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Le temps qui passe

Octobre 2007
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29133148-1-.JPGEn principe, je vais mieux. Je vais mieux, j’te dis. J’ai arrêté de fumer. Et on me l’a dit qu’il fallait que j’en sois persuadé, et que c’est très bon pour ma santé. Oui je suis, comment te dire, extrêmement détendu, quand d’un coup d’pied désinvolte, je dégomme cette putain de caillasse qui me faisait chier sous la godasse et qui m’a tordu la cheville, salope, et qu’a pété dans sa trajectoire de conne, le carreau de ma cave, de bordel d’enfoirée de caillasse de merde. Avant quand je fumais, je ne rencontrais aucun caillou sur ma route, juste une merde de temps à autre dans laquelle j’évitais de shooter. À peine aurais je osé, dans le même temps qu’une éructation tabagique, d’une inclinaison délibérée à l’acte manqué, tenter le léger surf  du pied gauche coiffant la sentinelle. Non aujourd’hui, je vais bien, je glisse sur les étrons et je continue ma décroissance. J’ai arrêté de bosser il y a déjà 4 mois. J’ai arrêté le tabac il y a 12JOURS, diantre foutre, madame, je vous assure que je n’éprouve aucun manque. Tout va bien. Je ne ressens, flaire, palpe, renifle, hume, inhale, aspire ni ne perçois, aucun trouble qui trahirait le moindre soupçon d’un fielleux tremblement de nervosité qui dénoncerait cet effort salvateur et réduisant en fumier, fumée, ces jours passés à se faire chier, à se battre contre ce qu’il est convenu d’appeler une saloperie de merde de drogue à la con, qui n’est pas sans plaisir quand il s’agit de rouler soi-même son tabac, ah oui que l’on pince délicatement sur une feuille,  méditation et subtile branle bas d’une tige, entre pouces et indexes, le temps d’une chanson d’un gars « qu’est amoureux d’une cigarette »*. ah les boules que c’est con, que c’est bon, de retrouver toutes ses capacités pulmonaires et respiratoires et d’aller primesautier comme une patronnesse de ligue, chercher jusqu’au tréfonds du bas ventre, la vocalise libératrice et purificatrice avec laquelle j’entonne sans sourciller, qu’ensemble on les emmerde, ces putains de repentis, ces jours d’esclavage, soumis aux comptoirs de nos débonnaires buralistes qui en plus de te fourguer un paquet de clops te demandaient des nouvelles de ta santé avec autant d’intérérêt que de franchise médicale. Je vais mieux, oui mais j'm’emmerde. Sans tabac, j’ai des chances de mourir en bonne santé et c’est sûr, la vie va paraître plus longue.
 
 
 *En référence d’une chanson de Jacques Higelin. *«  Je suis amoureux d’une cigarette… »

«Ceux qui s'accrochent farouchement à leur drapeau et à leur idéologie ont aussi peur de voie disparaître leur identité...

Or, l'identité ne peut se perdre, car elle s'acquiert tous les jours, au contact de l'Autre, elle s'enrichit de son histoire, de sa culture et de sa langue».

 

Volker SCHLONDORFF cinéaste.

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