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Le temps qui passe

Septembre 2007
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Il se sentait bien, très bien. Allongé, l’esprit clair, il jouissait d’une confiance et d’une détente jamais atteinte. Jamais pareil sentiment de plénitude et d’infinie décontraction ne l’avait auparavant tant ému. Aucune  autre pensée n’osait s’aventurer à l’envers de son regard plongé dans le ciel. Il ne voyait rien. Il buvait des yeux. Entre sa pensée et l’azur, il n’y avait rien d’autre que son regard perdu. Rien d’autre à faire, rien d’autre à voir que ce bleu tellement doux. Les cieux se laissaient caresser çà et là de quelques cumulus. Il replongeait en enfance. Pas un souffle d’air. Il se voyait dans l’eau avancé jusqu’à  mi taille. Cette fois tout était gris, comme l’ambiance lourde  d’une soirée d’orage.  Dans un mouvement circulaire, ses mains glissaient à la surface d’une mer d’huile, apaisante et si délicieusement fraiche. Il entendit une femme crier « Pauline à table » et dans l’instant suivant, il la vit, plonger devant lui. Après qu’elle eut noué ses longs cheveux, la jeune fille avait piqué de la tête dans le vide. Elle s’était élancée du pont d’un vieux chalutier en bois, qui somnolait là, embossé devant la demeure de son armateur. Elle nageait à présent, semblant filer et fendre la surface des flots avant de disparaitre d’un coup de reins. Il n’entendit que des petits ruissellements, distingua le bruit de ses pieds nus sur les galets crissant. Elle rejoignait la maison cachée par la coque du bateau. Il se revit, après, recroquevillé dans la cour, au soir. Il faisait nuit et froid mais il était bien, alors que tout le monde le recherchait dans la maison. Il fixait la corde à linge et les quelques pinces accrochées. Il lui sembla tout à coup s’envoler et puis se tenir, toujours accroupi, sur la corde. Il tint là quelques longues minutes jusqu’à ce qu’il regarda sur le coté, la fenêtre allumée d’où semblait s’écouler  chaleur et flots de bien être. Il quitta la petite maison de banlieue et se revit à vingt ans. Monts d’Arrée, une vielle bâtisse isolée, Il se tenait devant l’âtre et la jeune femme à ses cotés disait à tous les chevelus qui remplissaient l’unique pièce en terre battue, « demain on lâche tout et on vient vivre ici ». Il se revit en mer, de quart, un soir sur la passerelle. Il venait d’en finir avec son point d’étoiles, sa « crépu ». L’équipage non de quart, regardait un film en plein air sur la plage arrière et lui, assurait pour tous, veille et navigation du  navire aspiré dans la nuit au large. Il se revit plus tard assis au piano, à quatre mains, aux cotés de l’artiste qu’il admirait. Et tous les deux jouaient dans ce bœuf où chacun des musiciens échangeait  son instrument après chaque morceau. Il se revit plus tard encore faisant l’amour sous un chêne lui-même illuminé d’un ciel étoilé, lui sur le dos elle dessus dans un tel balancement  qu’il en éprouvait encore à l’instant le bonheur dissimulé aux âmes saintes. Plus rien n’avait d’importance, tout était important. Il était étendu sur la route, les bras  en croix. A vrai dire, il était mort. Il n’avait pas senti venir le camion qui l’aspira au passage. Rien du choc ne l’avait fait souffrir dans son envolée à la suite de la citerne. Il gisait là, par terre, tandis qu’on s’affairait autour de lui. Il ne les voyait pas, pas plus qu’eux ne reconnaissaient la vie en lui. Le bleu, rien que le bleu du ciel enrobait sa vision et plus rien ne le dérangeait, à cet instant en suspens, tout comme lui, dans les minutes qui suivirent son accident. La journée avait à peine commencée qu’il finissait sa vie comme il était né, soufflé et happé dans un moment de surprise.      
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