J’ai quitté, le temps d’une journée, mon refuge. J’ai surpris la montagne qui me croyait captif. J’ai foncé vers le sud dans ma voiture déglinguée. Je suis allé à l’autre bout du monde, là bas, à la frontière du sec et de l’humide. A l’exacte séparation des éléments, à l’endroit précis où la mer recrache d’étranges figures qui s’impriment dans le sable. Je m’y suis cherché. Je n’y étais pas encore. J’avais encore à attendre, du temps devant moi. Du temps comme le sable que la mer recouvre à chaque onde qui vient y glisser. Je me suis assis face au vent, dans le bruit des rouleaux qui s’écroulent. Je m’y suis endormi en pleurant. Puis je me suis relevé, couvert des grains dorés comme un marchand de sable. J’ai regardé une dernière fois la mer, la frontière. Le vent qui on appelle ici le Marin, se levait, chargé ras la cale d’humidité. Je n’avais plus qu’à repartir dans ma voiture déglinguée, vent arrière, jusqu’à la montagne, où le vent pousserait les nuages. J’ai retrouvé mon refuge, mais je repartirai encore. J’irai voir la frontière, comptable du temps qui passe.
fleurs et tomates