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Le temps qui passe

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Quand on vient comme moi du bout  d'un monde oublié plus proche de "la comté des hobbits" que de la vie entrevue par les étranges lucarnes, que celles dessinnées par les grands planificateurs aussi prompts à définir "les zones de relégation sociales" que les bassins d'emploi, que des cités radieuses pour citoyens consommateurs et "qu'on arrive en ville", y'a comme une claque dans la gueule. Préalable, pourtant, je vis avec peu, quand c'est pas moins, c'est à dire à minima, mais dans une maison, petite certes, mais sympa, perdue quelque part entre rêve et maquis. C'est pas grand luxe, je vis de mon jardin et dépense peu, à minima forcément. Mais là, quand t'arrives au sortir du métro, parce que t'as trouvé un boulot pour un temps, et que tu règles ton soufle à "l'hydrogène sulfuré" au rytme de tes pas sur le bitume, ensuite tu regardes autour de toi. Les immeubles, les bus, les gens, les bancs, les coins, çà sent la fleur d'oranger, la pisse  séchée sur les trottoirs, les parfums des citadins qui courent au taf, les poissons de roches et les thons, et plus loin, y'a des silhouttes qui déambulent ou restent assises, ou sont encore couchées, pas encore réveillées et déjà abruties par le soleil et le recommencement de la non vie. La misère étend ses corps frippés, ses Egueules burinées, comme elle étend son linge, comme elle révèle l'échec d'une cité, d'un pays, d'une solidarité cent fois proclamée, toujours oubliée. C'est bien connu, tout augmente,la misère aussi. Jamais je n'avais autant ressenti pareil malaise ici dans ce pays. Tous ces destins brisés, ces vies si précieuses à la vie, jetées sur le trotoir . President a fait ses adieux ce soir, et nous a redit sa fierté du devoir accompli et nous a gratifié de bons sentiments, et a poursuivi son monologue de quarante ans sur les valeurs de notre grand pays. C'est à pleurer, Président, comme t'as fait ton boulot et que craindre encore de celui qui arrive, sinon que les trottoirs ne soient élargis,car au rythme où l'on jette les pauvres à la rue, ceux là ne suffiront plus. Même les bancs sont marqués de cette inhumanité. On les a affublés de faux accoudoirs pour empêcher les pauvres corps de s'allonger, alors ils dorment à coté, sur le sol de notre belle nation. Marseille, le 15 mai  2007.

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