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Le temps qui passe

Novembre 2007
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Jonque-020.jpgLes pêcheurs bloquent le port de Brest. Le gazole est trop cher et l’on approche si cela n’est pas déjà fait du pic de production. Le poisson devient rare. Preuve à chaque jour qui passe que l’on vit bien dans un monde où les ressources ne sont pas inépuisables. Mais tout continue comme si. L’expédition du voilier Tara en Arctique, va probablement se terminer avec dix mois d’avance, parce que la dérive volontaire qu’il s’est imposé à des fins d’études, est allée plus vite que prévue, à cause des conséquences du réchauffement climatique. D’ici quelques décennies, il n’y aura plus de glace pendant l’été dans cette région, ce qui aura entre autres, pour conséquence d’accélérer le réchauffement par manque de réfraction solaire. Pendant ce temps, les voiliers de la course océanique croisent à petite allure dans la mer d’Iroise. Les jeux olympiques se préparent dans la bonne ville de Beijing, où l’on s’apprête à faire la pluie et le beau temps pour tenter de rendre l’air respirable aux athlètes. Chez Bison Borné les jours en rouge s’affichent à chaque départ et retour de vacances. Rien ne change vraiment, parce qu’un vrai changement implique une conversion des mentalités. Tout est lié à l’argent et au profit immédiat. Tout est aussi absurde que l’histoire d’un homme qui saurait sa fin prochaine, et qui n’en continuerait pas moins de d’amasser plus de profits pour assoir sa puissance éphémère, au mépris de ses enfants dont le sort lui est complètement indifférent. Après nous le déluge, la technologie et la science avancent mais la raison stagne. Le mur se profile à l’horizon, il n’est pas interdit de réfléchir à changer radicalement de route, plutôt que d’accélérer sans changer de cap afin d’abréger nos souffrances en quelque sorte. Ce qui se passe pourrait être une chance, comprendre qu’à piller nos ressources, on se refuse un avenir, qu’à ne céder d’autre partage que celui des armes et le gout du profit, on alimente les conflits, l’inégalité, la misère, l’ignorance. Je reviens à mes petits voiliers qui croisent sur l’océan, c’est une expérience pour moi inoubliable, que j’ai eu de vivre, ce sentiment de solitude, de vulnérabilité, confondu devant le sentiment d’être si peu et pourtant reconnaissant et fier d’être une part même infime du prolongement de cet univers, d’habiter ce miracle au milieu de nulle part qu’est mon vaisseau, la terre.
 
« Le vide fascine ceux qui n’osent pas le regarder en face, et ils s’y jettent par crainte d’y tomber. » Bernanos.   
 
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