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Le temps qui passe

Octobre 2007
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Bon faut pas mollir, même si toi Bhl, tu ne vois rien venir à gauche. C’est normal, on est tout p’tits, cachés dans l’ombre, et on pue des pieds, surtout quand tu parles. Faudrait que tu te penches. Cà m’a toujours étonné les gens d’en haut qui parlent pour ceux d’en bas. On dira qu’on s’en fout hein et pis elle était un peu dure la dernière question. A la fin de l’émission, je t’imaginais couvert de la  même poussière que la Porsche qui tâte André. Tu as l’air très sérieux, même un peu triste. Plus triste que sérieux même. Y’a peut être personne pour te parler simplement, te raconter des conneries. Tu sais nos conneries qui nous accompagnent tous les jours comme une envie de pisser qu’on traine dans le dernier métro et qu’on ne veut pas quitter parce que sinon, on va finir soulagé mais à pieds…Sérieux, Je ne sais pas comment tu vas, tu devrais venir par ici, parler avec des gens. Des vrais gens qu’on les appelle. Tu sais des gens qui vivent en bas à gauche, et pis qui votent à gauche, un peu hasard de leurs colères et pis des fois à droite, juste des fois, les cons, juste comme çà,  pour faire chier, et pour s’en prendre une dans la gueule parce qu’ils n’avaient pas bien compris la dernière fois et pis que le mec y parlait bien et que la dame semblait hésiter.  Faut pas croire, c’est dur la philo populaire. Tu ne sais jamais quelle citation fourguer, de l’Audiard « les cons çà ose tout.. » quand on est classe, du Bigard « bien profond… », Quand on l’est pas. Après tu écrirais un beau livre. J’ai rencontré des gens, c’est dingue. Allez viens, on va boire un coup en écoutant Arno…
Faudrait pas que je m’enferre non plus dans ces histoires. Me laisser gagner par cette poisse tapie dans les brumes et qui guette, prête à te cueillir. Elle fait çà bien, tout en douceur, lorsque la goutte au nez parait. Ca descend dans les tuyaux, enroue, pique les poumons, et cogne dans la tête. Alors j’ai eu envie de rire, oublier, me rappeler, me souvenir des moments fous, des moments bêtes juste pour rire et c'est bon de rire. Faudrait que je te raconte...Moi c''etait il y a...26 ans, au Caire. J'étais dans un souk, jeune marin français en escale à Port Saïd. J'avais le matin, pris un car pour aller au Caire, avec des copains. Et puis on s'est séparés pour finalement se retrouver à deux dans ce souk du Caire, merveilleuse caverne d'Ali baba, quand une belle et distinguée égyptienne, nous remarqua et nous demanda ce que nous faisions là...On lui répondit poliment, sur notre état de marin français en escale et en ballade pour la journée. Elle nous dit qu'elle était de Port Saïd et que pour remercier le hasard qui nous amena à cette rencontre et elle nous invita pour le soir à une réception organisée pour les professeurs de l'université, les consulats, ambassades et tralala...Ca faisait chic pour elle d'avoir deux jeunes marins français perdus dans le paysage, un je ne sais quoi d’ hollywoodien, puis qu'elle insista pour que venions dans notre uniforme d'officier français...genre "La party" avec Peter Sellers... En guise de repas, le soir venu, dans cette somptueuse demeure dans la banlieue, c'était ce qu'ils appelaient un apéritif libanais, avec des vins locaux, des vins français, des champagnes, alors qu'à cette époque déjà régnait sur ce pays une prohibition de fait par les principes islamiques déjà à l'honneur. Je tenais comme je pouvais, avec mon copain, la "distance " en manière de conversation coincée et huppée avec ce beau linge qui s'intéressait à nous comme des bourgeois à deux imbéciles invités dans un diner de cons. La maison était immense, décorée, peinte, sculptée, un vrai petit Alhambra, avec au bout de la salle de réception, une vaste salle où arrivait un réseau de canaux alimentant des fontaines. Bien sur, il fallait passer par là pour peu qu'une envie pressante te contraignît à te rendre aux toilettes, perdues au fond de couloirs interminables et tous aussi somptueusement décorés. L'apéritif, libanais, c'étaient force vins et quelques yaourts, donc avec mon copain nous finîmes bourrés et...ayant envie de pisser tous les 5 minutes. Ce qu'au premier tour, compliqué mais finalement agréable je fis, je ne le répétais que de moins en moins bien, finissant par couper, cherchant un gué au travers des ces canaux pour aller plus vite pisser au fond du couloir puis dans le jardin et revenant à la fin dans l'eau jusqu'aux cuisses, récupérant au hasard ma casquette tombée à l'aller, sous le regard tantôt offusqué, tantôt éclaté de nos hôtes. Quelques heures plus tard, on nous reconduisit, saouls et trempés dans nos uniformes débraillés, jusqu'à la coupée de notre cher vaisseau aussi gris que nous étions noirs, acclamé par une partie de l'équipage, rentré bien tôt car s'emmerdant ferme pendant la journée à Port Saïd. Moments bêtes hein ? Et oui, qu’est ce que tu disais déjà...Allez viens, on s’en fout, je t’en raconte une aut’, une histoire de canaille…
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