… Mais comme il assure le toubib, masque à oxygène, bouteille de rechange, prise de tension, seringue, psitt ! Téléphone, petits mots rassurants pour Doudou, accueil de la pompière et des deux pompiers. Ouh là, ils en font une drôle de tête en me regardant ! Re dans les pommes petit bonhomme. . .
Ah, j’ai à nouveau le son, « il faut le sortir les pieds devant ». Ah, non pas les pieds devant, m’insurge-je, dans mon fort intérieur d’assiégé. Voilà qu’on me rend l’image. Ma Doudou pleure. Et quand ma Doudou pleure, ce n’est pas un signe de bon signe. Je n’ai plus la force d’avoir peur. D’elle même, toute mon énergie se concentre sur la nécessité, dixit Pierre Perret, de « ne pas oublier de respirer ». Respirer çà paraissait simple comme bonjour, mais là, c’est tout une histoire, çà me presse là, et puis çà m’oppresse ici, Dixit Pierre Desproges, et forcément j’étouffe un peu partout, comme un petit feu qui crapote. Ils me soulèvent dans le brancard. Je suis emballé, comme un produit ioffilisé. J'expérimente trois secondes l’illusion d’apesanteur, mais « les faits sont têtus », je vois bien que je suis lourd. C’est la faute au pain et puis au beurre que je couche dessus. Pensées futiles dans un moment d’exception, quoique le beurre pour un breton expatrié n’a rien d’une futilité mais tout d’une exception culturelle. Homme de peu, je me trouve trop gros. Pourtant, je perçois bien, à la sueur du front du doc. que ma vie ne pèse pas grand-chose. D’ailleurs, j’ai le sentiment que la vie ne pèse rien du tout. Ce serait même le contraire. Cà donnerait de la légèreté. Ne dit-on pas, lourd comme un âne mort ? Et si c’était aujourd’hui le grand jour ? J’ai envie de braire.
A suivre…
fleurs et tomates