Même enrobé d’un caoutchouc, le majeur
reste un doigt. Même muni d’une carte de presse, un journaliste reste un homme. Même enrôlé dans une démocratie, un policier reste un gardien de la paix. Même revêtue d’un mandat, une humiliation
infligée à l'un de ses citoyens reste une offense à la République.
J’ai toujours aimé décembre, parce que pour moi les lettres ont une couleur et celles qui composent le mot décembre, lui ressemblent. Elles sont
blanches et teintées de gris cendré. Sans doute est ce la couleur que lui imprima à jamais l’institutrice qui vit encore dans mes rêves lorsque je rêve comme un enfant. J’ai toujours aimé décembre, pourtant papa faisait la gueule, c’était le mois qui lui
rappelait comment la guerre, le promut orphelin. Pourtant il fait froid et j’aime pas l’hiver, jusqu’à en négliger le « ne » bienséant à la négation. Il est des choses ainsi qui nous
étreignent sans que cela soit important au regard de la tragédie humaine. Ce matin c’était le 1er décembre, Alain Souchon qui parlait dans mon poste, comme un copain, que je n’ai
jamais vu et que je ne verrai sans doute jamais, mais qu’importe, c’est comme d’autres, des gens qui vous font du bien, juste parce qu’ils expriment une partie de soit que l’on estime.
Il y avait hier des amis. Avec qui je me sens bien, ils sont sensibles et érudits. Je ne suis que sensible et je ne comprends rien. Je me dis
que je vais traverser cette vie sans rien comprendre. Je sais juste deviner. Deviner c'est comme naviguer, c'est estimer, là où l'on ne doit pas être. Comme on navigue la nuit sur la mer entre le
continent et la Corse, avec au dessus les étoiles, mes questions, la lune, mon amie et la mer, mon rêve. Plus çà va, moins je comprends, moins je comprends, moins je nomme, moins je nomme, moins
jeune homme, plus je vis.
fleurs et tomates