Pour l’autre, la vie continuait, mais plutôt mal. Descendu de son camion, il ne cessait de répéter merde, merde, merde. C’était aussi la couleur de ce qu’il transportait dans sa
citerne.
« Quand même, se faire écraser par un camion de merde », ressassait-il, conscient de l’absurdité de ce destin auquel il était mêlé de plein fouet. Le tragique côtoyait ce
matin l’aberrant, qui pépère, foulait l’éphémère et la vacuité. La vidange d’aujourd’hui s’empesait d’un lourd transport, celui d’une vie fauchée, pour honorer à l’heure la première fosse
toutes eaux. Et voilà comment, il aperçut au dessus de lui, se pencher le visage du vidangeur, qui lui barrait son bleu, et lui restituant son odeur, alors qu’ayant cru entendre quelque ange
précurseur, il s’apprêtait à voir, le visage multimillénaire d’un dieu barbu et… sans aucun doute courroucé d’une telle ineptie. Un ramasseur de crottes s’interposant entre lui et Lui.
fleurs et tomates