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Le temps qui passe

Novembre 2006
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 Bonjour. Je m’appelle Philippe Maréchal. Je ne l’ai pas fait exprès…Et puis je ne m’appelle pas, faut pas me la faire, pas besoin, je sais bien que je suis toujours avec moi. Je vois bien qu’il y a quelqu’un derrière les yeux qui me regardent quand je me rase. Probablement moi. Pas d’inquiétude, avec un nom comme çà, je n’irai jamais plus loin que président loi 1901. Et puis rectifions, j’y suis pour rien, Père et mère m’ont appelé comme çà. Père du nom du sien et de son grand père et ce jusqu’à la Saint Glin Glin et quant à maman elle m’enticha d’un prénom qui servit de nom à un illustre Gérard. Résultat, Philippe Maréchal, c’est un moindre mal. J’aurais pu naître Adolf Fureur, Joseph Moustache, Vladimir Conducator ou Benito Duce. Coup tordu du destin et tout aussi ennuyeux, j’aurais pu endosser un maillot bien tricard et qu’un hasard malicieux me promût, Ernesto Caudillo, Karl Pape, Georges W Guevara, Saint Xavier Pol POT, Augusto Allende, Elie Pinochet. Non je m’appelle Philippe Maréchal et tout petit déjà dans les allées entre les bancs lorsque j’allais  tenter d’éclaircir le tableau noir en rougissant, ma dégaine de timide mal fagoté ployait sous une chanson guillerette  à jamais inséré dans le disque dur de la tête molle d’un instituteur égaré, « Maréchal, nous voilà… » Putain d’chanson, Pétain d’pays, 17% qu’il parait aujourd’hui, tant de monde prêt à frayer avec la bête. Je voudrais changer de nom ou les règles du jeu. Que les footeux arrêtent de jouer avec un ballon carré sous des regards haineux. L’expérience a déjà été faite, à quoi bon nous resservir les mêmes ingrédients, personnel politique un rien décalé, chômage, paupérisation, peurs distillées, sentiment d’abandon…C’est comme çà la chimie, il parait, les mêmes ingrédients dans les mêmes conditions et…Bon çà doit être le temps qui fait çà, ce soir je sors. On m’a invité au ciné pour voir le film d’Al Gore, « Une vérité qui dérange ». Je le sens bien, çà va me ravigoter.

 

 

 …J’ai la poitrine serrée et pourtant je pense à des conneries. Je vais réaliser un rêve de gosse. Je suis enfin dans un camion de pompier ! J’y suis maintenant. La camionnette des secours est rouge fête de l’huma. Elle allie le charme du vieux J9 et les sensations bien maritimes de la DS. Il y a comme un je ne sais quoi des « vacances de Mr Hulot ». C’est pratique. C’est même gai le PIMPON sur les petites routes de montagne. « Oh yes », pour être discret, raté, tout le monde est au courant maintenant, au bas mot une douzaine de personnes.

 

 

-« C’est qui qu’on emmène ?

 

 

-C’est le margoule de Villemejane, il s’est fait piqué à la tête par un frelon !

 

 

- Boudi, il a une figure de coucourge maintenant !

 

 

Certains de mes sauveteurs affichent un petit mal de mer à cause des mouvements du véhicule. Je leur dis qu’il faut s’allonger sur le dos, que ça va passer. Ils rient jaune. Je vois bien qu’ils sont inquiets. Et puis ma tension est basse comme la conversation. La pompière me regarde comme une grande sœur pleine d’attention. Elle a l’air très gentille. Cà me rassure sa gentillesse. J’aime bien le mot gentil. Il est désarmant. Il révèle ce qu’il y a de plus beau dans la fragilité. Du reste, il va bien avec le mot coquelicot. Gentil coquelicot est en liaison radio avec l’hôpital de Ganges. Et tout ça pour moi, j’ai les frelons. Je menais une petite vie discrète, quand je suis descendu dans mon jardin, je suis passé en faisant le fier devant le romarin et voilà qu’on parle de moi à la radio à présent. A suivre…

 

 

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