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Le temps qui passe

Novembre 2007
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De là ou j’habite, je ne peux pas avoir l’indécence de comprendre ce qui se passe dans les banlieues. Nous sommes huit à vivre dans un hameau qui, il y a 4 siècles comptait dans les deux cent  « âmes ». Ce n’est pas une grande maison. C’est juste une ancienne bâtisse accolée à une plus grande qu’un propriétaire, métayer, prêtait à un journalier et que ma compagne obtint pour très peu, à refaire, bien avant la folie de l’immobilier. Dedans, il n’y a rien de trop, mais on s’y tient chaud l’hiver. L’été, on est dehors, c’est plutôt beau autour. Il y a de l’espace, de l’herbe, des fleurs sauvages, des arbres, et tout autour le monde. Le vent s’engouffre parfois dans la vallée, dévalant des hauteurs du massif, nous rappelant qu’ici, le maitre ce n’est pas nous, c’est la nature qu’il représente. Et puis, il y a l’orage, des fois, et la terre qui révèle son parfum aux premières gouttes de pluie. Et puis il y a la neige des fois et le plaisir de se sentir coincé dans la virginité d’un décor assourdi. Et puis il ya l’impression, que le temps n’a pas de prise ici, même si l’électricité y arrive, même si l’ordinateur a ouvert une fenêtre au delà des montagnes. Je sais bien que si je ne trouve plus mes clefs de voiture, j’irai jusqu’au bout du hameau, sans me presser, vers ma vieille voiture, c’est qu’elles sont restées au contact… Je me souviens gamin, de la banlieue où j’habitais, près de la gare de triage. J’ai fait parti de ceux qui sont arrivés les premiers, dans les grands ensembles construits au début des années soixante. Je suis certain, que la vie n’y avait rien à voir avec celle qui s’enrage dans son mal être à présent. Non, je me souviens juste de la tristesse, du béton froid, de l’architecture sommaire à l’exemple des boites aux lettres des grands halls. Je me souviens d’imaginer la mer dans les céramiques bleues des pignons des tours, des terrains vagues qui partageaient encore les grandes murailles et nous offraient l'illusion d' un espace à conquérir. Je me souviens de l’odeur des caves et des incendies de poubelles, du clic de l’interrupteur des chiottes de l’appartement à l’étage au dessus du mien, lors que j’étais couché. Des cris, des engueulades, de la musique, des mobylettes, du ronflement d’une voiture sur le parking qu’un père de copain s’acharnait à réparer sans cesse allongé dessous la carcasse. Je me souviens « d’esperanto parolata », affiché sur la porte d’en face dans le couloir. Je me souviens de nos bagarres, de « d’abord moi mon père, il est communiste…et ben moi le mien il est américain …», je me souviens qu’on était fier de nos pères et de nos mères qui partaient à leur boulot. Même s’il était à la voierie, le mien était chef de gare, même s’il était brancardier, le tien était chirurgien… Ils étaient là pour nous, pour nos bleus, nos genoux saignants, pour notre fierté…Je me souviens du bonheur quand à la retraite, mon cheminot de père, m’annonça qu’on repartait au pays en disant, Bretoned karit Breiz bro ho tadou, et de laisser sans regret, ou juste pour les copains, ma cité, si bien ordonnée. Mêmes neuves, comme elles étaient tristes pourtant ces banlieues. Mêmes avec de l’emploi ces endroits, nos pères espéraient bien les quitter. On sentait bien qu’il s’agissait d’un autre monde qui nous était réservé, qu'on était un peu parqués, en transit dans la vie. Que dire aujourd’hui, si longtemps après, tant de misère en plus, si ce n’est de constater la fin d’un monde, ou l’envie des autorités "compétentes" de ne pas le voir.
 
 
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