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Le temps qui passe

Septembre 2007
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C’est surement l’approche de la cinquantaine, inéluctable loi nous rapprochant de ces parallèles rugissants qui nous amène à croiser de plus en plus nombreux ceux qui touchés eux-mêmes ou dans leur entourage par le « crabe » comme l’appelait Bernard Moitessier, nous rappellent notre vulnérabilité au temps qui passe ou aux temps modernes. J’errais ce matin dans les allées bien larges et souvent clairsemées des chalands de la foire du 22, cette année le 21, samedi obligeant. La foire du 22, la grande affaire des anciens ici, foire qui clôturait cette période de marché et de fête qui avait démarrée le 9 septembre et concluant le temps des moissons et des récoltes de l’été. Jadis dans le pays viganais, comme ailleurs à la « saint Michel, tout le monde déménage », bêtes, produits agricoles, coloraient ce grand rassemblement sous les couleurs et flonflons de fête foraine durant toute cette grosse quinzaine. Mon vieux voisin me racontait cet unique voyage de l’année où il partait avec son âne à travers les cols et les sentiers. Vieux célibataire, il se cognait à ses dires, plus d’une trentaine de kilomètres, jalonnés d’escales chez cousin ou cousine le temps d’une nuit. Il s’en allait rejoindre à pied ce rassemblement paysan temps fort de l’année, où il s’enquerrait d’une paire de pataugas, d’une chemise, d’un bleu, d’un sac de semences et du tabac pour l’année. De ces temps évanouis dans l’âcre fumée de son Scarlatti, il ne reste rien  que des vestiges qui telles des portes antiques délimitent ce souvenir, à deux dates conservées comme commémoration d’une ancestrale pratique rurale, qui ne s’appuyant plus sur une réalité n’a d’autre allure que celle de deux gros marchés, du moins changeant quelque peu la physionomie d’un traditionnel marché du samedi. Plus de marchands et de pasticheurs que d’acheteurs ou de badauds s’essaient à ce jour, d’égayer Le Vigan. La petite sous préfecture semble prendre son rythme pépère pour l’hiver. Ici, il y a deux saisons, du 14 juillet au 15 août ou viennent en ballades pour des temps de plus en plus courts les touristes, et puis, passée la torpeur de quelques jours à vide, l’année scolaire à suivre. Les dernières usines textiles ferment tandis que fleurissent les supers et les inters, officines dédiées à la consommation des classes moyennes, ou moins que moyennes, en rapport avec la friche industrielle qui s’étend. L’argent ne court pas les rues, c’est criant, à voir la mine des commerçants, et des clients peu empressés. Je n’y étais pas allé, en m’y imprégnant de cette façon, depuis de nombreuses années et seul le hasard d’une panne ce jour, me privant quelques heures de mon auto retenue à l’entrée de la petite ville dans un garage, me donna l’occasion d’y arpenter les rues. L’impression d’atonie et d’appauvrissement peine à disparaître sous les conversations illustrant les retrouvailles sous les platanes,  pourtant en paroles colorées et chantantes dans les petits groupes se retrouvant, devant tel ou tel banc de commerçant ambulant. Notre sénateur, en tenue décontractée et coiffé de son impeccable toison blanche, promène, débonnaire et accessible son regard d’élu et ne manque pas de saluer tel ou tel qui le reconnaît ou le sollicite d’un vibrant « oh monsieur le sénateur… » Et je rencontre tour à tour l’une ou l’autre qui me reconnaissent du temps où je  « faisais le marché ». Après les traditionnels tu es revenu ? Que deviens-tu ? à moi qui devenu casanier n’a pratiquement jamais quitté la montagne toute proche, s’ensuivent les nouvelles des uns et des autres et nous conduisent tout naturellement à prendre place à la terrasse d’un café, comme au bon « vieux temps » où j’officiais comme boulanger ambulant. Odeurs de cigarettes, de pastaga, effluves des fritures et des rôtisseries en batteries afin que les poulets n’en perdent point l’habitude jusqu’après leur trépas, parfums bons marchés et tendresse de mon interlocutrice qui ne me trouve pas trop changé, « juste un peu patiné… » Et toi, que deviens tu ? Je la trouve très amaigrie. Sans détour, elle me parle de rémission, mot que ne pourront pas employer tous ceux qui figurent dans la triste liste qu’elle m’aligne comme on égrène les victimes du temps qui passe chez les anciens. On pourrait bien sûr évoquer la fatalité, ou certains excès, mais, car il y a un mais, trop c’est trop, et pose question. Qu’en est-il de nos vies, en ces temps ou le devoir imposé, au-delà du parcours du combattant pour dénicher un boulot mal payé permettant d’accéder au nécessaire, se résume dans l’héroïsme banal et quotidien du devoir de consommer à bas prix toutes ces merdes si bien emballées issues de l’agroalimentaire ? Qu’en est-il de l’air qu’on respire sans doute et sans alternative au milieu de toutes ces cultures empoisonnées par les intrants, pesticides et autres joyeusetés. Aucune formation scientifique ne me permet d’accuser, cependant, je ne puis que remarquer le malaise engendré par les déclarations du Professeur Belpomme aux Antilles et la crainte sans réflexion que ses propos entament l’économie locale pour n’être point alerté. Et que dire de ces élus UMP qui renâclent à l’idée des cantines bio, sans oublier la FNSEA qui s’offusque qu’un ministre semblant intéressé par l’écologie puisse oser l’outrecuidance d’une réserve sur les OGM. Telle la réplique fameuse des tontons flingueurs : « Y’a pas que d’la pomme », je me lâcherai d’un « y’a pas qu’le tabac » à nous foutre le cancer. Déodorants, bouffe aux colorants, matériaux divers…pesticides, fongicides, stress des petits boulots cons et mal rétribués. Comme le disait Madame Parisot, la vie est précaire et il est loin le temps ou l’on me disait gamin, faut travailler pour vivre…Aujourd’hui faudrait selon l’adage de notre premier élu travailler plus pour gagner plus. Pourquoi faire, gagner plus, se payer de belles obsèques après des décennies de cotisations ?
Elle avait un drôle de gout, ma petite bière, ce matin de foire, un petit gout de bourdon et de révolte avant de retourner dans ma montagne. Demain sera un autre jour, excusez moi, il me faut semer la mâche et les épinards, on se revoit demain …à la terrasse devant mon arbre
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