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Le temps qui passe

Septembre 2006
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-Capitaine Gibo, si je dis, arriver à pieds par la chine… ?

 

 

-La pompe est cassée ?…

 

 

Gib plonge son regard dans le sillage du bateau comme on se penche sur les années passées. Louis Paul a toujours le don de casser les rêveries. Ce ne sont plus des souvenirs qui bouillonnent dans la traînée laissée par la coque, mais des morceaux de pain qu’il jette, parce qu’il juge qu’il est inutile d’en garder autant et que de toute façon il va se perdre. Louis Paul prend rarement des initiatives en cuisine, mais quand çà le prend, il jette, il jette, jette, jet set, balle de set, jeu…

 

 

-pardon ?

 

 

- enchaînement…, je jouerai bien une partie de tennis au pénis club de la tinède…

 

 

Pardon ? Une seconde fois en continuant de jeter du pain qu’il rompt consciencieusement, sans doute pour que les poissons ou les goelands ne s’étouffent pas, les goinfres…

 

 

- c’est une contre pétrie

 

 

- c’est parfaitement idiot.

 

 

-c’est parce que je l’ai faite à l’envers, et que je t’en ai révélée le sens. En principe, il ne faut jamais dévoiler une contre pétrie. Celui qui la devine, s’en réjouit intérieurement et c’est seulement dans ce cas qu’il y a quelque chose de drôle à partager. On peut rire alors même sous couvert d’une vulgarité qui prononcée  perdrait toute la saveur de cet amusement. C’est comme quand on dit, un ange passe…

 

 

-Et alors…

 

 

- Ben, il se méfie après…Mais tout le monde pouffe…

 

 

-C’est idiot, moi je préfère la bonne poésie, la vraie

 

 

-moi aussi.

 

 

- Ah oui, quoi donc… ?

 

 

- Je me souviens d’un poème de Lanza Del Vasto qui débute par : « Dans mon cœur comme un rameau nu… »

 

 

Il reste bouche bée, en fixant Gib, mi hébété, mi courroucé, immobile, stoppant le jet jusqu’ici ininterrompu des boulettes de pain. Le Gib en profite pour lui  arracher des mains ce qui lui reste et descend à toute allure en cuisine pour préparer un  petit encas au pâté, au jambon, avec du beurre, des cornichons et une rondelle de tomate. Un sandwich c’est meilleur avec du pain. Gib n’aime pas qu’on jette le pain, surtout pour le donner aux poisons que Louis Paul répugne à pêcher. Louis Paul ne supporte pas qu’on tue les poissons, parce que c’est d’une sauvagerie inouïe, sauf quand il consent à perdre d’une bonne bouteille de rhum, la valeur de quelques lampées dans l’ouie de la victime. Tant qu’à s’apitoyer sur le sort sur la maman des poissons autant boire un coup à sa santé et qu’elle s’en aille nager peinarde. A suivre…

 

 

 

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