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Le temps qui passe

Septembre 2006
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C’est énervant. Ce doit être à cause de mon manque d’intérêt à l’égard du foot. La « Coupe du monde des sans abris » en Afrique du Sud avec des subsides de L’UEFA et les amandes des joueurs pro, une insulte, une tente, un crachas, un mouchoir, un coup d’boule, un placard. C’est y pas con çà encore. On pourrait aussi organiser la coupe du monde des prisonniers de guerre, à Guantanamo. La coupe du monde des radeaux de la méduse, aux Canaries, patronnée par le haut commissariat aux réfugiés. La coupe du monde des amiantés et des irradiés dans les hangars  du Clemenceau, des transfusés maladroitement et des grands brûlés sur le pont d’envol, des aveugles et des spectateurs de télévision à TFI, des rescapés de la IVème République, des déçus de la non candidature de Lionel Jospin à l’UMP, de la prostate à Solutré, Ou bien… Ou bien alors la coupe du Monde des chômistes RMeurs, section choucroute telle que j’ai pu la faire hier, comme chaque année à peu près à la même date. J’ai rentré les choux à la cave. Je les râpés, tassés, aromatisés, reclus dans un pot de gré, en deux heures dix minutes et ouais.      

 

 

 

 

                           

 

-LARGUEZ …Tout ?…C’est bon ?

 

 

- C’est possible…

 

 

Cap sur  la « Côte ». Louis Paul donne son avis à propos d’architecture.

 

 

- vous autres français, vous avez défiguré une bonne partie de votre littoral et cela sans conteste à cause de votre manie des vacances obligatoires qui vient de la fronde populaire.

 

 

-Non Monsieur, du temps de Mazarin, on savait encore construire, quant au front populaire c’est sur les galets des côtes normandes et le sable du nord  que le plus souvent l’ouvrier allait poser son cul après être passé par les guitounes de plage.

 

 

Gib descend énervé. Pourtant il fait des efforts pour éviter de répondre dans ce genre de conversation. Mais çà tourne invariablement en eau de boudin sur des considérations oiseuses pleines de futilité et il finit par secouer la tête comme un toutou en plastique sur la plage arrière d’une voiture à son pépère et sa mémère. Et Pourtant, Louis Paul fait des efforts, lui aussi, par exemple, il lit un livre sur les exclus, qu’il laisse traîner ostensiblement. Il a même lu un livre de l’abbé Pierre dont il surligné au stabilo jaune quelques passages à l'intention de Gib.

 

 

Louis Paul ne fait pas que lire l'abbé, il  suit de temps en temps les nouvelles de son usine tunisienne par téléphone irridium, avec son nécessaire  et fidèle Ahmed qui de Tunisie, lui donne régulièrement des informations sur la production, la consolidation des comptes, voire la nécessaire fermeture temporaire de l’usine.

 

 

-… Fermez l’usine dix jours, afin de ne pas perdre trop d’argent sur cette histoire là, hein…Je compte sur vous Ahmed »

 

 

-les pauvres gens, en plus d’avoir Ben Ali, ils ont Louis Paul aussi…

 

 

-Tu vois Cher Capitaine, les tunisiens sont intelligents et travailleurs, et on ne leur en demande pas plus, sans compter qu’ils ne sont pas continuellement en grève ou en revendications comme vous au’t, messieurs les français, ils aiment le travail eux. Vous, vous n’aimez pas travailler, le malheur c’est vos 35 heures et vos soient disant avantages acquis. En Belgique, les gens sont au travail, il n’y a pas de misère et… Ne ris pas, c’est vrai, je te l’assure. Vous n’aimez pas vous enrichir, j’ai difficile à me l’expliquer…Vous êtes jaloux de ceux qui réussissent à force d’avoir travaillé et le résultat c’est que l’argent part ailleurs. Je ne laisse presque plus rien en France, je mets mes comptes ailleurs. Vous feriez mieux de travailler, plutôt que de rester les bras ballants pendant que tout fout le camp. D’ailleurs, je ne comprends pas comment il est possible de laisser autant de gens dans la misère dans un pays comme la France, pourquoi ? Comprends tu cela?

 

 

- Peut-être qu’on aime aussi la Tunisie…

 

 

 

 

 

                                      

 

                                  

 

 

 

 

J’ai entendu ce matin, sur Inter, que des chercheurs admettaient un lien entre la maladie de Parkinson et l’usage des pesticides en agriculture. Qu’en outre, une partie de ses pesticides, était retrouvée, après études en Angleterre, dans les fruits, figurant au programme « 5 fruits par jour » dans les écoles… Pour le premier point, j’en connais un cas autour de moi, pour le second point, depuis des années, l’agriculture biologique propose une autre voie et nous met en garde sur les dangers des produits de synthèse et toutes les saloperies utilisées pour accroître les rendements et se faire de la tune sur le dos  de tous, au mépris de la santé publique. Le cynisme des fabricants, répondant qu’il faut que « les utilisateurs de pesticides se protègent mieux », n’est plus à démontrer.  Un moyen de lutter, lorsqu’on ne peut pas jardiner pas soi même, c’est le choix de ses consommations, et au-delà des distributeurs. J’irai donc aujourd’hui de ma prose militante en vous proposant le choix des biocoops : « CONSOM’ACTION » comme ils disent. Il existe un guide, qui répertorie toutes les biocoops, nombreuses, qui ont ouvert un peu partout sur le territoire, et qui permettent de faire ses courses, où que l’on soit, pour vivre de façon plus saine, en contournant « l’agro-industriel chimique » et les risques qu’elle engendre pour l’organisme et la nature, et ce, de façon économique. Malgré un revenu très modeste, je parviens à m’y procurer l’essentiel des courses nécessaires, et c’est un engagement, comme un autre bulletin de vote, c’est d’abord  par des choix de vie au quotidien que l’on contribue à faire bouger la société. Nous sommes tous responsables, plutôt que de suivre les « politiques », qu’ils nous suivent…et en courant s’te plaît, ouais.

 

 

Site Internet : www.biocoop.fr 

 

 

 

 

 

 

                                      

 

 

 

 

 

           

 France Inter ce matin : La liste des délits, impliquant un fichage Adn s’élargit, exemple :

 

 

Un faucheur d’Ogm, refuse le fichage Adn. Si, en plus de réfléchir aux marchandises qu’on nous prépare, le gars refuse de porter un code barre, où va-t-on ? D’habitude tout le monde passe tête baissée avec son caddy et ne trouve rien à redire. En voilà un qui relève la tête, et qui va nous faire péter les sonneries du magasin. Il faudra donc l’arrêter et lui coller une grosse amande. En cas de récidive, puisque pour lui « Elle tourne… », une grosse prune. En cas de re récidive le mettre en prison avec une carte de fidélité. La démocratie, la liberté entre autres, d’alerter les citoyens sur un danger camouflé, n’ont pas été acquises une fois pour toutes. Elles sont constamment exposées, ballottées, remises en question par ceux là mêmes, qui sont censés les garantir. Pendant ces mois où les « petites phrases » des candidats et leurs postures vont accaparer les opinions où au contraire les agacer, pendant le bourrage de crâne préélectoral, restons vigilant à l’érosion des droits du citoyen et à la liberté d’informer des dangers qui nous guettent.    

 

 

 

-ET LA SARDAIGNE ? TU CONNAIS LA SARDAIGNE ?

 

 

- Pourquoi, monsieur a préparé sa boîte à vomi ?

 

 

Passent quelques jours à Bonifacio où la météo se montre clémente. L’appareillage sera décidé par Louis Paul, le jour bien sûr, Gib l’aurait parié, où les conditions seront les moins favorables. Objectif, embarquer des invités à l’Ile d’Elbe.

 

 

Arrive le jour dit,  25 nœuds de vent dans le port, direction Naples et ensuite descente sur les Eoliennes et retour sur Elbe. Après les traditionnelles secousses dans les passes de la calanque, grand voile arisée, et trinquette à poste, les voilà  décoiffés dans le vent d’ouest, établi au dessus des trente nœuds avant d’abattre progressivement en direction des Bouches de Bonifacio. « Le balancement maudit » cher au poète, les prend sur le travers arrière et provoque chez Louis Paul quelques pincements de lèvres, tandis qu’il commence à pâlir très sensiblement.  Son teint rose et frais s’estompe au profit d’un sobre vert pâle, très prisé chez bon nombre d’aquarellistes marine. Qu’importe, il restera accroché à la barre. Gib lui conseille d’abandonner pour l’heure, les joies du pilotage automatique. Dans les bouches, le vent force pour s’établir à 35 nœuds avec quelques rafales au delà de 40. La météo semblant persister dans cette politique de courant d’air, provoque l’instabilité du cours des choses qui les entraîne sur un plan d’eau passablement énervé. Le vent  paraît bien plus les chasser que de les accompagner poliment vers l’Italie. Entre sourires de circonstance et  remontées gastriques, Louis Paul réfléchit à un changement de programme.  En attendant un changement de plan, Gib informe qu’il va devoir encore réduire la voilure et qu’à cette fin il lui demande de lofer un poil.

 

 

-Non Louis Paul, lofer,… oui à droite si tu veux…, non, çà c’est à gauche, tu sais bien que tu aimes pas à gauche…trop ta…oui bel empannage… ben non, on a rien cassé…oui c’est un très bon bateau…Hé oui,  il faudrait reprendre un ris, c’est pour cela que je demandais à Monsieur de lofer… se rapprocher du lit du vent…oui, je sais que Monsieur sait…Ce n’est rien, on recommence… 45 nœuds établis avec des rafales dépassant largement les 50. C’était prévisible, c’était  même prévu dans toutes les conversations avisées de ponton, mais voilà quand on a l’habitude d’ordonner pour être servi…On est servi. - bateau robuste et très marin, dit le Giboli pour rassurer Louis Paul. Et Gib marmonne en plus quelques principes généraux de météorologie et autres particularités locales de la côte Est de Sardaigne qui à n’en pas douter vaut aussi le coup d’œil par ces temps agités.

 

 

-C’est merveilleux…

 

 

Dont acte, lof sans coup férir, et cap à l’abri de la côte Sarde, sur... Porto Cervo.

 

 

 

              

 

C’est reparti comme…en 2002 ; en pire. On peut toujours faire pire quand on a de la volonté et de l’énergie à privatiser. Les notes de préfet, la police un rien montée contre la justice, suivi d’un sondage approuvant dans sa grande majorité l’action du ministre de l’intérieur. Jusqu’à voir ici même, au bout du monde, fleurir son portrait à longueur de petites routes de montagne. Quand je  les vois je pense à Louis de Funès, «  La folie des grandeurs », en triste. C’est triste, et le plus triste c’est qu’il existe des gens pour coller çà. Il pleut, çà ne va pas tenir longtemps. Une affiche électorale, c’est comme une promesse d’automne, une feuille qui change de teinte et qui tombera avant les grands froids. C’est de la tune pour afficher sa gueule. C’est de la tune qui tombera dans les fossés, un rien polluant les bas cotés. On va remettre le couvert. C’est reparti pour une indigestion présidentielle avec plein de salades démagogiques, plein de coups tordus à manger sous la serviette, pleins de tronches de premiers de la classe pour s’écouter parler. Ils ont fait trop d’études pour trouver çà intelligent ce qu’ils disent. Qu’ils s’écoutent, ils s’ennuieront. Tien, as tu déjà écouté Laurent Fabius, as-tu déjà essayé de te passionner avec çà, cette impression de creux,  et Nicolas Sarkozy, cette évidente volonté de pouvoir,  toujours en plus triste  Lepen en douteux brocanteur d’évènements historiques, et François Hollande qui n’a rien à dire sur un parvis et qui le dit quand même  et Ségolène Royal qui voyage, qui voyage, et puis François Bayrou qui dit des trucs bien qu’à force en penserait même que c’est pour se faire remarquer. Quant aux autres, ils ne perdent rien pour attendre, on va s’en occuper aussi. Les présidentielles çà ressemble de plus en plus à un jeu de ballon à la con avec les supporters qu’il mérite.           

 

 

 

 

         

  La soixantaine, d’une taille imposante, il semble sorti d’un film d’Emir. Avec des grands yeux cernés et malicieux, les joues qui tombent, il impressionne notre capitaine Giboli qui recule à mesure que l’autre avance. De grandes oreilles ornent un crâne partiellement dégarni. Un nez saillant accentue le côté décharné. Le dos voûté  sur un corps maigre. Gib, l’imagine coiffé d’un casque en cuir, équipé d’antiques lunettes aux commandes d’un vieux coucou. Ce n’était pas loin. Norbert se passionne pour les courses automobiles. Il parle avec distinction quoique empreint d’un défaut qui s’apparenterait au handicap laissé par une patate en tenaillée dans un appareil dentaire. Son allure générale ne dépare pas de ses mimiques et bonnes manières, habillé d’un short long, en tissu à carreaux écossais, sur des chaussettes brunes tirées bien haut au dessus de souliers noirs démodés, une chemise rose style yaourt fruitasses. Il Hume et sourit comme un cheval tiré en arrière par le mord. IL découvre entre ses lèvres épaisses et toutes violettes, des dents qui ont du déjà servir dans une vie antérieure. Norbert partage son temps entre la Grande Bretagne, l’Italie et la Belgique. C’est un PéDéGé. Y a pas de sots métiers se dit Gib. Il dirige une usine de bibelots plastique. Ca étonne Gib comme idée. Devenir PéDéGé pour fabriquer des merdes. Pour quoi m’est il impossible de penser des trucs pareils ? Pense Gib. Louis Paul accueille un autre invité qui s’honore d’être architecte et maître d’œuvre dans la demeure que vient de s’offrir Norbert quelque part en Toscane. Ce moustachu qui s’appelle Bertrand, joue aux artistes.  C’est une joaillerie ambulante. Gib le flaire tartuffe. Il flatte en même temps qu’il se gonfle. A surprise générale, il se met en maillot de bain, roule un peu des épaules et pique une tête dans le port après avoir demandé au skipper de lui préparer l’échelle de bain et qu’il lui eût confié sa montre. Les deux autres l’accompagnent du regard avec le même attendrissement qu’un couple surveillerait le bain du petit. Il se hissera à bord peu de temps après, se flattant les poils du thorax comme un paysan tâte les ridelles de son tombereau et au passage d’un coup de tête éclabousse Louis Paul tout dissertant quant aux lignes galbées du voilier qu’il a caressées. Gib pense que tout cela manque de femmes.  

 

 

 

 

Les deux invités admirent le voilier de Louis Paul et ne tarissent pas d’éloges quant au goût très sur de leur hôte. Ils devisent un moment sur les travaux entrepris par Norbebert dans son château. C’est décidé, Gibolin*, l’appellera Norbebert.

 

 

 

 

-c’est une splendeur, c’est magnifique.

 

 

 

 

-C’est merveilleux, c’est gai.

 

 

 

 

- C’est magique, c’est admirable

 

 

 

 

-J’ai fait installer douze chambres et douze salles de bain…

 

 

 

 

- C’est incroyable, non ?

 

 

 

 

- Et tes voitures ?

 

 

 

 

- Oh ! Je me suis assagi, je n’ai plus que trois Ferrari et trois Porches…Je fréquente encore quelques circuits, mais à présent, je suis incapable de maintenir une vitesse honorable plus de vingt minutes.

 

 

 

 

Il jette un œil à Gib, sentant celui-ci déconcerté. Il ajoute, souriant un comme un cheval « postier » en pleine saillie :

 

 

 

 

-J’ai possédé jusqu’à dix sept voitures, jeune homme…

 

 

 

 

-Tout juste un peu moins que je n’ai eu de femmes…

 

 

 

 

- Seulement ?

 

 

 

 

-Officielles…

 

 

 

 

-Capitaine versez nous des rafraîchissements, que nous portions un toast à toutes ces merveilleuses créatures…

 

 

 

 

-Et à Tolérance Messieurs…

 

 

 

 

Trois bouteilles de rosés et six yeux rouges plus tard, ils se mettent en ordre de bataille pour aller s’en jeter quelques uns dans un bar suivi d’un dîner en ville

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