La main droite celle du patronat, remuait dans sa poche une poignée de centimes et rythmait le monologue comme une batterie accompagne le chanteur. Au bout des
doigts de l’autre main, la gauche celle du prolétariat, il tenait un clop. Il disait un clop, pas une clope, ou alors une tige, ou une cibiche, ou une petite dernière quand le paquet
se terminait. Elle se balançait en allers retours entre ses lèvres et sa main à la manière d’un fumigène, point rouge illustrant le brasero d’un piquet de grève. Le paternel racontait facilement
ses grèves, ses luttes d’autant plus facilement que l’actualité l’y rappelait. Il n’en manquait jamais une, mon cheminot de père. Nul doute que celles de ce moment l’eurent trouvé fidèle à
l’engagement. Accoudé au buffet sur lequel il reposait son moutardier de rouge et reprenant son clop en équilibre sur le bord du bahut, merde j’ai foutu la cendre à coté, qu’il
disait, et rajoutait, un retraité c’est un retraité, et un vieux c’est un vieux, y’a pas de raison, tous ont droit à la même retraite, ceux qui ont été riches toute leur vie, ont pu épargner, les
autres qui en ont chié tout l’temps ont le droit à une vieillesse digne, égalité farternité nom de Dieu... En cela, il me rappelait la chanson de Brel, « les vieux mêmes riches, sont
pauvres.. ». Mon père est parti depuis longtemps, sa retraite n’a pas été si lourde que cela pour les cotisants comme d’ailleurs celle de beaucoup de ses collègues dont il parcourait
les avis de décès dans le journal « la vie du rail »… Faut dire, que plus de trente cinq ans de « trois huit » ça secoue, l’estomac et le sommeil et le reste quand il en
reste.
fleurs et tomates