Je
l’ai déjà dit, j’aime bien les jours de grève. Il est vrai que je n’ai pas à en souffrir. En cela mon sentiment peut paraître égoïste aux citadins. De ma fenêtre, jour de grève ou pas, je vois la
montagne. Par le « Marin » les arbres décoiffés ploient à chaque onde, semblable à une vague qui remonte les pentes jusqu’à mourir sur les roches dentelées. Ce matin, un toit de
nuages bas courent depuis le sud est. Ils s’accrochent à la cime du massif et déversent depuis hier, en traits serrés, toute l’eau puisée sur la mer. Hier soir, j’ai entendu à la radio, le
directeur de la Ratp, stigmatiser les grévistes. Il disait que nous ne sommes plus il y a cinquante ans en arrière, que l’espérance de vie a augmenté de 14 ans, et qu’il fallait reconsidérer la
manière de concevoir les choses, qu’il fallait donc s’adapter à cette nouvelle réalité, profiter de cette bonne nouvelle qu’il est possible de vivre plus longtemps. A son avis, du bonheur de
vivre plus longtemps, découle cette évidence qu’il est bon de profiter de ce temps supplémentaire pour le passer à circuler comme une taupe dans les tunnels obscurs des métros. Il n’y a rien à
faire de mieux que de renoncer à sa vie, pour gagner une courte retraite avant le noir du tombeau. Rien de mieux à faire que renoncer à la lumière du jour après une vie de labeur, que
de continuer la tâche, comme jadis les chevaux au fond des mines parce que remontés à la surface, les pauvres bêtes ne supporteraient pas la lumière du soleil. Le bien être et le profit du
salarié calculés en Bonheur National Brut, n’ont rien à faire ici, il est réservé comme toujours à eux qui tirent les ficelles. Obscénité de la juxtaposition aux informations des
maigres salaires révélés des fonctionnaires et des records absolus dépassés à la bourse, presque chaque jour qui passe. Obscénité de l’augmentation spectaculaire des députés à la précédente
législature et à présent du chef de l’état, bien souligné par un pêcheur en colère, face aux revenus moyens de la population. Obscénité, des avantages faramineux des grands patrons aux grandes
oreilles, et des employés touchant une prime d’1 euro. Obscénité d’une contre- manifestation pilotée, appelant à la résignation ceux qui ont encore la possibilité de contester, la dérive de la
société vers plus d’inégalité, vers la casse de l’intérêt du plus grand nombre au profit de quelques uns.
J’aime bien les jours de grève. Il est vrai que je n’ai pas à en souffrir. En cela, mon sentiment peut paraître égoïste aux citadins. Oui j’aime bien les jours de grève, ce jour là
je me sens moins seul...
fleurs et tomates