Il m’arrive encore de me surprendre à réfléchir sur l’emploi à trouver. Comme me dit mon fils, un soir qu’il me surprit dans la cuisine, à une heure trop tardive,
alors que j’avais la tête entre les mains fixant la table vide : « quel métier feras tu plus tard Papa ? ». Eh oui, je cherche encore. Non pas que je n’en trouvais point, ou
mieux qu’il ne vint à moi. Mais au bout d’un temps, outre le salaire souvent ridicule, j’ai toujours refusé ce qui me semblait absurde, dans la tache demandée. « Tu te rends compte, si tout
le monde faisait comme toi ? » Eh oui, si tout le monde refusait l’absurde.
« Je n’ai pas peur de la mort, elle m’est aussi indifférente que la vie, cela ne peut s’exprimer. » Bernanos, journal d’un curé de campagne.
Voilà qui cadre mes idées noires du moment, et qui, dans le « balancement maudit » du poète, me mène en fuite dans le temps de chien, la vague au cul, trois quart sur l’arrière, sous un
ciel gris. Ne plus tenir son cap, juste barrer à la lame et éviter de rouler bord sur bord. Tenir sans trop savoir, pour aller solitaire, autre part, espérant échapper au mensonge, au
superficiel, à l’injustice, au grotesque. « Le ridicule côtoie le sublime », c’est du même auteur encore, et ça me revient dans la gueule comme un retour de palan dans ma petite vie
qui passe. La vie qui file comme un radeau sur un océan de détresse, sans qu’il me soit permis d’imaginer autre chose que de lutter sans cesse, pour ne pas dériver et dévier de l’envie de
comprendre dans quel bordel je suis. Le sais tu toi, dans quel bordel on est. Tout se passe comme si rien de ce qui nous a fait souffrir, ne servait à nous faire comprendre, nous guider. Les
riches sont toujours plus riches et moins nombreux et les pauvres toujours plus pauvres et plus nombreux. Dominants, dominés, et solitaires, et spirit us sancît… rien ne change.
fleurs et tomates