du travail, d’un déodorant, d’une journée. Tout ce que la vie a cessé d’exprimer dans cet intermède ténébreux puisque personne ne parle ici, la vie le transpire et nous mène dans le mélange des genres, des effluves, des regards et nous renvoie au fond de nous-mêmes à nous redécouvrir dans la prunelle d’un ou d’une voyageuse au petit cours.
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