Quelques fois j’aimerais bien me délocaliser. Pourtant, j’ai déjà fait des efforts. Ai quitté ma Bretagne pour aller vers la capitale qu’à son tour j’ai délaissée pour fuir vers les terres du milieu. Je me suis déplacé ensuite un peu plus au Sud Ouest puis, je me suis recentré, un peu plus sud encore, calé, niché, coincé, perdu. Pas un stade de foot, ni plus qu’un ou une présidentiable, pratiquement plus rien des humains à part quelques coups de fusils pour égayer la nature qui sinon s’ennuierait, c’est sûr. Mais ces jours ci, cela devenait inquiétant. Je me sentais devenir Robinson. Il y a des symptômes qui ne trompent pas. La barbe pousse. Je parle tout seul, tourne en ellipse avec les mains dans le dos. J’écoute la radio comme d’autres écoutaient en leur temps Radio Londres. Pire, j’ai regardé avec attention le petit pont de…pierre qui enjambe l’Hérault ici encore tumultueux. Je l’ai rapidement mesuré en pieds et pouces et cela m’a rendu perplexe, stupéfait également d’en être arrivé là. A l’insu de mon plein gré, j’envisagerai donc quelque chose, comme un plan B. Un plan B, c’est çà. Un truc qu’on imagine en secret quand tout parait C comme cuit. Dans le jardin, c’était possible, la place je n’en manquais pas. Mais le pont, comment franchir ce pont que diable. Voilà le genre de phrases qui se dissimulaient derrière quelques neurones de façade et qui m’ont intrigué. Je me suis pris par le col, versé un p'tit ballon, et prié de me mettre à table. Qu’est ce que tu nous mijotes encore ? Je dis « nous », parce qu’il ya tellement de bordel dans mes pensées, qu’on doit être plusieurs. Je nous ai donc regardé, dans le marre de rouge, gêné, de nous être dissimulé la cogitation. La construction du bateau paraissait possible, mais une fois terminée, je ne passerai pas le pont. C’est con.
fleurs et tomates