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Le temps qui passe

Octobre 2006
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Hier je suis allé dans un magasin « brico daube en vrac », outils et matériaux. Pourquoi donc suis-je là, mais bordel de nœuds qu’est ce c’est y que je viens foutre ici ? C’était moche, putain que c’était moche. De l’empilement de mochetées pas cher. Tellement pas cher que çà n’en valait pas plus. Déjà, il avait fallut se colleter à cette ville de magasin en tôles. S’érigeaient de partout, ces boîtes posées dans les champs, avec des dominantes de teintes grises, blanches et rouges et qui semblent sans âge, tout en faisant moderne et qui ont, ce je ne sais quoi supplément d’âme perdue, dans la périphérie de la ville. Moi aussi. Et puis aussi, on s’est perdus Doudou et moi. Demi –tour… Et ben t’as pas vu que c’était là, Brico daube, et non, trop tard nous revoilà en piste sur une espèce de boulevard trois voies sans demi tour possible jusqu’à…Ah si, je vais essayer là, et merde çà, c’est l’entrée d’une usine…Je recule, forcément y’a un camion derrière avec un chauffeur pas content de tomber sur des petzouilles. Et puis on y est arrivés à Brico daubes, les daubes posées en vrac pleins les étagères et par terre. Au départ, je voulais un peu d’outillage. On me l’avait conseillé, « t’emmerdes vraiment pas, c’est pas cher ». On est entré et c’était bruyant et ça sentait pas bon, y’avait du monde partout. Ils allaient et ils venaient, fébrilement, touchant à tout, sous pesant, remuant, ouvrant, laissant tomber. Des boites de visses éventrées, des outils déjà un peu cassés, vieillis prématurément par toutes les manipulations des clients énervés. Stupéfait de ce spectacle, j’en avais oublié ce que je voulais. J’aurais voulu faire demi-tour. Rentrer chez moi. Partir sur la côte toute proche. J’avais honte d’avoir traînée ma Doudou d’amour dans cette ruche crade de bricoleurs à trois sous. C’est promis je ne tirerai plus la tronche quand elle m’emmènera dans un magasin de tissus. J’étais là, dans une allée pour demander à l’un des rares vendeurs, en fait, magasiniers, que j’avais pu accrocher pour qu’il m’indique où qu’il était  ce connard de marteau pneumatique à 26 Euros 95, seul objet de mon désir et à présent de mon ressentiment. Et les gens, les autres ce sont « les gens ». C’est toujours comme ça. Surtout ici. Les gens donc, me bousculant au passage, mon vendeur que j’avais mis dix minutes à trouver, accroupi, me tournant le dos, ne répondant pas à mes sollicitations, et tous autour, comme des mouches affairées sur l’affaire du siècle, à dénicher, remuer, renifler, abîmer, et le bruit, et les annonces,  et les manitous, et mon vendeur qui ne me répond toujours pas, et ce type qui voit bien que j’attends et qui accapare « mon » vendeur…Et l’autre se relève et le renseigne instantanément, un niveau à tirer dans les coins…Une vraie question de technocrate à la Coluche…Ca dure trois plombes, c’est à moi, ben non, un autre me repasse devant, puis un autre, puis encore un autre. Ils m’ont pourtant bien vu. Que neni. A chaque fois qu’ils disent « merci » au vendeur, je les remercie aussi. Ils me regardent, l’air surpris, un peu bête. Trois quart d’heures plus tard, la caisse. Je suis là avec mon petit ciseau à bois. On n’en peut plus. Qu’une hâte, que le magasin nous gerbe de là. La caissière m’interpelle, « ben oui, vous m’avez déjà vu à l’autre bout du magasin, je bouge tout le temps, suis partout ». Elle marmonne, elle boue, elle s’énerve,  elle s’agite, baraquée comme une joueuse de tennis, jolie aussi. Elle n’a pas le prix, de mon petit ciseau à bois…Elle demande à Jésus. Il est là, Jésus, tout malingre. Il la regarde et lui dit « je viens ». Sur ce, il s’en va, pressé. Tout en disant, je reviens, je reviens. Nul ne sait quand il reviendra. Elle n’en peut plus ma caissière. Moi non plus, de jouer au pauvre, venu acheter des pauvres outils, vendu par des travailleurs pauvres. Et ma Douce, encore moins. Et ce con de p’tit ciseau à bois. Elle cherche dans le catalogue, Brico daube en vrac, et elle trouve. C’est la fin de la journée. Elle est crevée. Elle est payée trois cacahuètes pour vendre de la merde pas chère. Jésus se pointe…Trop tard, qu'elle lui dit. C’a y’est, on est sorti. C’est fini, chérie, c’est promis, on n’y reviendra plus. On rentre à la maison. Sens interdit, C’est par où qu’on sort…      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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