J’étais garé, un peu où je pouvais, avec ma vieille caisse. J’attendais femme et enfant pas loin du cinéma. Elles en étaient sûrement au générique de fin, du film de Michel Ocelot. Je l’ai vu arriver devant moi, par cette petite rue rarement empruntée, raison pour laquelle beaucoup font ainsi et y attendent un proche dans la salle obscure. Le temps de mettre le contact et puis pas le temps d’enclencher la marche arrière, choc. Elle enfonçait mon pare…choc avec sa voiture qui devenait un bélier. Ce premier coup, je l’excusais inconsciemment, persuadé d’être un peu fautif de m’être garé au mauvais endroit, bouchant cette ruelle. C’était pourtant étonnant, se faire tirer sans coup de semonce. C’est peut être jour de défonce. Le deuxième coup de bélier parvint dans la seconde suivante. Là, j’étais ahuri, sans voix, sans explication raisonnable de ce curieux acharnement. Elle recula. Je pensai qu’elle parvenait enfin à enclencher sa marche arrière, ce qu’elle n’avait probablement pas réussi à faire jusqu’ici, causant le deuxième choc. J’étais alors descendu de ma voiture, hébété, prêt à cet instant encore à m’excuser et à l’excuser également, et puis pour constater avec elle les dégâts, lorsqu’elle vint dans un nouvel élan rebouter mon automobile quoi, merde enfin, « sûr qu’elle va moins bien marcher à présent ». Je tapais maintenant sur son pare brise essayant de stopper ainsi naïvement cet entêtement brutal. Ses yeux bleus avaient la profondeur d’un lac artificiel, où s’y noyait tout ce qui pouvait l’envelopper. Fixes, ils n’avaient qu’un objectif, ma caisse, obstacle à la progression de leur propriétaire. Pas un regard pour moi qui continuais à frapper le pare brise. Elle était raide la fille, faite comme une raquette, sourde au monde, déterminée à poursuivre ses coups de boutoir jusqu’à ce que le passage se dégageât. Manifestement, elle ne me voyait pas. Quelques spectateurs médusés, s'amusaient de me voir essayer de la persuader de ne pas conduire dans son état. Je remontai dans ma caisse reculai, en évitant un énième coup de sa petite voiture noire toute cabossée, croisai encore son regard vide et je suis allé me garer quelques mètres plus loin. La petite ville me semblait anormalement encombrée, avec une circulation inhabituelle. Du monde partout. Je la vis dans mon rétroviseur emprunter le mauvais côté du rond point pour partir, croisant une camionnette de la maréchaussée. Un jeune encapuchonné, vint à ma hauteur tout sourire. Il me dit « aujourd’hui ils sont tous fous, c’est le critérium, j’ai regardé, elle a sûrement pris des cachetons. Tout le monde en prend, c’est un suicide collectif ici, c’est à pleurer, les caisses on s’en fout, c’est de la merde, mais les humains, les humains…
fleurs et tomates