Septembre, j’ai débarqué ici en septembre, il y a vingt septembre. Je me souviens d’un « château » qu’un entrepreneur parisien retapait pour en faire un lieu de séminaires, un peu luxe. J’y travaillais comme tâcheron pour un maçon. Ca sonne un peu con, ce mot, tâcheron. Payé à la tache. Payé comme une tâche. Le jeu consistait à bâtir à vitesse olympique. Courir comme un fou, toute la journée pour un salaire dérisoire... Un jour qu’on était affalés autour du camping gaz pour la « pause déjeuner sur l’herbe » une jolie femme est venue se joindre à notre tableau.
« -Bonjour, je peux manger avec vous ?
- Ben oui... ? »
Elle a défait un semblant de chignon et éclaté sa chevelure noire. Puis elle a assis son short moulé et étendu sous nos yeux ahuris ses jambes bronzées.
« -Je suis embauchée comme femme de ménage dans la partie du château qui est déjà rénovée. J’ai commencé ce matin.
-comment tu t’appelles ?
-Clara, vous c’est Philippe et Fred, le patron me l’a dit. Qu’est ce que vous mangez ?
-Euh... une boite de...
-J’ai de la salade, vous en voulez ? J’ai des fruits aussi, les mecs entre eux çà mange n’importe quoi. »
On aurait bien mangé n’importe quoi dans sa main tellement elle était jolie.
« -Combien il te donne le patron ?
-cinquante !
- !!!? »
On a finit par l’avoir à coup d’opinel notre boite de petit salé. Clara mangeait des tartines de « tarama » avec une petite salade, très délicatement, esquissant sourires sur sourires. Avec notre air frustre de bêtes de somme, on répondait à son sourire par des crispations de bouche, entrecoupés de borborygmes, comme autant de preuves d’intérêt. Après quoi, nous prolongions notre crispation en nous dévisageant niaisement. Elle paraissait ravie de déjeuner en compagnie de deux imbéciles. Elle expliqua qu’elle arrivait de Grasse. On pensait qu’elle n’en manquait pas. Comme elle étouffait dans son cocon familial, la princesse venait taquiner un peu l’aventure dans les Cévennes. On l’écoutait en rongeant nos doigts brûlés par la chaux. Elle venait ici parce qu’elle y avait passé ses vacances quand elle était petite. Elle logeait dans un maset appartenant à son oncle. Allongé dans l’herbe et sur mes douleurs, je l’entendais, mais je ne l’écoutais plus. Je devais penser exactement la même chose que mon andouille de patron. Il se roulait un pétard. C’est un truc qui l’aidait à lire les plans à l’envers. A l’issue du repas, on s’est pointés dans un des appartements du château qui servait de gîte à notre employeur.
« - On veut faire des ménages !
- ????! »
Il nous a augmenté. On est passé de trente cinq de l’heure à trente sept cinquante. Puis on s’est retrouvés cons, comme d’habitude au cul de la bétonnière
fleurs et tomates