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Le temps qui passe

Octobre 2007
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Toujours  dans la suite à dialogues plutôt que monologues et les aventures du capitaine Igloo je vous propose cette nouvelle de Karine Bergami...toute ressemblance...

ET VOUS SEREZ TOUS REINSERES
 
 
Le maire d'une charmante bourgade endormie du sud de la France, appelée Cigalous, avait décidé d'éradiquer le chômage sur sa commune. Un jour, ayant quelque peu abusé de la boisson locale anisée, il se fit la réflexion que s'il n'y avait plus de chômeurs il n'y aurait donc plus de chômage. Dès lors, il trouva un sens à sa vie, il fallait exterminer les chômeurs et surtout les chômeurs de longue durée, en fin de droits ou rmistes, ceux qui résistaient au monde du travail. Il ne connaîtrait pas le repos avant que cela ne fût fait. Il organisa des brigades de lutte contre le chômage, dénommées BLC qui de jour comme de nuit ratissaient les ruelles du village à la recherche d'oisifs. Il est bien connu que le chômeur est par essence même oisif, déprimé. Il se terre chez lui devant la télévision, branchée sur la première chaîne, abusant de stupéfiants, ou il traîne au café, sur la place dès les beaux jours à jouer à la pétanque. Les employés municipaux appartenant aux BLC, recevaient une prime pour chaque chômeur embarqué, créant ainsi une saine émulation au sein du peloton. Quelques rares dommages collatéraux à signaler, il se trouvait parfois que certains artistes furent embarqués par erreur. Pour excuser quelque peu les BLC, c'est vrai qu'il est très dur de différencier un artiste d'un chômeur. Seuls ceux pouvant justifier de revenus liés à leur art étaient relâchés, les autres assimilés aux chômeurs de base. Car créer, c'est bien connu c'est une combine pour ne rien faire, car si personne n'achète vos oeuvres, c'est que vous êtes médiocre et qu'il vaudrait mieux faire autre chose, pour être enfin utile à la société. Parmi ces pseudos artistes, à signaler la présence, en augmentation ces dernières années, de Parisiens fainéants, venus se la couler douce dans le sud de la France alors que nos enfants, nés ici, eux c'est un comble sont obligés de remonter pour trouver du travail.
L'expérience semblait bien fonctionner, il ne se passait pas une semaine sans que des journalistes ne viennent voir cette nouvelle politique communale qui déjà servait de modèle ailleurs. Il n'y avait plus le modèle suédois, anglais ou danois mais le modèle cigalois. Il est vrai que les résultats étaient là, 95% de chômage en moins. Les chômeurs une fois embarqués, étaient enfermés au Fort, qui abritait autrefois la confection de chaussures de sécurité, véritable fierté locale, désormais délocalisée en Chine. Maintenant, les chômeurs ne chômaient plus, ils étaient pris en main du matin au soir, travaillaient pour la commune à moindre coût contre le gîte et le couvert. Le dimanche était chômé, ils pouvaient alors sortir mais devaient être à leur poste le lundi matin à
8 h précises sous peine de poursuite, chien aux fesses. Il avait fallu embaucher des surveillants, des maîtres-chiens. Le budget de la commune se portait à merveille car tout nouveau chantier était confié aux travailleurs du fort. La ville était fleurie comme jamais, pas une crotte de chien à l'horizon, toutes les façades étaient ravalées, une vraie carte postale.
Tout aurait été pour le mieux, hélas quelques chômeurs dissidents avaient échappé aux rafles. Ils s'étaient organisés en réseaux, communiquant par code. Ils se retrouvaient deux fois par semaine, dans un lieu connu d'eux seuls, à la nuit tombée pour des raisons évidentes de sécurité. Ils échangeaient des informations, laissaient libre cours à leurs pensées et leur imagination durant des ateliers d'écriture. Il s'agissait d'un amas hétéroclite de gauchistes, altermondialistes, anarchistes, écologistes et autres istes hostiles à toute idée d'insertion. Incapables de vivre comme tout le monde, de respecter l'ordre, les horaires, tout ce petit monde était quasi ingérable…A suivre


Karine Bergami


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