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Le temps qui passe

Novembre 2007
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Apparemment, pendant les travaux, la grève continue. Tandis qu’on observe dans les commentaires à la radio un essoufflement, sans que l’on sache en tant qu’auditeur s’il s’agit bien des commentateurs ou des grévistes qui s’essoufflent, en attendant ici, il pleut. Il pleut et repleut. L’Hérault bombe le torse. Il montre ses muscles en de multiples contorsions entre les roches, tout en sonnant dans la vallée les rolling stones, grosses caillasses déplacées sans ménagement dans le lit du torrent qui se rêve en fleuve. Le temps est moche ici. Il est à la casse ailleurs. Ici, il se contente d’être moche. Parce qu’il n’a plus rien à casser, ou presque. Si j’oublie, la perception du village qui devra fermer, la poste qui se fait toute petite et dont les employés se retranchent derrière le « devoir de réserve » pour éviter mes questions trop curieuses. Bon, après tout, ils parleront bien après, quand ils sortiront de derrière le bureau fermé. Tout est lié, tout. Contrairement aux discours et à la volonté de dissocier, de diviser et contrairement à l’aveuglement d’une grande partie de la population qui feint de ne pas voir, de crainte d’avoir peur, avant de s’effrayer d’avoir mal. Ici, subsistent des traces de civilisation. On peut encore admirer les imposants viaducs insérés dans la montagne. Deviner les tunnels qui la traversent. Juger de l’immense effort des hommes pour desservir une région enclavée par sa géographie et méditer sur la valeur ajoutée du service public, c’est à dire du service du à tous les citoyens de la République. C’est tout ce qu’il nous reste, méditer. Il y a longtemps que l’on entend plus le train qui venait de Millau et s’en allait, hop dans la campagne, vers Nîmes…Pas rentable. Depuis les camions passent, mais bientôt passeront moins, parce que les usines textiles ferment les unes après les autres et qu’ici peu à peu tout le monde entre de gré ou de force, dans la réserve. La réserve ici est à deux heures et demie par le car, 12 euros, du train qui va vite, et vite fait entre les lignes d’autres fois. Le pays se redessine dans la mesure de l’intérêt qu’on y trouve en haut lieu, je ne sais pas où c’est, « haut lieu », mais c’est un endroit qui rend obsolète les petits pays comme on disait et qui taille à la cerpe,  ces mêmes pays, cantons, bientôt départements, encore l’objet d’élections à présent plus rituelles qu’en phase aux desseins des décideurs. Ce dessine une autre notion du territoire, croqué en grandes réserves, à la taille de « bassins », qu’ils soient d’emplois, ou bien de relégation, ou d’excellence. Tout se transforme à dessein de profit et rentabilité immédiats et que l’on nomme de façon commode « mondialisation » mais que d’aucuns, les taquins, appelleraient plutôt « actionnaires ». Tout est lié, la casse du service public, la privatisation, la division instaurée dans la population entre soit disant nantis à 1150 euros et les autres, les otages, chloroformés au gaz soporifique de « l’étrange lucarne ».        
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