C’en est pour
moi presque un événement. Je vais sortir. Je vais quitter ma tanière, calée au fond de la vallée. A peine depuis dix jours ai-je traversé le jardin. Seul, depuis tout ce temps, je suis resté
seul, à jouir du temps qui passe. Au début ce qui frappe c’est le silence. Puis bientôt c’est l’inverse, une sorte de tumulte grandit et envahit peu à peux tout l’espace intérieur. Le bruit de la
vie confinée derrière les muqueuses se fait entendre. Un bavardage incessant se répand dans l’esprit absorbé tantôt par une tâche, ou bien la radio, ou plus encore dans le silence extérieur que
je cherchais jusqu’ici au-dedans. Au-dedans de moi-même, derrière les yeux de celui qui parait quand je vois sa gueule qui se brosse les dents. Et puis cette conscience du bruit intérieur laisse
de temps en temps la place au plaisir de ce luxe prodigieux, contempler une seconde, au hasard. Une seconde dans le temps comme une goutte d’eau dans la mer, s’étire lorsqu’elle s’en échappe,
arrondie, rebondie, opalescente. Elle contient en elle tout l’espace, toutes les traces de l’histoire et me relie aux autres d’aussi loin m’en suis-je éloigné.
fleurs et tomates