Hier soir, j’ai regardé le ciel, en me disant qu’on allait me supprimer l’Eternité parce qu’une simple lampe de poche ne leur suffit pas à regarder le bout de leurs pieds.
Certes, il n’y a pas que des avantages à habiter un bout du monde. Mais tout de même, y cultiver un certain art de vivre à peu de frais reste possible. Réduire autant que faire ce peu, son emprunte écologique, contribuer à la préservation de l’environnement, tenter de mettre en adéquation ses idées quant à un mode de consommation raisonnable… Bref, il ne serait pas obligatoire de revêtir une panoplie militante, pour apporter sa contribution à un monde plus soucieux de son équilibre. Même l’aventure banale d’une vie simple et ordinaire, donnerait ainsi de multiples occasions d’apporter son concours à la sauvegarde de la planète et pourrait laisser croire, qu’une conduite responsable y suffirait, là bas, égoïstement retranché dans mon petit hameau au bout d’une vallée, à l’orée de la forêt… Depuis au moins quatre cent ans, ici on contemple les étoiles dans un ciel magnifique et, seule marque des temps, nous raccompagnons nos invités et amis avec une lampe de poche, pour emprunter l’étroite ruelle qui les mènera de chez nous à leur voiture cent cinquante mètres plus loin …
J’ai reçu hier dans ma boite à lettres, un avis d’une entreprise locale, m’annonçant des prochains travaux pour l’édification de l’éclairage public, et enjoints des formulaires en trois exemplaires, à remplir par mes soins pour accepter cette intervention. Coup de cœur, suivi d’un coup de téléphone à l’entreprise, à la Mairie et aux voisins, quand une visite impromptue fut impossible. Tout un monde résumé au nombre d’un papy qui a toujours vécu ainsi, d’un voisin qui possède sa résidence principale à deux kilomètres de là et vient seulement y travailler au printemps et en été son deuxième jardin, d’un couple avec bébé en résidence secondaire n’y venant qu’en vacances, et d’une représentante de la communauté protestante du village situé à quatre kilomètres de là, assemblée à qui appartiennent trois maisons destinée à la location aux beaux jours. Cela a donné :
Avec l’entreprise :
- ?
- Nous on fait les travaux, si vous n’en voulez pas dites le à la mairie.
Avec la mairie :
-mais, nous n’en voulons pas…
- Nous l’ignorions…
-Vous ne nous l’avez jamais demandé…
- Barrez les trois feuillets, dites que vous refusez et signez. Il faudra bien sûr, vous entendre avec les voisins…
Avec les voisins :
Le papet :
-ce n’est pas grave et puis je fermerais mes volets pour dormir…
Le voisin jardinier :
-on ne va pas refuser le progrès…
Les responsables de l’église protestante :
-On est pour…
Quant au couple, à qui appartient un maset dont ils jouissent en résidence secondaire, il n’a pu être joint pour le moment.
Démocratiquement, tout semble indiquer, que nous allons désormais bénéficier d’un efficace éclairage public en trois ou quatre puissants luminaires fichés dans les pignons, dispensant généreusement une lumière orange du plus mauvais goût, toutes les nuits, toute l’année, apportant assistance visuelle quasi exclusive, aux chats du hameau, cinq, aux souris, non recensées, et aux trois chiens de la bergerie à l’écart, en quête de chats à poursuivre…Bon, je ne vais quand même pas appeler Al Gore, ou Nicolas Hulot, ou Greenpeace, mais comment faire prendre conscience, qu’il serait temps de réfléchir aux conséquences de toutes nos dépenses inutiles, ou comment se passer d'une lumière inutile en réfléchissant...

fleurs et tomates