La soixantaine, d’une taille imposante, il semble sorti d’un film d’Emir. Avec des grands yeux cernés et malicieux, les joues qui tombent, il impressionne notre capitaine Giboli qui recule à mesure que l’autre avance. De grandes oreilles ornent un crâne partiellement dégarni. Un nez saillant accentue le côté décharné. Le dos voûté sur un corps maigre. Gib, l’imagine coiffé d’un casque en cuir, équipé d’antiques lunettes aux commandes d’un vieux coucou. Ce n’était pas loin. Norbert se passionne pour les courses automobiles. Il parle avec distinction quoique empreint d’un défaut qui s’apparenterait au handicap laissé par une patate en tenaillée dans un appareil dentaire. Son allure générale ne dépare pas de ses mimiques et bonnes manières, habillé d’un short long, en tissu à carreaux écossais, sur des chaussettes brunes tirées bien haut au dessus de souliers noirs démodés, une chemise rose style yaourt fruitasses. Il Hume et sourit comme un cheval tiré en arrière par le mord. IL découvre entre ses lèvres épaisses et toutes violettes, des dents qui ont du déjà servir dans une vie antérieure. Norbert partage son temps entre la Grande Bretagne, l’Italie et la Belgique. C’est un PéDéGé. Y a pas de sots métiers se dit Gib. Il dirige une usine de bibelots plastique. Ca étonne Gib comme idée. Devenir PéDéGé pour fabriquer des merdes. Pour quoi m’est il impossible de penser des trucs pareils ? Pense Gib. Louis Paul accueille un autre invité qui s’honore d’être architecte et maître d’œuvre dans la demeure que vient de s’offrir Norbert quelque part en Toscane. Ce moustachu qui s’appelle Bertrand, joue aux artistes. C’est une joaillerie ambulante. Gib le flaire tartuffe. Il flatte en même temps qu’il se gonfle. A surprise générale, il se met en maillot de bain, roule un peu des épaules et pique une tête dans le port après avoir demandé au skipper de lui préparer l’échelle de bain et qu’il lui eût confié sa montre. Les deux autres l’accompagnent du regard avec le même attendrissement qu’un couple surveillerait le bain du petit. Il se hissera à bord peu de temps après, se flattant les poils du thorax comme un paysan tâte les ridelles de son tombereau et au passage d’un coup de tête éclabousse Louis Paul tout dissertant quant aux lignes galbées du voilier qu’il a caressées. Gib pense que tout cela manque de femmes.
Les deux invités admirent le voilier de Louis Paul et ne tarissent pas d’éloges quant au goût très sur de leur hôte. Ils devisent un moment sur les travaux entrepris par Norbebert dans son château. C’est décidé, Gibolin*, l’appellera Norbebert.
-c’est une splendeur, c’est magnifique.
-C’est merveilleux, c’est gai.
- C’est magique, c’est admirable
-J’ai fait installer douze chambres et douze salles de bain…
- C’est incroyable, non ?
- Et tes voitures ?
- Oh ! Je me suis assagi, je n’ai plus que trois Ferrari et trois Porches…Je fréquente encore quelques circuits, mais à présent, je suis incapable de maintenir une vitesse honorable plus de vingt minutes.
Il jette un œil à Gib, sentant celui-ci déconcerté. Il ajoute, souriant un comme un cheval « postier » en pleine saillie :
-J’ai possédé jusqu’à dix sept voitures, jeune homme…
-Tout juste un peu moins que je n’ai eu de femmes…
- Seulement ?
-Officielles…
-Capitaine versez nous des rafraîchissements, que nous portions un toast à toutes ces merveilleuses créatures…
-Et à Tolérance Messieurs…
Trois bouteilles de rosés et six yeux rouges plus tard, ils se mettent en ordre de bataille pour aller s’en jeter quelques uns dans un bar suivi d’un dîner en ville
fleurs et tomates